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Notes en vue d'une mise à jour de la question nationale à l'occasion des élections du 3 octobre prochain

La manière de formuler la question nationale au Canada a été transformée profondément par la Révolution tranquille. Un souverainisme nouveau...

samedi 15 août 2026

Notes en vue d'une mise à jour de la question nationale à l'occasion des élections du 3 octobre prochain



La manière de formuler la question nationale au Canada a été transformée profondément par la Révolution tranquille. Un souverainisme nouveau a remplacé le nationalisme traditionnel des deux peuples fondateurs, une solution jugée alors par les chefs de file du mouvement, comme étant à la fois dépassée et utopique. 

Formée de ceux qui se disaient hier Canadiens-Français, le souverainisme, cette nouvelle initiative des Canadiens de souche, n’aura hélas pas pu convaincre suffisamment « les autres» : anglophones de souche, Autochtones et immigrants. Ces derniers persistent toujours à s’identifier très largement au peuple dominant du Canada plutôt qu’à un peuple sans statut, qui ne peut exercer autant d'attraction. On peut donc dire aujourd'hui que le projet d’indépendance n’est pas sans risque de finir avec un résultat pareil à celui du nationalisme traditionnel, réputé mort vers 1968. Le souverainisme suscite donc aujourd’hui un scepticisme de bon aloi qui atteint même ses partisans. Un déclin d'enthousiasme qui s’explique par six décennies d’efforts infructueux. 

Il ne faut pas voir dans ces lignes l’envie de décourager ceux qui, encore nombreux, sont revigorés aujourd’hui par la pugnacité d'un PSPP, ou qui, ailleurs, cherchent l’avancement de notre peuple. Il reste cependant que l’indépendance du Québec resterait un projet inachevé tant qu'elle refuse aux Canadiens-Français d'y prendre place. Ces derniers devront pouvoir rejoindre les identités plurinationales qui forment le Québec d'aujourd'hui sans masquer leur propre identité d'origine. Le but de notre message à l’occasion des élections du 3 octobre prochain est de forcer une porte, de l'ouvrir sur une plus ample réflexion. 

Le recadrage majeur survenu au cours des années 1960 et 1970 faisait le pari audacieux que le territoire du Québec, avec ses «deux peuples fondateurs », et la présence de tous les autres habitants sur son territoire, formait, selon les souverainistes, l’assise d’un peuple nouveau. Or ce nouveau peuple, sur lequel les souverainistes misaient tout, a été appelé à se prononcer deux fois sur son avenir et les deux fois son existence ne s’est pas confirmée dans les urnes. Il apparut plutôt deux visions opposées de l'avenir. Bref, seuls lesdits Canadiens-Français répondirent oui à l’appel en nombre conséquent. Les chiffres sont ici les indicateurs d’un comportement politique distinct, ils témoignent de la persistance des Canadiens-de-souche comme peuple enraciné. 



Depuis le début de la période souverainiste, les Canadiens-Français, qui formaient depuis la Confédération de 1867 un socle solide pour des revendications constitutionnelles, ont malheureusement été disqualifiés politiquement. Leur nom a été retiré de la vie publique. On a cru et fait valoir que les Canadiens-Français n’avaient pas la dignité ou la légitimité voulue pour revendiquer des droits en leur propre nom. Ailleurs on a vu apparaître l’usage d’Ontarois et de Fransaskois… Pierre Elliot Trudeau fut de loin le principal artisan de cette mutation par laquelle un peuple était transformée dans une mosaïque d'identités provinciales. 

Plus récemment, des changements importants sont survenus sur la scène internationale en matière de droits des peuples. Le Canada et sa Cour suprême en ont pris acte, sans peut-être bien mesurer l’ampleur des conséquences qui pouvait en résulter pour le maintien du statu quo constitutionnel au Canada. Il importe aujourd’hui que ceux qui veulent que s’émancipe le peuple fondateur du premier Canada se mettent à jour, qu'ils prennent conscience des leviers qui sont à leur disposition et qu’ils établissent enfin une marche à suivre qui en découle. 

Deux déclarations et un pacte de l’ONU, dont le Canada est signataire, font renaître des espoirs pour la reconnaissance du peuple canadien-français et acadien au sein du Canada. Bien que ces déclarations et ces pactes ont été adoptés avec certainement en tête les peuples indigènes des Amériques, d’Afrique et d’Asie, les Blancs ne peuvent être logiquement exclus. Leur exclusion laisserait alors planer le doute qu’elle tient à la seule couleur de leur peau. Or, nous prétendons, en accord avec l'ensemble de notre historiographie qui relate des injustices systémiques, que l’histoire du Canada présente un cas particulier de colonialisme de Blancs sur Blancs.

