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mardi 23 janvier 2018

Arbour - cessons d'être des colonisés - extraits

Cessons d'être des colonisés !

ARBOUR, J. Maurice, Presses de l'Université Laval, 2015, 242 pages

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Le combat de la décolonisation 

Chapitre 3 

C'est dans le contexte du problème canadien, c'est-à-dire du problème global des rapports conflictuels entre les vaincus et les vainqueurs de 1760, des victoires et des défaites des colonisés d'ici, à travers la contrainte armée et la loi du nombre (233/75 en 2015) qu'à la fin des années 1950 et au début des années 1960, des intellectuels québécois ont discuté du colonialisme et de la nécessaire décolonisation du Québec. On y parle domination politique, économique et culturelle. Le contexte de l'époque s'y prête bien, tant à l'échelle du Québec avec la mort du premier ministre Maurice Duplessis (1890-1959) qu'à l'échelle mondiale où l'heure de la décolonisation a enfin sonné. (...) de tous les peuples d'Amérique qui furent colonisés, seul le peuple québécois n'a pas encore conquis son indépendance. (...) Rien n'assure que celle-ci pourra se réaliser un jour , tellement nous nous sommes construits une seconde peau avec les matériaux aliénants que nous a fournis le colonialisme anglais. (p.42)

[la suite à venir]

Le perdant - extraits du livre de Martin BISAILLON

Ed. Les intouchables, 2004, 103 pages

Conclusion

« L'idée de départ de ce livre était de répliquer à Bernard Landry quand il s'est permis d'évoquer le rêve de René Lévesque pour mettre un terme à un débat d'idées qui avait lieu dans son parti.

(...)

« ...faire l'analyse des années de pouvoir de René Lévesque en privilégiant son impact sur la question nationale est un exercice fort déprimant. Si l'on accepte de sortir du dogme nationaliste selon lequel tous les échecs du mouvement indépendantiste sont attribuables aux méchants fédéralistes, l'entreprise devient encore plus dommageable pour l'image de René Lévesque. Lui-même, consacre à peine 100 pages de son autobiographie à cette période de sa vie pourtant si déterminante dans notre destin collectif; cela est révélateur. Et encore, à peine 50 pages sont consacrées au référendum et au rapatriement de la Constitution, qui sont pourtant les faits marquants de sa vie politique. Pire, il gaspille ces quelques lignes pour disculper à l'avance les agissements de Claude Morin dans une entreprise qui ressemble grossièrement à une tentative de camouflage servant à le préserver du jugement de l'Histoire.

Et c'est cet homme qui a incarné la nation québécoise ?

dimanche 14 janvier 2018

Le débat sur l'existence du colonialisme au Canada

À partir des pages de Maurice Arbour - Cessons d'être des colonisés ! - retracer la montée (1958-1968), la chute (1968-1980) et l'oubli d'un colonialisme à visage canadien.

Le fondation du Parti québécois a fait disparaître le colonialisme de l'équation nationale, la fin du PQ  fournira-t-elle l'occasion d'en ré-examiner la pertinence ?

Albert Memmi
Frantz Fanon
Jacques Berque
Aimé Cézaire

La lecture des autres - ci- dessus - peut avoir une certaine utilité mais ne peut remplacer une doctrine québécoise du colonialisme, comme on avait bien commencé à le faire avant la création du Parti québécois.

À suivre...


Extraits choisis de Christian Saint-Germain

1- L'avenir du bluff québécois - La chute d'un peuple hors de l'histoire

Le premier chapitre Funérailles d'État a pour sujet Jacques Parizeau : 
(Tous les caractères gras sont de moi)

L'éloge funèbre n'en finit plus. On tâte du « grand serviteur de l'État » à toutes les trois phrases, presque du « serviteur souffrant ». C'est comme s'il avait défriché « en se crachant dans les mains »une partie de l'Abitibi depuis la rue des Braves ou a rue Laurier. D'autres vont même jusqu'à classer « Monsieur », à l'instar de Chrurchill et de Gaulle, sur la « courte liste » des libérateurs de peuples modernes. Cette exagération ne dénote pas seulement la dangereuse proximité entre le solennel et le ridicule, mais également et davantage l'incapacité des observateurs politiques à relier l'histoire récente du Québec aux conséquences désastreuses de l'action du célèbre machabée.  (p.19)
Chacun des commentateurs commente la finesse stratégique de Parizeau - l'homme manquait cruellement de jugement. Baudruche de la bourgeoisie canadienne-française, s'en réclamant sottement à la première occasion, appuyant tour à tour la candidature d'un André Boisclair ou celle de l'intrigant Jean-Marc Aussant [sic] sur les recommandations de Lisette.  Fin renard, on dit même qu'il avait prévu de soutenir les marchés financiers après la victoire au référendum. Avant lui, on n'y avait jamais pensé... au PQ ! Pas plus d'ailleurs que l'on avait songé à lui écrire un discours élégant pour la défaite de 1995. C'est d'ailleurs après le référendum perdu et dans un moment de sabotage caractériel typique des enfants gâtés qu'il décida de rentrer dans ses terres.  (p.19)
Et puisqu'on en est à la courte liste des libérateurs de peuples, c'est clair qu'on n'avait pas affaire à la résilience d'un Nelson Mandela.
Bien qu'il ait lui-même dénoncé à grands cris le « rôle de l'argent et des votes ethniques ». et malgré le fait que l'on soit arrivé si près du but, personne ne prit sur le coup la mesure exacte des effets politiques incalculables de cette défection spontanée non plus que ses conséquences historiques permanentes. On préfèra s'épancher sur sur l'inconvenance de la déclaration plutôt que de saluer l'un de ses rares moments de lucidité quant à la désignation des ennemis du peuple québécois, mais son pire geste face à l'histoire.  (p.20)
Parizeau donna au résultat référendaire le sens d'une fin de partie ayant la simple allure d'une débâcle électorale. On ne s'attendait pas à ce que l'échec du projet national québécois prenne la forme solennelle de la capitulation du Japon et de son empereur à bord du porte-avion US Missouri. (P.24) 
Bien que le projet national eût requis, depuis l'invasion militaire de 1970, le développement d'un service d'espionnage et de contre-espionnage, la formation active de milices et de groupes spéciaux d'intervention, rien n'y fit. L'architecte principal de l'« étapisme » avait plitôt décidé d'infiltrer la GRC par les soirs. Personne ne porta attention aux liens entre le contenu de son intuition politique fumeuse, aussi inédite que l'invention de l'eau tiède, et le principal hobby de son promoteur. D'après des témoins, même René Lévesque recevant la nouvelle de la trahison de bras droit n'en fut aucunement ébaubi; il eut plutôt l'air de quelqu'un qui aurait préféré ne pas le savoir. [Ou qui accusa le choc parce qu'il savait ?]  C'est clair que les membres du Parti québécois ne réagirent pas à l'action de Morin comme le Sinn Fein l'eût sans doute fait. C'était plutôt un coup dur porté à une position constitutionnelle ambigüe rejoignant par sa couardise et son sens de la demi-mesure l'état confus des esprits. Cet attentisme fit la fortune des opportunistes du PQ, de cette union nationale revampée. (p.25)
Lors de sa dernière entrevue à la revue L'Actualité, Parizeau se déclara encore « éberlué » d'avoir fait confiance à Lucien Bouchard pour la suite des choses. Ces moments de folie temporaire l'ont pourtant accompagné pendant tout sa carrière, de sa relation torride avec une informatrice de la GRC pendant es événements d'octobre, en passant par la nationalisation de l'amiante, jusqu'à son désir - apparemment généreux - de confier l'accession au pays à l'économe de la fabrique. (p.25)

2- Le mal du Québec - Désir de disparaître et passion de l'ignorance

« Mal du Québec » signifie le refus réitéré de réponde à une vocation exceptionnelle en Amérique au milieu de la richesse amérindienne, d'accepter l'exceptionnalité d'une langue et hier encore d'une religion. Notre Torah est une unique grammaire française conservée par les Ursulines de Trois-Rivières après la Conquête. L'esprit d'une langue, cette manière dont nous concevons le territoire, est aussi celui par lequel elle se donne dans ses « brunantes », ses « poudreries », sa « barre du jour ». Ce mal curieux n'est que l'impression insidieuse transpirant d'un retard sur soi dans l'universel bruissement des libertés, des indépendances et des autonomies. (P. 12)

3- Naître colonisé en Amérique 

Lévesque, la négation du colonialisme et l'abandon des « descendants des vaincus » à leur sort dans un Canada fantasmé

Sur titre : Septième de la série 

Titre : Le PQ et la dimension coloniale d'un peuple

Sous-titre : « Naître colonisé en Amérique »


La lutte moderne pour l'indépendance du Québec a pris racine dans une prise de conscience intellectuelle qui a évolué pour former un mouvement politique, puis un parti politique. Au nombre des intellectuels à la barre : Maurice Séguin, Michel Brunet, Hubert Aquin, plusieurs auteurs de la revue Parti pris, et les acteurs politiques du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), dont Marcel Chaput, André D'Allemagne, Pierre Bourgault. Une caractéristique commune de ce courant consistait à démaquiller les rapports de domination coloniale.