Ainsi, les Canadiens-Français ont souffert d’une discrimination historique dont le point de départ est une conquête militaire. Sa portée a produit des conséquences culturelles, économiques et autres. Les Canadiens-Français ont souffert d’une occultation interne, instrumentée par un démembrement, qui les a réduits à n’être que des « francophones » rattachés à leur province de résidence. Ce démembrement s’est prolongé par une réassignation identitaire, qui imposait l'usage d’un nom et d’une identité provinciale inventée pour le coup, qui brisait la continuité d’un peuple jusque-là uni par l’histoire, la langue et la culture. Ailleurs dans un monde autre que blanc, le recours à une ingénierie sociale de cette nature pourrait être qualifié de crime contre l’humanité. Sans aller aussi loin, à partir de 1969, Ottawa a investi des sommes considérables pour diviser les Canadiens-Français en entités de « francophones provinciaux » tournés les uns contre les autres.

Dans un registre plus positif, il faut rappeler fortement ici que le jugement sur le renvoi de la Cour suprême de 1998 réaffirme que le respect du droit international fait partie des valeurs canadiennes dans les paragraphes 123 à 125. Dans l’avenir, il faudrait qu’un gouvernement du Québec prenne la mesure de plusieurs nouveaux positionnements en droit et qu’il s’engage dans une nouvelle ronde constitutionnelle. Pour notre part, à titre de contribution pour la résolution du long conflit national au Canada, nous pressons le prochain gouvernement du Québec d’adopter un amendement à l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982, lequel amendement se lirait comme suit :  

AMENDEMENT CONSTITUTIONNEL

 

À ce stade, plusieurs pourraient se demander si le Québec a le droit de modifier unilatéralement la Loi constitutionnelle de 1982. C'est une question à laquelle la Cour suprême du Canada a elle-même répondu et la réponse est OUI. Elle se trouve dans le paragraphe 150 du jugement sur le Renvoi de 1998, sur le droit à la sécession du Québec, dont le texte figure ci-dessous.

PARAGRAPHE 150



Adoption de l’amendement constitutionnel

L’amendement (Article 35-2) serait adopté par l’Assemblée nationale du Québec et soumis ensuite à l’approbation populaire, par la voie d’un référendum.

QUESTION RÉFÉRENDAIRE

Le gouvernement du Québec a adopté l'amendement 35-2 qui modifie la Loi constitutionnelle de 1982. Accordez-vous au gouvernement le mandat d'ouvrir des négociations avec les autres partenaires de la Confédération en vue de la ratification de cet amendement dans la constitution du Canada en vertu de la formule d'amendement ? 

 

Rappelons que les membres de la Fédération ont l'obligation de se prononcer à leur tour, placés devant l'obligation « d’engager des discussions sur tout projet légitime de modifications de l’ordre constitutionnel» (Renvoi, par. 150). L’amendement entrera en vigueur dès que les conditions prévues dans la formule d’amendement de la Loi constitutionnelle de 1982 seront remplies.

FORMULE D’AMENDEMENT


Conformité de la présente démarche en droit international et en droit canadien

Nous réitérons que, à notre avis, la démarche que nous proposons est en conformité avec les déclarations et pactes pertinents des Nations Unies sur les droits des peuples sans État. Nous estimons que les Canadiens-Français et Acadiens doivent jouir d’une autodétermination interne leur permettant d’assurer leur avenir à titre de minorités nationales.  L’initiative constitutionnelle proposée a pour but de mettre fin à la faille tragique de reconnaissance des peuples fondateurs du Canada et de l’Acadie, laquelle a conduit à une carence institutionnelle, à un manque d’estime de soi et à l’assimilation. 

Les pactes et les déclarations suivantes des Nations Unies soutiennent le droit à l'autodétermination interne pour les peuples minoritaires, non reconnus et sans État :

Déclarations et pactes des Nations Unies

Il est impossible de savoir si ces droits s'appliquent tant que les réclamants ne déterminent pas si ils forment un peuple au sens des Nations Unies. Le peuple québécois ne forme évidemment pas un tel peuple et il est par conséquent exclu des leviers ci-dessous.