On peut penser qu'une première doctrine de l'indépendance s'est alors formée; une doctrine qui appelait inlassablement à sortir des structures imposées par la Confédération. Cette époque a été fortement marquée par maints efforts pour saisir le visage particulier du colonialisme canadien, avec pour corollaire la longue et difficile décolonisation des esprits. Et cela a bien marché pendant une petite décennie.

Pour Wikipedia :
« De 1960 à 1968, les thèses défendues par Marcel Chaput et les autres membres du RIN gagnent du terrain dans la société civile au point de forcer tous les partis politiques à ajuster leurs discours à propos du statut politique du Québec.» 
C'est donc dire que le courant indépendantiste qui expliquait l'inégalité par une domination coloniale remodelée, mais jamais éteinte, a influencé grandement le Québec de l'époque. Ce discours était de toutes les conversations, national et non partisan - jusqu'en 1966 - ce qui lui donnait une influence trans-parti. Ce courant était devenu prépondérant dans la nouvelle mouvance nationaliste jusqu'à ce qu'il soit détrôné. Ce qui ne devait pas tarder.

Le sort réservé à la « première doctrine de l'indépendance »

Daniel Johnson (père) et René Lévesque étaient deux personnalités publiques bien connues appartenant à d'autres horizons politiques. Ils étaient respectivement de l'Union nationale et du Parti libéral. Pour reprendre Wiki, ils seront de ceux qui devront «ajuster leur discours à propos du statut politique du Québec». Ils se situeront sur la première doctrine de l'indépendance avec la publication tout à tour d'un essai sur la question : Égalité ou indépendance (1965) pour Daniel Johnson et Option Québec (janvier 1968) pour René Lévesque. Daniel Johnson mourra prématurément. C'est René Lévesque, vedette charismatique et transfuge libéral, qui tirera profit du courant de décolonisation montant. Il le ramènera vers lui - en l'étouffant - pour l'enfermer dans le giron d'un fédéralisme utopique, pour ne pas dire impossible. Tenté par les mirages d'une résolution facile de la question nationale, la majorité du RIN, conduite par Pierre Bourgault, militera pour la dissolution du parti; une décision qui aura pour effet le repli dans les marges d'une doctrine aux accents de libération. Le parti enverra ses 11 000 membres au PQ, des indépendantistes qui commenceront à souffrir de leur absence d'organisation. Bourgault qualifiera plus tard la fin du RIN comme la plus grave erreur politique de sa vie. Mais il était trop tard. La première doctrine de l'indépendance et de la décolonisation venait d'abdiquer.

Andrée Ferretti écrira avec lucidité :
« La plus grave conséquence, cependant, de la transformation du RIN en parti est qu’elle a mené à sa dissolution. Il était logique que sa direction, qui visait la prise du pouvoir comme moyen privilégié de réaliser rapidement l’indépendance, ait voulu s’arrimer au MSA [précurseur du PQ]: aussi peu clairement indépendantiste qu’ait été le projet de René Lévesque, la popularité de celui-ci avait un attrait irrésistible. Comme si pouvaient naître du jour au lendemain et spontanément les conditions nécessaires à la désaliénation, étape préalable à l’exercice de la liberté.  » https://www.erudit.org/fr/revues/bhp/2014-v22-n3-bhp01312/1024141ar.pdf 
Le Parti québécois a donc été fondé par le double effet de la figure charismatique de René Lévesque et du détournement  d'un éveil des esprits, plus fondamental, qui avait été travaillé par d'autres. Hélas peu en avaient conscience à l'époque, mais l'écart entre les doctrines du RIN et du PQ saute aux yeux quand on constate que jamais le PQ ne contribua par la suite, ne serait-ce que par des broutilles, à l'enrichissement de la première doctrine de l'indépendance. Bien au contraire, la formation de ce parti venait la renverser. Et, de ce point de vue, sans trop pousser, on pourrait croire que c'est là que se produisit le véritable vol de l'indépendance. Et si l'on s'y attarde, l'hypothèse donne de la cohérence à tout ce qui suivit.

L'interdit sur la dimension coloniale de notre condition 

Désormais, avec Lévesque, toute explication de notre condition, qui passait par le colonialisme avec pour remède la décolonisation des mentalités et l'indépendance, sera prohibée. Et l'interdit sera inscrit dans l'ADN du Parti québécois. Sur le fond, la négation de l'existence même de tout rapport colonial au sein du Canada - thèse que défendait Pierre E. Trudeau et Gérard Pelletier - sera obligatoire au Parti québécois. Un effondrement idéologique. J'y reviendrai plus loin avec Maurice Arbour. De surcroit, René Lévesque agira comme un chef de police pour réprimer l'expression de la première doctrine de l'indépendance au sein de son nouveau parti national-provincial. Il mettra maintes fois sa tête en jeu contre ses compatriotes «purs et durs», les survivants de la  première doctrine de l'indépendance, mais jamais contre le fédéralisme; ni en 1980 ni en 1981 ni en 1982, donc jamais. Le PQ restera intraitable. Il se défendra avec la dernière énergie de toute filiation politique avec le RIN, il récusera toute explication de l'infériorité grandissante du Québec - et du Canada français - par la privation de droits politiques, comme le prolongement d'une domination coloniale, pourtant décortiqué bien des années plus tôt.

Pitié pour le fédéralisme, pas de pitié pour les « purs et durs »

C'est donc dans le cadre d'une franche opposition à un mouvement de libération nationale que René Lévesque avait élaboré soigneusement sa thèse d'un renouvellement du fédéralisme. Il misait tout sur des ajustements structurels entre nations - qui par bonheur ou par hasard épousaient le contour des frontières provinciales - pour rendre fonctionnel un fédéralisme qui ne l'était pas, et qui l'avait jamais été. Jusque là le plan - bien que d'ambition limité - pouvait avoir un certain sens, il faut en convenir. (1) Mais c'est dans la façon de passer d'un Canada à dix à un Canada à deux que le projet se révélait une parfaite tarte à la crème, le genre d'utopies devant lesquelles le Canada français avait tourné le dos depuis les douloureuses années 1837-38.  Or, avec Lévesque, on partait d'une thèse incomplète, un attrape nigauds qui s'objectait à considérer le prévisible refus du Canada de se redéfinir à la demande d'une de ses provinces, une province qui se révélait elle-même autant divisée que quémandeuse d'ajustements ! En même temps, pour se coincer davantage, Lévesque n'en resta pas là. Il jura qu'aucune autre solution que sa réforme fédéraliste – la souveraineté-association – ne pouvait être admise. En somme, il portait la bannière d'une thèse naïve, irresponsable, mal inspirée, négligente, sous l'influence des services secrets – et possiblement toutes ces réponses. Et de surcroit, une thèse qui rendait superflue toute préparation à une lutte politique résolue et de longue haleine. Tout devait être improvisé - ce qui fut fait - et aucune méfiance envers « nos partenaires canadiens » - y compris la GRC - ne pouvait se justifier dans le cadre d'un si beau rêve de réformer le Canada au profit de tous les Canadiens. 

Car tous devaient y trouver leur compte selon le tandem Lévesque-Morin. Seuls les « purs et durs »  cités plus haut, ne pouvaient trouver grâce aux yeux de Lévesque. Il leur montra combien il pouvait être intransigeant comme, à l'opposé, il pouvait être bien disposé envers les services canadiens et les accointances de son premier lieutenant avec les barbouzes. Qui demande encore à juger des résultats de 1981 sous la direction de Claude Morin ? Voilà de quoi est faite la prestigieuse réputation PQ ! 

L'identité territoriale et la puissante « minorité » de blocage

Sur au moins une question cependant, les positions défendues par le PQ se situaient dans la même veine que celles du RIN. Les deux considéraient l'identité territoriale québécoise comme la seule source de notre identité. Une amputation par rapport à notre histoire longue qui revendiquait la singularité d'un « Nous » nord-américain, qui s'était déployé depuis les rives du Saint-Laurent bien avant l'anglicisation du continent. La question de notre identité à libérer demeure difficile, une question qui, à ce jour, n'a pas été résolue de façon satisfaisante. Certes, les incertitudes quant à la vigueur du Canada français et de l'Acadie se posaient se posent toujours. Mais justifiaient-elles de rejeter toute communauté d'intérêt entre les « descendants des vaincus » pour, drôle de pari, tout miser sur une affinité nationale à construire avec le West Island ? L'identité territoriale magnifiée se condamnait à solliciter et à convaincre le château fort de la nation canadienne au sein du Québec. Un combat perdu d'avance. Si Lévesque avait eu raison de pester quelques fois contre les « Rhodésiens », il ne chercha ensuite que la conciliation. Pour une pièce d'anthologie sur le sujet, il faut relire le discours de Lucien Bouchard aux Anglais (au lendemain du référendum de 1995), un discours apparemment écrit par Jean-François Lisée. Le discours d'un prisonnier et d'un vaincu qui s'adresse à la puissante « minorité » de blocage.

Deux victoires suivies de graves échecs

C'est armé de cette façon abracadabrante que l'équipage de René Lévesque va monter sur son navire amiral. À part deux victoires initiales, le petit équipage de Tit-Poil ira de naufrage en naufrage. C'est mon hypothèse que c'est grâce à l'influence rayonnante de l'infusion riniste au sein du Parti québécois que ce dernier remportera deux victoires en cinquante ans. Ces deux victoires méritent d'être soulignées. D'abord la victoire électorale de 1976, qui souleva un vent d'enthousiasme jamais vu auparavant. L'autre, l'adoption de la Loi 101, une loi que René Lévesque finira par concéder après beaucoup d'hésitations et grâce à la ténacité de Camille Laurin. On découvrira vite que la loi  péquiste sur la francisation du Québec sera vécue comme un avant-goût de l'indépendance. Elle avait à elle seule toute la vigueur d'une thérapie réussie. La confiance des Québécois en leur pouvoir et leur bon droit atteignit alors des sommets inégalés : un peuple se levait ! De mémoire, ce sont les deux seuls événements, deux intermèdes pendant lesquels la majorité démographique du Québec suspendra ses peurs - légitimes - de la répression pour s'imposer enfin comme une majorité sociologique. 

Le reste du lévesquisme ne sera qu'une suite ininterrompue de reculs et d'échecs. En fait le PQ, qui continue de voguer avec Lisée comme si de rien n'était, comme René Lévesque, qui apparemment n'a jamais rien eu à se reprocher, aura fait plus reculer le Québec de 1980 à l'an 2000, que les 113 années précédentes de la Confédération. Il est vrai que les comparaisons sont toujours un peu injustes. Mais à part la Conquête et la répression des années 1837-38, il est difficile de voir ce qui aura le plus poussé les « descendants des vaincus » vers le néant historique et l'insignifiance à part les errances du péquisme. Même s'il ne porte pas toute la responsabilité, il a toujours refusé d'en assumer sa juste part. L'alibi usé du « méchant fédéral » et du « peuple qui n'a pas suivi » ne convainc plus. 

Un surtemps qui se joue du coté des pâles lueurs

Les conditions objectives de la domination politique - exposées par les défricheurs de la lignée riniste – n'ayant jamais changées, la première doctrine indépendantiste n'a jamais cessé de se dresser contre la doctrine opposée, celle du Parti québécois. Andrée Ferretti, témoin important de l'époque du RIN, dont je suis moi aussi mais à moindre égard, rappelle que Guy Pouliot mena l'opposition contre la dissolution du parti voulue par Pierre Bourgault. 


*  *  *

Des auteurs font renaître la dimension coloniale de notre condition 

Au fil des ans, plusieurs personnes ont remis en cause le roman de René Lévesque. Une forme de résistance a été l'écriture de livres apparus pour analyser l'échec historique de la période péquiste et relancer le débat sur des bases plus saines. Savoir, à partir de quels fondamentaux faut-il aborder la question nationale au sein du Canada et du Québec ? Il y a bien sûr du temps supplémentaire qui  se joue, sans espoir de compter un but; mais on fait néanmoins du surtemps pour ajourner un verdict déjà rendu par l'histoire. Il faudra néanmoins réaliser assez vite que l'avenir ne se trouve pas du coté des pâles lueurs d'une comète qui disparaît sur l'horizon.



Le Perdant de Martin Bisaillon 

En 2004, Martin Bisaillon publie Le Perdant. Un petit livre de 103 pages qui retrace les années sombres de René Lévesque. Le livre sort très tôt et ne mérite pas le jugement très négatif qu'en fait Odile Tremblay dans le Devoir. 

Pour ma part, je juge le livre équilibré, documenté et soutenu par de nombreuses références vérifiables. Perfectible, certes, mais déjà fort à la hauteur en 2004 par rapport à ce qui se publiait à l'époque et encore aujourd'hui. Au Québec, on dirait parfois que les consciences avancent comme de la mélasse en hiver.  


Bisaillon écrit : 

« Je désire au moyen de ce livre apporter une nuance au tableau en esquissant une autre vision du passage de René Lévesque dans l'arène politique québécoise et dresser un autre bilan de ses décisions, une analyse critique démontrant que Lévesque ne fut pas un «libérateur de peuple ». (p.19)
Pour le lecteur intéressé, j'ai regroupé ici quelques extraits du livre  :https://gilles-verrier.blogspot.com/2018/01/le-perdant-extraits-du-livre-de-martin.html

Cessons d'être des colonisés ! de J. Maurice Arbour

Plus récemment (2015), le livre de J. Maurice Arbour, Cessons d'être des colonisés ! apparaît comme la contribution tardive d'un homme qui a enseigné pendant au moins 30 ans le droit constitutionnel canadien et le droit international. Contribution tardive mais un passage obligé, en dépit de quelques inexactitudes mineures sur l'histoire de la Confédération (Chapitre 7) et d'une certaine complaisance envers le Parti québécois (Chapitre 12), qu'il ménage après nous avoir convaincu qu'il était le principal vecteur de la mentalité du colonisé. Les chapitres les plus intéressants sont de loin ceux où il retrace dans une synthèse fort réussie les tribulations de la montée et de la chute de l'idée du colonialisme au Québec (Chapitres 3, 4 et 5).

Dans le chapitre 3, il écrit : 
« ...à la fin des année 1950 et au début des années 1960, des intellectuels québécois ont discuté du colonialisme et de la nécessaire décolonisation du Québec. On y parle de domination politique, économique et culturelle.»
Plus loin, il passera plus en détail les contributions respectives d'intellectuels de l'époque qui ont voulu dresser le portrait d'un colonialisme à visage canadien, il mentionne un certain nombre d'entre eux, comme Raymond Barbeau, Marcel Chaput, Hubert Aquin, Raoul Roy, Paul Chamberland, André D'Allemagne, Pierre Bourgault, Gaston Miron... Puis, écrit-il : 
«Jetant un regard global sur les années 1960, Gaston Miron et Andrée Ferretti affirment, par exemple, que le mouvement indépendantiste québécois de la fin des années 1950 se veut ''un véritable mouvement de libération nationale dont l'objectif primordial est de briser le cercle du colonialisme qui, depuis deux cents ans, enferme la nation québécoise dans la dialectique vicieuse de la domination, source d'aliénation, et de l'aliénation, soutien de la domination''. (p.44)
Selon lui, la fondation du Parti québécois a coïncidé avec le repli du puissant argumentaire de la libération. Il écrit : « il ne semble pas que la question du colonialisme canadien ait intéressé qui que ce soit dans les années qui suivirent immédiatement 1968 », année de la fondation du PQ. (p.44)

Dans le chapitre 4, l'auteur fait voler en éclats la prétention de Bernard Landry (p. 65) que nous ne sommes plus des colonisés parce que nous avons pris en main nos leviers économiques. Landry se doutait-il qu'il reprenait en 2013, l'argument des Trudeau et Pelletier, pour qui la condition économique avantageuse des Québécois n'était pas compatible avec l'existence d'une situation coloniale ? En fait, nous nous serions libérés après avoir révolutionné tranquillement dans des turbines hydro-électriques. 

Si Arbour n'a pas de peine à reconnaître le ré-équilibrage économique des Canadiens français, il continue néanmoins d'enfoncer le clou : 

«... si beaucoup de choses ont changé dans les faits, aucun changement réel n'est intervenu là où ça compte, c'est-à-dire sur le chapitre des règles du jeu constitutionnel. Or, non seulement celles-ci n'ont pas évoluées à l'avantage des Québécois, mais elles ont régressé au détriment de ceux-ci, en 1981-1982. » (p.67) 
Le reste du chapitre 4 lance un avis de recherche du «colonisé» disparu de l'écran radar de la question nationale dans toute la mise en scène de la très soumise souveraineté-association. Il tonnera : Le parti québécois avait bien plus besoin de travailleurs d'élections que de cerveaux capables d'ouvrir les chemins de la libération. On ne pouvait mieux dire !