Les soulignements ci-dessous sont pour le cas des peuples 
sans État et sans statut reconnu


Finalement, nous demandons aux électeurs sympathiques à notre approche de sensibiliser les candidats aux élections à venir. Il existe une fragilité insoupçonnée dans l’armature constitutionnelle du Canada. Nous appelons les électeurs à voter pour le candidat qui se montre le plus ouvert à une reformulation de la question nationale, qui après 60 ans mérite d'être repensée. Nous espérons que nos propositions pourront en inspirer quelques-uns. 

mercredi 12 août 2026

Mon parcours, ma réflexion - Pour une politique enracinée dans notre histoire




Mon parcours, ma réflexion 
La synthèse d'une option politique 
fidèle à notre histoire profonde.
 Les explications fondamentales de Gilles Verrier et la
Fédération des Canadiens-Français.
À voir absolument et à partager largement










 

jeudi 9 juillet 2026

Le projet de disparition des Autochtones a échoué, celui des Canadiens-Français se poursuit

La transformation la plus importante de la vie interne du Canada depuis soixante ans est à la fois une affaire occultée et très mal comprise. L’effacement récent du groupe canadien-français a mis fin à plus de 200 ans d'une présence politique nationale continue et souvent conséquente au sein du Canada britannique. Aujourd'hui, les Canadiens-Français sont segmentés dans dix provinces, comme autant de solitudes qui ont perdu tout sens d'une appartenance commune.

Pour la plupart de mes contemporains, l’effacement des Canadiens-Français serait le fait d’une évolution naturelle. C’est en tout cas la lecture la plus répandue du phénomène et c’est celle qu’a faite sienne l’historien Yves Frenette : un peuple disparaît sous l’effet d’une conjoncture qui le défavorise. Ses contradictions et des défis qu’il est incapable de surmonter l’emportent. Cette thèse ne fait naturellement aucun cas de l’esprit de conservation qui anime toute société humaine historiquement constituée; elle apparaît plutôt comme une oraison funèbre.

Bien que la thèse expose en surface une réalité crédible, elle reste toutefois silencieuse sur le pouvoir politique et ses ambitions. Pour bien comprendre, il peut être utile de poser la question autrement : Dans le cas de l'affaiblissement d'une société, causé par les défis que pose une rapide mutation, les pouvoirs publics n’ont-ils pas une part de responsabilité ? Une responsabilité possiblement décisive ? Pensons d’abord ici aux Canadiens-Français hors Québec. Mais les orientations politiques de P. E. Trudeau entraînent pour tous des conséquences aggravantes. La Loi sur les langues officielles, que Trudeau fait adopter en septembre 1969, prévoit le remplacement des Canadiens français par des « francophones », soit des individus dénationalisées désormais rattachés chacun à leur province. Dans son livre de 200 pages, Yves Frenette ne consacre pas une ligne à cette situation nouvelle par laquelle un peuple est transformé en simples locuteurs du français. Le régime de subventions publiques fédérales, administré par les provinces, écarte toute mention du vocable canadien-français dans l'administration et dans l'espace public. C'est peut-être moins un interdit formel qu'un repli pour quiconque ne cherche pas à se diminuer. S'identifier comme Canadiens-Français et cultiver de pair l'estime de soi peut-être un défi quotidien! Plancher sur le sujet n'est pas non plus très populaire chez nos universitaires, intellectuels et essayistes. Il y a carence documentaire pour la période du déclin accéléré des Canadiens-Français, de 1960 à 1982. Le public gagnerait tout de même à ce que le rôle joué par les deux figures politiques les plus populaires et influentes de l’époque, Trudeau et Lévesque, soit davantage mis en lumière.  

Tous reconnaissent que René Lévesque et P. E. Trudeau sont en opposition frontale dans leur vision de l’avenir. Cependant, leur opposition constitutionnelle conduit à sous-estimer une identité de vues qui les unit et les renforce. Ils se rejoignent dans leur antipathie commune envers les Canadiens-Français. Pour les deux hommes, et ils n'en font pas mystère, il n’y a aucune place pour les Canadiens-Français dans le Canada et le Québec de demain. 
Doit-on continuer de parler d’une évolution naturelle ou de politiques délibérées ?

Le pouvoir public était l'unique acteur en mesure de mettre en place des mesures transitoires en faveur des Canadiens-Français, leur redonner un sens de l'appartenance et un peu de fierté. Lui seul pouvait leur aménager une sortie de crise par le haut. N’est-ce pas ce qu’on a fait pour les peuples autochtones ? Oui, mais pas de plein gré. Trudeau et Chrétien planifient d’abord leur disparition. Dans le cadre du livre blanc sur les Indiens, publié, puis vite retiré,
 on proposait la disparition des Premières Nations. Non seulement ils en réchappent, mais ils obtiennent en 1982 un statut constitutionnel fort enviable. Inversement, les Canadiens-Français n'ont pas eu la chance d'en réchapper. Ils ont certes manqué de soutiens étrangers et influents, mais d'abord du soutien d'une bonne partie des nouvelles élites, éduquées dans les valeurs du libéralisme.