Mais là où je trouve qu'Arbour frappe le plus fort c'est quand il démontre qu'avec la disparition de toute référence au caractère colonial de la relation Canada-Québec, ce ne sont pas vraiment les thèses de Lévesque qui l'emportent, mais plutôt Lévesque qui défait ce que le RIN avait construit. Il le fait en reprenant pour son compte l'argumentaire de P.-E. Trudeau, de Gérard Pelletier - et de quelques amis français bien placés, comme Jean-Marie Domenach - dans leur plaidoyer contre l'existence d'une situation coloniale au Canada, dès le début des années 1960. L'idée de voir un colonisé dans son miroir était proprement terrifiante !

Pour lire d'autres extraits du livre : https://gilles-verrier.blogspot.com/2018/01/arbour-cessons-detre-des-colonises.html

Naître colonisé en Amérique de Christian Saint-Germain

Le personnage qui est certes le plus atypique de la nouvelle mouvance des décolonisés est sans contredit Christian Saint-Germain. Après avoir publié coup sur coup L'avenir du bluff québécois (2015) et Le mal du Québec (2016), il récidive avec un titre encore plus explicite : Naître colonisé en Amérique (2017). Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce professeur d'université bardé de diplômes dérange.

La critique de Nicolas Proulx

Saint-Germain ne laisse pas indifférent. À preuve, la livraison de décembre 2017 de la revue l'Action nationale lui consacre deux recensions. Une signée de Denis Monière, et l'autre de Nicolas Proulx. Proulx n'y va pas de main morte dans sa charge contre Saint-Germain qu'il décrit comme « destructeur et redondant ». Ce qui ne passe pas chez Proulx c'est la critique détachée de toute réserve  d'un auteur qui s'en donne à coeur joie en pratiquant un humour caustique et inconvenant. Visiblement partisan du Parti québécois, Proulx attribue à l'auteur – et là-dessus il n'a peut-être pas tort – « ...une invitation à une révolution intestine au mouvement qui devrait d'abord être éviscérée (sic) de son enfant politique qui lui pourrirait les entrailles.»

La critique de Denis Monière 

Et Saint-Germain polarise. Si Nicolas Proulx n'a à peu près rien de positif à dire, Denis Monière l'a non seulement trouvé drôle, mais il en profite pour réinterpréter les thèses de Saint-Germain dans le style d'une analyse politique serrée. Honnêtement, paragraphe par paragraphe, j'ai trouvé impeccable ce que retient Denis Monière du livre de Saint-Germain avec lequel il s'accorde pour dresser un bilan négatif du Parti québécois. Comme bien d'autres, il attribue au néo-fédéralisme du PQ la disparition de toute forme de référence au Canada colonial depuis 1968.

[Mon soulignement]
« Ce livre se propose d'explorer cette relation et de décrypter les rouages de l'inconscient colonial québécois. C'est en quelque sorte le portrait du colonisé québécois moderne. Mais attention : cœurs sensibles, s'abstenir de lire ce livre hors norme, ce chef-d'oeuvre de sarcasme et d'ironie décapante. La plume acide de Saint-Germain vitupère les conforts de notre bourgeoisie intellectuelle qui règne sur un peuple qui se tord de rire. Pour bien se faire comprendre, l'auteur emprunte lui aussi le chemin de l'humour puisqu'au Québec rien d'autre ne suscite de l'intérêt. »
Plus loin :
« Le PQ tourne en rond et a rabougri le destin du Québec. L'auteur ne ménage pas les insultes envers ce parti qu'il qualifie de parti de ronds de cuir, de pantouflards. Avec le PQ, '' le Québec est devenu un fœtus politique, amas informe, enfant mort-né de la révolution tranquille '' (p. 67) La faute du PQ est d'avoir camouflé et travesti les rapports de force entre le peuple du Québec et ses oppresseurs (voir p. 71) faisant ainsi des Québécois les victimes consentantes du fait colonial. La faute du PQ est de ne pas avoir assumé le « caratère ethnique de notre survivance ». Ses dirigeants avaient la terreur phobique de ce que l'Autre, le colonisateur penserait de cette affirmation de soi. Se nier soi-même pour ne pas déplaire à ceux qui dominent et créent les conditions de notre subordination, telle est la logique du colonisé. « Blanchis sous le harnais, le colonisé québécois garde des caractéristiques héréditaires d'une soumission reçue et transmise comme son unique moyen de conservation et de pérennité » (p. 114)
À la fin, Monière reprochera à l'auteur, mais sans insister, de n'avoir aucune solution à proposer : 
« Tenant cette chronique d'une mort annoncée, il opte pour le « il n'y a rien à faire »
avec une certaine mauvaise foi... » Mais l'heure des solutions n'a peut-être pas encore sonné pour un troupeau de moutons qui se laisse conduire sur la voie du suicide assisté. Monière conclura :
 « ...pour ceux qui ne renoncent pas, ce livre de Saint-Germain peut s'avérer salutaire, car il sonne l'alerte et oblige à sortir du prêt-à-penser qui produit la culture de la défaite péquiste. »

La critique de Mathieu Bock-Coté

[ http://www.journaldemontreal.com/2017/09/24/se-redecouvrir-comme-colonises---ou-pourquoi-il-faut-lire-christian-saint-germain ]
Dans le Journal de Montréal, Mathieu Bock-Coté consacre la plupart de sa chronique à vanter Saint-Germain avec l'intelligence qu'on lui connait. Il l'a lu et manifestement bien compris. Il cite d'excellents passages du livre et en recommande la lecture.  

Dans le paragraphe suivant – hormis ce qu'il appelle « l'effondrement du parti ''indépendantiste'' » - il écrit de manière intéressante :
« Saint-Germain parle aussi de la «pureté révolutionnaire essentielle à l’avènement d’un État français en Amérique» (p.81). Disons la chose en d’autres mots, peut-être un peu moins lyriques: il ne peut pas y avoir de politique indépendantiste sans mystique indépendantiste. Il ne peut pas y avoir de nation sans mystique nationale, et les Québécois qui ont oublié l’épopée de l’Amérique française seraient aujourd’hui en manque de mystique. Il y a quelque chose de sacré dans la poursuite de l’indépendance d’un peuple. On retrouve ici ce qu’on pourrait appeler la posture prophétique de Saint-Germain: alors que tous les nationalistes s’inquiètent d’un effondrement du parti indépendantiste, lui veut voir dans ce cataclysme possible un moment de renaissance. C’est en mourant qu’on peut renaître. On peut voir les choses autrement. il ne pourrait y avoir que le néant. »
Bock-Coté admet que « Pour Saint-Germain, ''le contexte social québécois n’est pas neutre: c’est un dispositif génocidaire silencieux, une aire de dressage construite par le conquérant'' (p.119). »

Il poursuit :
«C’est de la disparition tranquille d’un peuple dont nous parle Saint-Germain, il s’agit de savoir si un peuple arrivé ici il y a plus de quatre cents ans et qui a fait ce pays, qui l’a fondé, pourra un jour assumer pleinement sa propre existence historique ou s’il consentira à sa régression à la manière d’une nation morte dont il ne restera que des traces folkloriques: il nous faut comprendre à quel point notre appartenance au Canada nous condamne à une inévitable disparition. (…) Saint-Germain ne tolère pas que les leaders indépendantistes n’assument pas clairement la charge existentielle du projet qu’ils portent depuis la fondation du PQ. Il le fait brutalement, sans trop de nuances et on se gardera d’endosser sa stratégie de la table-rase qui serait politiquement suicidaire pour tout un peuple.»
Ce qui m'échappe c'est le choix que semble poser Bock-Coté entre « endosser la stratégie ... politiquement suicidaire de Saint-Germain », d'une part, ou celle « des leaders indépendantistes [ qui ] n'assument pas clairement la charge existentielle du projet qu'ils portent », d'autre part. Et pour bien enfoncer le clou, Bock-Coté pose la question de la vérité :
« Et c’est la suivante: la question nationale n’est pas qu’une simple querelle gestionnaire et constitutionnelle seulement compréhensible dans les paramètres de la modernité québécoise. C’est une question de vie ou de mort pour le peuple québécois. »
Bock-Coté, pour nous éloigner de la voie suicidaire de Saint-Germain, nous proposerait donc la voie sucidaire des «leaders indépendantistes [qui] n'assument pas clairement la charge existentielle de [leur] projet. Entre deux suicides, y en aurait-il un plus joyeux que l'autre ? En quelque part, à la différence de Proulx et de Monière, Bock-Coté est celui qui semble le plus ambivalent. Le cœur et la raison avec Saint-Germain mais le reste - le trivial - avec «ceux qui n'assument pas clairement la charge existentielle du projet qu'ils portent. » Comme bien des Québécois, et non les moindres, il refuse de tirer la conclusion que lui dicte la clarté de son analyse. 

Pour lire des extraits de Christian Saint-Germain :https://gilles-verrier.blogspot.com/2018/01/extraits-choisis-de-christian-saint.html



* * *

En 2018, nous allons glisser graduellement dans une période électorale qui va nous distraire des enjeux d'envergure nationale. Non pas que les «affaires courantes» soient sans intérêt, elles le sont, mais les campagnes électorales se confinent généralement à elles seules. Dans La démocratie athénienne miroir de la nôtre, le philosophe Jacques Dufresne écrit : « Le ver de la démagogie, dont Périclès avait su retarder les méfaits, était dans le fruit de la démocratie depuis le début ». L'histoire des joutes électorales nous rappelle que la question nationale - si on oublie le RIN - ne fut posée qu'à une seule occasion en cinquante ans, soit lors de l'élection de 1973.

L'avénement de grands changements, comme ceux de l'ordre du statut politique, s'ils peuvent profiter d'accidents historiques indépendants et imprévisibles, ils ne peuvent, en revanche, gagner la faveur populaire que par la présence active d'un mouvement politique dédié à la revendication politique et à l'éveil des esprits; un mouvement dédié à la popularisation sans relâche d'une doctrine qui n'a pas à subir la défaite dans les urnes, mais qui doit plutôt gagner en influence sur le terrain jusqu'à ce que son heure soit venue. À cet égard, il convient de le rappeler, c'est Guy Pouliot et Andrée Ferretti qui avaient raison sur Pierre Bourgault. Car, une doctrine insuffisamment raffermie, ne peut que se défigurer dans les compromissions qu'oblige les concours de popularité électorale.

Avec d'autres, dont le nombre semble aller croissant, le déni de l'échec dramatique des cinquante dernières années ne peut se prolonger plus longtemps. Le mouvement d'émancipation national se trouve diminué, ruiné, rendu insignifiant par la mise en avant d'un électoralisme ambitieux et prématuré qui a contribué aux dérives de nos intérêts fondamentaux. La tenue d'états généraux des « descendants des vaincus » que propose Richard Le Hir, pourrait nous aider à sortir de l'impasse. 

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Note 
1. En fait, contrairement à ce que pensait Lévesque, le seul fédéralisme qui pourrait fonctionner au Canada exigerait le redécoupage du territoire en trois nations égales pour rendre justice aux « descendants des vaincus », parmi lesquels j'inclus ici les Premières nations. Ce fédéralisme organique - socio-historique - existe et fonctionne ailleurs. 

jeudi 4 janvier 2018

Les « descendants des vaincus » et l'édification du Canada sur des mensonges

[Édition révisée du post du 17 décembre coiffé du même titre]