Jean Chrétien, Ministre des Affaires indiennes et du Nord et
Pierre Elliot Trudeau déposent un livre blanc sur les Indiens en
1969. L'abolition des traités, du statut d'Indien et la privatisation
anticipée des terres des réserves entraînent une forte opposition
et le retrait du projet en 1970. 

Le Canada contrevient manifestement à deux pactes des Nations Unies dont il est signataire, soit le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Ces pactes de l’ONU constituent le noyau du système international des droits humains et servent aussi de base à la protection des minorités et des peuples autochtones. Peuples autochtones et minorités nationales, les deux.

En somme, on peut caractériser les politiques réformistes de Trudeau et Lévesque par une même insensibilité pour leur propre peuple. Ensemble, ils donneront aux Canadiens-Français le coup de pied de l'âne. La combinaison de leurs efforts a eu les résultats que l’on connaît. Ainsi, la Brève histoire des Canadiens français d’Yves Frenette s’ouvre sur la phrase suivante : « Ce livre raconte l’histoire d’un peuple qui n’existe plus. » Mais l'auteur ne fait évidemment pas de politique. 

mardi 7 juillet 2026

PETITE BRODERIE AUTOUR DE L'IDÉE QU'ON S'EST FAIT VOLER NOTRE NOM

mis-à-jour 8/07/2026 à 00:16


À ceux qui disent qu'on s'est fait voler notre nom de Canadiens, je dis ceci, et je le dis depuis longtemps : 
Personne ne peut te voler ton nom, à moins que tu y renonces toi-même.

Influencés par de mauvais chefs, nous avons renoncé à notre existence de peuple historique et sociologique pour l'amour d'un territoire dont les limites ont été décidées par les Pères de la Confédération, en 1867. Or, notre existence remonte à 1646-48, années des premières mentions du vocable Canadien(1).



De fait, nous avons été les seuls Canadiens pendant plus de 200 ans, peuple énergique, déployé à l'échelle d'un presque continent. On nous dit qu'il nous faut trahir notre histoire, tourner le dos à notre épopée pour l'amour d'un Québec plurinational, un Québec dont le PQ proclamait encore avec la Loi 99 (2000) qu'il reconnaissait des "droits consacrés à la communauté anglophone". Mais juste à elle..!
Mais qu'en est-il de droits aussi robustes pour les Canadiens-Français ? Toujours ignorés par Québec et Ottawa ? Est-ce la blancheur de leur peau qui fait que l'injustice ne les atteint pas ? 

Après tant d'errances depuis la fondation de ce parti, et le détournement de notre cause nationale, je lance du lourd... Je me demande si une histoire du souverainisme depuis la fondation du PQ en 1968, n'aurait pas été supérieure comme oeuvre de salut national à la publication du Livre bleu. Qu'en serait-il si on avait d'abord procédé à un sérieux examen de conscience avant de sonner de nouveau la charge !

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1- Carpin, Gervais, ethnologue, L'histoire d'un nom 

mardi 23 juin 2026

Le 24 juin 2026, Saint-Jean-Baptiste et fête des Canadiens-Français

Proclamation de la fête nationale du Québec, le 11 mai 1977


« En 1977, le gouvernement dirigé par René Lévesque proclame le 24 juin, jour de la Fête nationale du Québec. Cette journée sera désormais… la fête de toutes les personnes habitant le Québec »

jeudi 21 mai 2026

La Loi sur les langues officielles comme forme de gestion de l'ethnicité au Canada

 

Comment le Canada est-il devenu un pays d’« anglophones » et de « francophones » sans nation, hormis l’exception autochtone. Une exception qui valide sans le vouloir la nation ethnique.