Le procès du Canada sur la scène internationale reste à faire

Le point sur cette série

Cette série a été écrite pour expliquer l'échec du mouvement souverainiste québécois depuis cinquante ans. Elle tâche de démontrer que, sans un changement profond des perspectives, le déclin inéluctable des fondateurs du Canada se poursuivra. Pour le bénéfice des lecteurs, je rappelle que la première partie explore les moyens de redonner l'initiative aux « descendants des vaincus » et anticipe sur les prochaines négociations constitutionnelles qui feront des Premières nations les vedettes, alors que le Québec risque d'en être exclus et même complètement ignoré. La deuxième partie revient sur la satisfaction étonnante du Québec face à la division du camp des vaincus, qui éclata aux États généraux du Canada français en 1967. La troisième partie analyse le manque flagrant de sérieux du projet de René Lévesque et de ses continuateurs de tous les partis autonomistes, qui sont encore aujourd'hui dans l'acclamation d'une oeuvre manquée. La quatrième partie revient sur le manque de détermination des chefs autonomistes qui, par leur démission en plein combat, avortèrent les quatre tentatives de modifier le statut constitutionnel du Québec. Ils portent la responsabilité de la morosité ambiante. La cinquième partie traite du syndrome du Grand Jour : le remplacement de la lutte soutenue contre un fédéralisme dominateur par une pédagogie préparatoire à l'indépendance. Le combat vs la discussion dans les salons. [ Serait-ce une conséquence de la féminisation de la société ? ] La présente partie, la sixième, expose avec concision la nature destructrice du fédéralisme pour les Canadiens français et les Premières nations indigènes, en retraçant l'usurpation du pacte constitutionel de 1867 par la puissance anglo-saxonne hégémoniste. D'autres analyses inédites attendent les lecteurs.
Nous continuerons de poser les jalons qui mènent à un changement de paradigme, à une refondation rendue indispensable après cinquante ans d'échecs ininterrompus. Nous reviendrons sur le refus Québécois de tenir tête au fédéralisme, alors que la réthorique indépendantiste-souverainiste a été plus que jamais dans l'actualité depuis cinquante ans. Et, dans un texte documenté, nous nous pencherons sur la manipulation générale qui piège désormais l'indépendantisme. Tout ce qui échappe – et il y a matière - à ceux dont le colimateur ne bouge pas beaucoup de l'Écosse et de la Catalogne. Y a-t-il un sens à ce qu'on offre au Kosovo son indépendance sur un plateau, sans lutte et sans référendum et, à coté, que la Catalogne, qui compte des organisations indépendantistes, et qui a dit OUI, échoue ?
« Descendants des vaincus » et « descendants des vainqueurs »
Curieusement, les « descendants des vaincus » est une expression qui fait partie du glossaire constitutionnel canadien. Au même titre que « descendants des vainqueurs », qui désignait sommairement le deuxième Canada, que tout séparait du premier.
Pour Me Christian Néron, constitutionaliste et historien des institutions consulté pour cet article, « Les périphrases « descendants des vaincus » et « descendants des vainqueurs » étaient courantes au XIXe siècle, mais elles ont pris leur place dans notre vocabulaire constitutionnel lors des Débats parlementaires sur la Confédération en février 1865. Lors de ces Débats, les ministres et députés du Haut Canada avaient mené une offensive afin de convaincre les 48 députés canadiens-français à consentir, en toute égalité, à un « pacte de la paix » susceptible de régler à jamais des différends qui perduraient depuis un siècle entre les deux populations. »
Pour replacer ces périphrases dans leur contexte d'une conciliation – rendue pressante pour éviter une soi-disant guerre civile - il peut être utile de relire le discours de George Brown - principal concepteur et artisan de la Confédération – édité et reproduit par Me Christian Néron, le 17 janvier 2017.
Deux nations, les pouvoirs majeurs aux provinces et le consentement du Bas-Canada pour tout changement constitutionnel
À la lecture des discours des constituants (1864 – 1865), aucun doute ne peut être entretenu quant à l'existence de deux peuples dont la reconnaissance ne faisait l'objet d'aucun débat. Aucun doute sur leur accord en faveur de compétences circonscrites pour le pouvoir fédéral et sur le maintien de pouvoirs exclusifs importants aux provinces pour garantir leur autonomie. Il était aussi promis – explicitement par George Brown et George-Étienne Cartier - qu'aucune modification constitutionnelle ne pouvait être ratifiée sans le consentement du Bas-Canada – aujourd'hui le Québec. C'étaient là les consensus essentielsi. Il en sortit un compromis qui représentait l'état du rapport des forces. Mais derrière ce compromis officiel, les vainqueurs historiques se réjouissaient secrètement aux perspectives d'éradiquer définitivement le french canadianism de la scène politique, alors que les « descendants des vaincus » y voyaient une étape importante avant d'évoluer tout naturellement vers une indépendance totale.
Si dans son application ultérieure le « pacte de paix » avait conservé – non sans tension - cet équilibre des forces et des volontés, la référence aux vaincus, marquée d'infériorité, et aux vainqueurs, marquée de supériorité, aurait dû graduellement s'atténuer...
Pour éteindre le conflit « inter-national » au sein Canada, il aurait fallu que l'esprit et les promesses des délibérations et du pacte de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique(AANB)ii soient respectés et suivent leur cours. Même en empruntant des voies sinueuses. Poursuivre dans l'esprit du compromis, qui avait finalement vaincu la méfiance et emporté l'adhésion d'une faible majorité des députés canadiens français, ne pouvait que conduire à une plus grande égalité ou à l'indépendance.
Usurpation de pouvoirs et rupture du pacte
Or tout le contraire se produisit. Une fois le pacte signé, il fut tout de suite tourné à l'avantage exclusif des Anglo-Saxons, lesquels ne cessèrent jamais de se comporter en « descendants des vainqueurs ». D'ailleurs, les motifs cachés, exprimés en privé par George Brown mais connus aujourd'hui, voulaient que le « pacte de paix » devienne l'instrument qui permettrait de mettre fin à l'existence politique et nationale des Canadiens français.iii Inutile de dire que ces intentions d'ethnocideiv entachaient dès le départ la bonne foi de l'instigateur du projet, le vrai père de la Confédération. En revanche, l'espoir de glisser doucement vers une émancipation complète - sentiment partagé par la totalité des Canadiens français et exprimé publiquement dans leurs journaux - était, quant à lui, parfaitement légitime.v
La Cour suprême, instrument de l'usurpation fédérale
La Cour suprême du Canada – un tribunal constitutionnel qui ne dit pas son nom - est établie en 1875 par une loi ordinairevi du Parlement fédéral. Ce qui est assez inhabituel dans un tel cas. La nomination des juges qui y siègent échoit à la seule discrétion du premier ministre, ce qui est assez primitif dans le cas d'institutions démocratiques. Mais au Canada, vu l'impossibilité de réformer la constitution – une affaire explosive – la fonction de premier ministre en est venue à concentrer tout à la fois les pouvoirs d'un monarque-président et d'un premier ministre.
Le sens de la création unilatérale de la Cour suprême – seulement huit ans après 1867, sans convocation ni consultation des parties constituantes – est un stratagème pour dépouiller les « descendants des vaincus » de leurs droits. Ce qui se met en place est un mécanisme scandaleux du pouvoir fédéral pour s'accaparer, à lui seul, des prérogatives de la monarchie coloniale au fur et à mesure du repliement de cette dernière. C'est en quelque sorte un coup d'État institutionnel, une première usurpation de pouvoirs par le fédéral. On avait pourtant convenu que ces pouvoirs devaient être circonscrits.
Grâce à la parodie de la Cour suprême, le pacte de 1867 va évoluer sur la base d'une jurisprudence faite d'un cumul de jugements défavorables aux « descendants des vaincus ». Un phénomène de centralisation unilatérale qui va passer à la vitesse supérieure avec le Statut de Westminster en1931, par lequel Londres renoncera à son pouvoir de renverser les jugements canadiens, ce qui n'avait pas manqué de se produire plusieurs fois. On peut donc parler d'une indépendance du Canada qui progresse à mesure que régresse l'esprit du pacte de 1867.
Le révisionnisme constitutionnel de la Cour suprême culminera en 1981, lorsque la Cour suprême prétendra que le consentement du Québec n'est pas indispensable pour modifier la Constitution de 1867. Une décision qui venait couronner le renversement progressif de l'esprit et de la lettre du « pacte de paix ». J'ai expliqué ailleursvii les raisons pour lesquelles on n'a pas contesté sur le champ, à Londresviii et devant toute instance internationale compétente, cet avis constitutionnel qui était pourtant d'une portée vitale pour le Québec.
L'expression «descendants des vaincus et descendants des vainqueurs» n'aura donc jamais cessé d'être d'une vibrante actualité. Cette expression, qui ne semble pas évidente au premier abord, désigne pourtant à la perfection les rapports de domination qui sont à la base de l'édification du Canada.
Un « pacte trahi » qui pousse les « descendants des vaincus » à reformer leur camp
Après 150 ans d'injustice, le retour dans l'usage des « descendants des vaincus » permet de mettre en évidence le caractère absolument inclusif de la périphrase, pour la bonne raison que tous les concernés peuvent s'y retrouver. En effet, sous cette appellation de « descendants des vaincus », il devient possible de désigner, sans autre distinction, Québécois, Canadiens français et Acadiens. L'expression a tout le pouvoir d'évocation pour les relier les uns aux autres, les rassembler dans une histoire partagée, celle d'avoir non seulement subi le sort des armes, mais de continuer de subir une sorte de condamnation perpétuelle. Un événement, la Conquête (1755-1763), changea radicalement le statut et le destin de tous.
L'expression « descendants des vaincus » est d'autant plus rassembleuse qu'elle permet de rajouter les Premières nations au nombre des victimes du deuxième Canada, se rappelant que ces dernières étaient en majorité les alliés de la Nouvelle-France et des Premiers Canadiens. Ces peuples subirent la même défaite. Lorsqu'ils combattirent aux cotés des Canadiens sur les plaines d'Abraham et, par la suite, lorsque les guerriers du chef Pontiac se soulevèrent contre le régime anglais près des Grands lacs. Leur statut subit une déchéance considérable en passant d'alliés des Premiers Canadiens, à refoulés dans des réserves. Même métissés avec les Premiers Canadiens ils ne connurent pas de meilleur sort. La répression sous toutes ses formes s'abattit sur eux. La pendaison de Louis Riel (1885), qui souleva d'indignation le Canada français en sera le point d'orgue.
Mais on restera prudent avant d'inclure davantage les Premières nations dans le combat des « descendants des vaincus ». D'abord, ils restent muets sur les différences entre le régime français et le régime anglais, une histoire oubliée ? Une histoire qui pourrait pourtant enrichir les sources de leur propre combat. L'AANB de 1867, en dépit d'un départ prometteur, n'aura fait que prolonger le rapport de domination. Par conséquent, les vaincus conservent un intérêt objectif et « principiel » à se regrouper sur la base de leur condition commune s'ils veulent retrouver la trace de leur identité. Se regrouper, reformuler les alliances grâce auxquels ils furent jadis d'intrépides gagnants, si ils veulent un jour mettre un terme à une volonté anglo-saxonne de suprématie mâtinée de paranoïa. À chacun ses problèmes !
Contrairement aux Espagnols et à d'autres peuples, les Anglais ne semblent pas connaître cette grandeur d'âme qu'on appelle parfois la magnanimité du vainqueur.ix
Fonder la démarche autonomiste contre la trahison des « descendants des vainqueurs »
Une constituante dans les frontières du Québec, comme le réclament certains autonomistes, ne peut se tenir ex nihillo. Elle ne peut se justifier dans l'occultation d'une constitution existante, la Confédération. Il faut prendre les réalités telles quelles sont. Les espoirs démesurés qu'on met dans une constitution interne du Québec ne peuvent se justifier que par la poursuite de l'oeuvre manquée de René Lévesque : la souveraineté sans adopter l'affirmation et la résistance nationales comme mode de vie. Pour un acte aussi grave que celui de fonder un nouveau pays dans les frontières d'un autre, on ne peut faire l'économie d'un procès au pays que l'on veut quitter, sans que la démarche séparatiste apparaisse mal fondée et quelque peu douteuse. Ce procès, qui aurait pu confondre le Canada, n'a jamais été entrepris par le tandem Lévesque-Morin et aucun des chefs de file autonomistes qui marchèrent dans leurs traces. On pourrait invoquer bien des raisons, mais essentiellement leur démarche valsait entre le fantasme politique et l'autonomisme velléitaire. Rappelons encore que la fondation d'un nouveau pays est un acte international. C'est pourquoi toute l'expérience des cinquante ans de Parti québécois peut être difficilement retenue pour la suite des choses. Un changement de paradigme s'impose.
Comment s'en sortir? Des élections auront lieu au Québec en octobre 2018. Si les Québécois d'aujourd'hui avaient la même cohésion et le même optimisme national que les Canadiens français de 1867, ils hésiteraient avant de donner leur vote à un parti qui n'a aucune intention de contester formellement sur la scène internationale - hors du Canada et sa Cour suprême - la légalité de l'imposition de la Loi constitutionnelle de 1982. Le dossier à charge est accablant. Il aurait mérité bien des études mais il y en eut guère de cet ordre, même si la documentation est abondante.x En attendant, voici quelques raisons, un condensé, qui rendent intenables le statu quo constitutionnel du Canada. Si cela ne répond pas à toutes les exigences d'une relance nationale, c'est un commencement !
- Les motifs inavoués du premier artisan et concepteur, George Brown, qui, dès le départ, nourrissait l'intention inavouée de mettre fin à l'existence politique et nationale des Canadiens français, entache la légitimité du projet et la bonne foi de son promoteur.
- La création unilatérale et non constitutionnelle d'une Cour suprême, prévue que très vaguement dans les accords, rendait son institution sujette à des négociations ultérieures entre les parties signataires du pacte de 1867. À cet égard, la question de la révision ou du désaveu de tous les jugements concernant le Québec, le Canada français et les Acadiens devrait être publiquement posée. Si, dans ce cadre, les Premières nations voulaient se joindre aux autres « descendants des vaincus », elles auraient naturellement toute la latitude pour défendre leurs propres intérêts.
- Le jugement révisionniste de la Cour suprême dans le Renvoi de 1981, va à l'encontre des engagements pris par les fondateurs du pacte de 1867. C'est une interprétation qui néglige les faits, un acte anti constitutionnel qu'il presse d'amener sur la scène internationale car il est impossible de le contester au Canada.
Le rapatriement de la constitution, de sa formule d'amendement et de la charte des droits furent rendus possibles par la Cour suprême, mais ils ne peuvent être renversés qu'ailleurs. Le Québec se croît dans son bon droit et a refusé - et continue de refuser – d'y apposer sa signature.
Les quatre combats - en cinquante ans – pour modifier le statut du Québec n'ont jamais consisté à mettre le Canada sur la défensive, à dévoiler son usurpation du pouvoir ni de faire de lui l'intimé en attente d'un procès et de jugement. Pire, les quatre passe d'armes se sont subitement arrêtées net en plein litige. Or, les informations nouvelles sur les Débats constitutionnels de la Confédération qui viennent d'être révélées grâce aux recherches de Me Christian Néron rajoutent des pièces de taille à un dossier déjà accablant. Les possibilités d'invalider en droit toutes les décisions de 1982 viennent de s'accroître de manière importante. À cet égard, si la solidité du dossier ne pose pas de problème, la transformation d'un ordre constitutionnel n'est possible que si un minimum de détermination et de pugnacité peut être réuni du coté de ceux qui veulent faire reconnaître leurs droits.
iEn droit anglais, ce qui s'est dit dans les délibérations constituantes est essentiel pour interpréter l'Acte constitutionnel lui-même car il renseigne sur les intentions des constituants.
iiActe de l'Amérique du Nord britannique, BNAA en anglais
iiiComme un haut fonctionnaire britannique renommé - Lord Durham - l'avait déjà recommandé 26 ans plus tôt dans un rapport officiel. we like. »
iv« You will say that our constitution is dreadfully tory – and it is ! – but we have the power in our hands to change it as we like. Hurrah ! – Is it not wonderful ? French canadianism entirely extinguished ! » Lettre à sa femme citée par Christian Néron ( https://vigile.quebec/articles/la-confederation-en-tant-que-passage-oblige-vers-l-independance ). We have the power to change it as we like, nous avons le pouvoir de la changer à notre guise, ce qui contredit son échange avec Georges Étienne Cartier, dans lequel le consentement du Bas-Canada est indispensable pour en venir à une entente. French canadianism entirely extinguished, l'extinction complète du franco-canadianisme.
vEn fait, pour Me Néron, « l'autonomie provinciale promise par la Confédération avait enclenchée un rêve d'indépendance »
viLoi ordinaire (ex : légalisation de la marijuana ou les pensions des Anciens combattants) par rapport à une loi constitutionnelle, qui exige des procédures d'adoption particulières. Dans le cas de la création d'une institution aussi importante que la Cour suprême du Canada, il va de soi qu'une loi ordinaire ne pouvait fonder sa légitimité. Huit ans seulement après la ratification de l'AANB !
viiLa négligence et l'incompétence du tandem Lévesque-Morin a été documentée notamment par le professeur Guy Laforest, j'en rends compte dans l'article suivant où il est cité longuement. https://vigile.quebec/articles/mort-precoce-de-toutes-les-tentatives-pour-modifier-le-statut-constitutionne
viiiLes décisions de la Cour suprême du Canada pouvaient être renversées par le Conseil privé de Londres jusqu'en 1931, ce qu'il ne manqua pas de faire à plusieurs reprises.
ix « L'histoire nous fournit des preuves d'une humanité aux antipodes de la malveillance, une attitude que j'appellerai celle de la «bienveillance du conquérant». On voit cette attitude plus généreuse illustrée notamment par la célèbre peinture de Diego Velasquiez, Les lances, où le vaincu «...apparaît avec les clés [de la ville] de Breda à la main et fait le geste de s'agenouiller, geste qui est interrompu par son rival qui pose une main sur son épaule et l'empêche de s'humilier.» En rendant sa dignité à un adversaire qui s'est bien battu, le vainqueur s'élève et conserve sa propre dignité. Nous avons aussi chez-nous des exemples à portée universelle de la bienveillance du plus fort, comme celui qui nous est donné par Samuel de Champlain se liant d'amitié avec tous les peuples indigènes qu'il croisait. » https://vigile.quebec/articles/la-canadianisation-tranquille-de-l-independance Voir en particulier le sixième paragraphe.
xVoir le point viii

lundi 1 janvier 2018

Ceux qui nous ont quitté en 2017, Rockefeller et Brzezinski

Extrait de L'Anti presse (Slobodan Despot) - No 109 

Ceux qui nous ont quittés en 2017, 

c’est surtout David Rockefeller qui nous laisse une empreinte de mammouth. Pétrolier (Exxon mobil) et banquier (Chase Manhattan), fondateur du groupe Bilderberg et de la Commission trilatérale avec son ami Zbigniew Brzezinski (décédé aussi en 2017), c’est à lui qu’on attribue cette phrase mémorable, prononcée lors de la réunion du groupe Bilderberg de Baden-Baden, en juin 1991, et qu’il n’a jamais démentie: «Il nous aurait été impossible de développer nos plans pour le monde si nous avions été assujettis à l’exposition publique durant toutes ces années. Mais le monde est maintenant plus sophistiqué et préparé à entrer dans un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale pratiquée dans les siècles passés».

samedi 30 décembre 2017

Gérard Bouchard et l'optique mondialiste - du boulot pour les immigrants aux dépens des autochtones !


Les Québécois – ces contribuables qui ont payé un salaire stable et enviable à Gérard Bouchard et aujourd'hui une pension sans inquiétude – doivent-ils considérer qu'ils ont bien investi dans tous ces petits québécois sortis du rang qui forment aujourd'hui son intelligentsia? Ou, au contraire, regretter qu'ils soient si mal tournés ? Ils peuvent se questionner de bon droit.  Les chômeurs de toutes les couleurs de peau, mais devenus Québécois de souche, et à la recherche eux-aussi d'un boulot, souvent modeste, se font rudement interpeler par Gérard Bouchard qui leur recommande de se tasser pour que les derniers arrivants prennent les emplois disponibles. Cet homme qui passe parfois pour un soutien de la souveraineté du Québec, ne serait-il pas d'abord un immigrationiste inconditionnel ? Pourquoi les Québécois déjà sur place devraient-ils s'incliner devant les nouveaux venus alors qu'on martèle l'idée que l'immigration est nécessaire pour combler trop d'emplois laissés vacants ? Laissons les faiseurs d'opinion mettre de l'ordre dans leur double discours et regardons plutôt la logique de Bouchard. 

Mon grand-père, lui-même immigrant, n'a jamais pu compter sur des faveurs. Je crois qu'il n'en voulait pas car il n'aurait pas voulu subir ce qui aurait été pour lui un déshonneur : prendre l'emploi d'un autochtone (autochtone : gens du pays, gens de la place). A -t-il subi une injustice ? Pas du tout. Mais curieusement, il est devenu courant aujourd'hui d'exiger des autochtones plus d'efforts dans l'accueil, quitte à faire intervenir un « discours d'autorité », comme le dit Bouchard. Selon lui, les Québécois ne prendraient pas leurs responsabilités, ils seraient biaisés en embauchant d'abord un voisin, un concitoyen, un parent, en lui offrant un emploi en premier – ce serait pour l'universitaire une attitude à réformer.  Pour l'universitaire déconnecté, il faudrait préférer l'étranger d'un autre continent à un voisin. Charité bien ordonnée ne commencerait donc plus par soi-même ?  

Apparemment, il ne serait plus bienvenu dans le discours public de rappeler à l'immigrant, réputé compétent pour occuper un emploi chez nous, qu'il devrait être aussi, on le présume, assez sérieux pour prendre lui aussi ses responsabilités à titre d'égal soumis aux mêmes contraintes. Quitter son pays natal devrait être une décision qui ne se prend pas à la légère. Même si les officiers de l'immigration présentaient à l'immigrant des obligations d'intégration, ce qu'ils ne font pas vraiment, il faudrait que l'immigrant considère lui-même un pays où le niveau d'emploi lui assure une occupation à court terme, comme c'était jadis le cas, sans déplacer les autochtones. Autrement, on fera face tôt ou tard à un conflit des légitimités et à la guerre des emplois, ce qui n'est jamais loin de troubles civils plus graves. C'est pourtant la solution que propose Bouchard, qui se fait plus idéologue que sociologue quand il recommande de ré-éduquer l'autochtone, pour qu'il renonce à sa combativité sur le marché de l'emploi et accepte une discrimination négative. 

Manipuler l'emploi par une ingénierie sociale  soutenue par l'État, établir des quotas à l'embauche, est un boulevard pour créer une injustice plus grave que de laisser opérer le marché libre. Un impératif qui s'impose quand on songe que l'offre d'emplois ne suit pas forcément les seuils croissants d'immigration qu'on nous impose. Ainsi, la « préférence nationale » qui a fait connaître le Front national en France appartiendrait à une détestable « droite », alors que la préférence « extra-nationale », proposée par Bouchard ne saurait que générer des bienfaits. La préférence aux immigrants, ressortirait donc, elle,  d'un « progressisme » vertueux. Un « progressisme » bien reçu par la presse, les élites économiques - souvent intéressées - et sans doute Québec solidaire.  Il ne resterait plus qu'à faire preuve d'autorité envers le bon peuple pour que tout baigne !

Le parti pris idéologique de petits commis du mondialisme en faveur de niveaux d'immigration élevés, fait exclure à Bouchard toute réduction des seuils d'immigration. Une telle possibilité semble incompatible avec  son logiciel. L'immigration n'étant pas pour lui un outil, à prendre ou à laisser selon les besoins, aux mains d'un État souverain - par exemple au Japon on n'accepte pas d'immigrants - mais un indiscutable dogme morale. Dans cette vision manichéenne, s'y objecter risque d'être vite qualifié d'extrême droite, voire de racisme. La déchéance intellectuelle de trop d'universitaires, que des générations de Québécois ont formés pour se faire c... dessus, offre le spectacle affligeant d'une collectivité en proie à une auto-mutillation officiée par une élite qui ne cherche qu'à l'accélérer.

Et l'emploi pour les intégrer nous dit Bouchard ! Bouchard a la prudence de ne pas s'avancer davantage sur la nature de cette intégration qui va vraiment dans tous les sens.
 Leur donner un « sentiment d'appartenance », mais à quoi ? Parlons des incontournables. Leur intégration les amènera tous à ce moment solennel où ils prêteront allégeance à sa majesté la Reine ? Les intégrer au Canada, premier pays post-national, selon Justin Trudeau ? La post-nationalité, l'idéal du régime, ne produirait-elle pas justement un citoyen typique avec deux attributs : 1) avoir prêté serment à la Reine et 2) détenir par ailleurs la citoyenneté d'un autre pays ? Voilà l'intégration qui consacre la distinction entre l'immigrant reçu et l'autochtone. Rappelons que ce dernier 1) ne prête pas serment à la reine et 2) n'a pas deux passeports en poche. Néanmoins, il devrait contribuer en se réjouissant à la préférence étrangère à l'embauche ! Comme toujours, on constate que les mondialistes ne s'intéressent pas beaucoup aux autochtones. Ceux qui, au Québec, partagent en grand nombre le sentiment de ne pas avoir de pays, même pas un, alors que l'immigrant typique en aurait deux. Un par allégeance et l'autre de naissance. Voilà exposé à grands traits le clivage entre l'autochtone et le prototype « post-national » - qui ne concerne pas tous les immigrants - que des mesures à la Gérard Bouchard ne feront qu'élargir. D'ailleurs, la post-nationalité des immigrants - surtout ceux motivés exclusivement par des raisons économiques - se confirme par les nombreux départs vers les États-Unis plus tard. Un nomadisme économique qu'affectionne les mondialistes. Il favorise le détachement de ses racines, la conscience apatride et l'appartenance exclusive à une race d'homo economicus  qui a l'argent pour seul pays.

Il sera toujours impossible de croire à un Canada vertueux lorsqu'il pratique une solution qui n'en est pas une : l'immigration massive. On pourra avec raison mettre en doute la bonne foi humanitaire du Canada tant - à titre d'exemple - qu'il n'imposera pas à ses multinationales en Afrique l'application des mêmes normes du travail qu'on applique ici. Tant - autre exemple - qu'il cessera sa participation à l'interventionnisme, à l'inverse de ce qu'il fit en Libye, une politique qui ne fait que grossir par la destruction économique et sociale le bassin des demandeurs d'asile, des réfugiés et des migrants. Le Canada affiche un cruel cynisme d'État qu'il faut décoder. Il le fait quand il crée délibérément les conditions d'inhumanité qui lui permettent ensuite de vendre sa « générosité légendaire ». Nous ne voyons pas les agents mondialistes comme Gérard Bouchard monter au créneau pour défendre et expliquer l'urgence d'un ré-équilibrage économique mondial. Pour eux, il ne faut pas toucher à l'oligarchie, à l'argent des vrais riches, mais demander aux chômeurs autochtones de faire des sacrifices.

S'il fallait résister à l'abandon de la souveraineté sur nos emplois, peut-on se demander si nous aurions un jour à nos frontières les facilitateurs que sont par exemple  IsraAid, venus d'un pays qui refuse lui-même à peu près tous ses demandeurs d'asile, pour venir nous intimider et nous forcer la main. Ce qui scandalise dans le discours de l'immigration massive, c'est qu'elle est imposée par les cénacles mondialistes, à droite, et soutenue, à gauche, par les humanitaires internationalistes - comme Gérard Bouchard et Québec solidaire, etc. - qui complètent le verrouillage de la pensée sur la question. C'est un choix imposé sur lequel les populations concernées ne peuvent plus se prononcer librement avec un minimum de sérénité. Cette question a été retirée des enjeux démocratiques, jusqu'à ce qu'une mobilisation populaire en force le retour.

Il faut réussir leur intégration économique et sociale. Quelqu'un d'exclu et victime de discrimination ne développera jamais de sentiment d'appartenance. Pour sensibiliser quelqu'un et pour le faire vibrer à nos valeurs, il faut d'abord lui donner un travail.
Il y a certes de vrais réfugiés et des immigrants qui s'intègrent parfaitement. Mais il faut reprocher à d'autres d'avoir tourné le dos à leur pays pour aller vers un autre sans autre motif qu'une plus grande mobilité et réussite économique, sans aucune ambition de s'intégrer. L'attrait de l'économie peut aveugler. Ce n'est ni un Nirvana ni un Eldorado. On rapporte que plus de 650 000 Syriens sont retournés à Alep depuis la libération de la ville il y a un an. Pour eux, le statut de réfugiés temporaires ne conduisait pas à l'émigration. On peut dire ça, certes, sans ignorer le fait que la détresse de nombre d'entre eux ne leur laissait guère de choix. Mais des gens qui aiment leur pays, ça existe. Or, tant que les pays de l'OTAN et autres puissances interventionnistes - parlons du Canada - ne respecteront pas le droit international et se donneront pour mission de changer les régimes - certains régimes -  qu'ils stigmatisent hypocritement comme coupables plus que d'autres d'atteintes aux droits humains, la fabrique de l'immigration massive, la fabrique des réfugiés et de la misère, qui en est la principale conséquence, ne cessera pas. Faut-il rappeler qu'aucune intervention militaire récente avec la participation ou l'appui du Canada n'a soulagé la misère humaine, bien au contraire. 

Nous avons une petite intelligentsia de rois-nègres qui, embouchée avec Québec solidaire (les positions officielles des autres partis sur le sujet n'en sont pas si loin), s'est constituée en fabrique de la culpabilité des Québécois. Les bonnes âmes, rassemblées dans la « gauche » - devenue une gauche morale qui a délaissé la justice sociale - peinent à comprendre que le marché de l'humain est la dernière frontière de l'économie de marché. Admettons que la droite ne le comprend guère davantage et est aussi, à sa façon, complice de cette manipulation !

Mais, pour les les bonnes œuvres de Gérard Bouchard, la population autochtone doit être réformée, si ce n'est pas de son plein gré, un discours d'autorité - ou plus musclé ?-  fera le boulot.
...ça va prendre un discours politique qui a beaucoup d'autorité pour faire accepter ça à la population. 
Lui faire accepter la discrimination positive en faveur des immigrants et des quotas à l'embauche !
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Entrevue de Gérard Bouchard 
http://www.lapresse.ca/actualites/201712/28/01-5148530-immigration-gerard-bouchard-plaide-pour-des-quotas-dembauche.php

Mathieu Bock-Coté - critique GérardBouchard
http://www.journaldemontreal.com/2017/12/30/contre-la-discrimination-positive