LA VÉRITABLE HISTOIRE ETHNIQUE DU CANADA
 On ne rappellera jamais assez que, dès les années 1950, Pierre Elliot Trudeau militait contre toute forme de nationalisme enraciné, il prend surtout à partie le nationalisme canadien-français. Son influence à cet égard rejoint plusieurs intellectuels de sa génération, dont René Lévesque. En 1969, devenu premier ministre, il rend public un Livre blanc qui propose l’assimilation complète des Autochtones, l’abolition de la loi sur les Indiens, la fin des traités et des réserves. Jean Chrétien est alors ministre des Affaires indiennes. Dix ans plus tôt, le projet aurait peut-être abouti, mais, en 1969, le mouvement initié par des anthropologues européens en faveur des indigènes d’Amazonie avait gagné en influence. Des États-Unis, il déborde sur le Canada. Accusé de génocide culturel, Trudeau recule et renonce au projet. Il conserve toutefois l’idée centrale de sa vie publique : toute forme de nationalisme devrait disparaître, tout en s’accommodant d’au moins deux exceptions, l’autochtone et la juive. Pour tous les autres, l’attachement des individus au Canada de ses rêves relève d’un contrat purement civique. Son modèle de pays contractuel prétend réunir une population de plus en plus hétérogène et multiculturelle autour de certaines valeurs communes universelles.

Trudeau ne perd pas de temps. Toujours en 1969, P E. Trudeau mettait en branle un mouvement similaire, motivé par le même désir d’effacement de la mémoire collective. Sa recherche d’effacement ethnique se tourne cette fois contre les Canadiens-Français. Dans leur cas, l’ambition de les faire disparaître n’aurait pu aucunement réussir quelques années plus tôt, au temps où leur volonté d’être reconnus comme l’un des deux peuples fondateurs menaçait le statu quo constitutionnel. 




Un avenir d'apparence prometteur pour les Canadiens-Français a basculé à partir de la Loi sur le bilinguisme de 1969, qui a entraîné leur disparition rapide comme force politique indépendante et présence humaine enracinée. En remplacement des Canadiens anglais et des Canadiens-Français, elle va donner naissance à des « francophones » et des « anglophones » dénationalisés. Les Canadiens-Français seront exclusivement compartimentés en provinces. Les provinciaux prendront une identité provinciale (Fransaskois, Franco-ténois, Ontarois), grâce à laquelle ils seront admissibles à des fonds publics. Sans être formellement interdite, on comprend que toute mention de Canadiens-Français est incompatible à la promotion subventionnée des francophones. Au Québec, non sans quelque cynisme, les fonds seront réservés à la fausse minorité anglophone. Nous assistons donc à un démembrement ethnique en bonne et due forme, opéré par une réassignation territoriale provinciale et la mutation identitaire correspondante. La déchéance d’une identité nationale historique est complète, soutenue par l’indépendantisme, qui joue pour l’occasion un rôle de soutien essentiel au trudeauisme.

Pour comprendre l’occultation du phénomène, il faut s’interroger sur ce qui a échappé à l’observation de nos intellectuels et historiens. Ils étaient sans doute influencés par l’air du temps. Polarisés par un récit fixé sur l’opposition entre fédéralistes et souverainistes, qui fait office d’enjeu existentiel,  c’est peut-être là une explication de la limite des analyses dominantes d’une époque qui s’achève. L’hypothèse se défend d’autant plus qu’avec le passage du temps, nous voyons que le souverainisme québécois est devenu très proche des valeurs canadiennes, il prône son propre multiculturalisme de province avec, lui aussi, son identité de province, à la différence que les francophones du Québec se projettent en majorité. En sous-évaluant que leur statut est d’abord celui de leur appartenance au Canada, ils ont pris l’habitude d’oublier qu’ils sont une partie de la minorité nationale du Canada.
* * *La Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalismeLa Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme, 1963-1971, est créée alors que Lester Pearson est premier ministre pour étudier la dualité culturelle du Canada.https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/langues-officielles-1969-loi-sur-les
La création de la Commission BB (aussi connue sous le nom de Commission Laurendeau-Dunton) est indicatrice du rapprochement des Canadiens-Français d’une reconnaissance statutaire de peuple fondateur. Le discours d'Ottawa (Pearson 1963) changea radicalement avec l'arrivée de Trudeau à Ottawa, la situation se renverse à partir de 1969, prenant alors une direction fondée sur le détournement des appartenances collectives.

Pour plusieurs sources la Loi sur les langues officielles (1969) est un simple instrument de coexistence linguistique, alors qu’elle a structuré un processus de dénationalisation. Les mêmes sources "autorisées", comme l'Encyclopédie canadienne, avancent généralement que la Loi de 1969 est la mise en oeuvre des recommandations de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme (Laurendeau-Dunton). En réalité, c'est la trahison de ses recommandations les plus significatives. Se rangeant graduellement sous l'emprise de la souveraineté-association, projet provincial visant le Québec, les Canadiens-Français, influencés par un personnage proche de Trudeau par la pensée nationale, ont cessé de défendre leur cause contre le fédéral pour attendre un référendum gagnant. Après octobre 1968 (Daniel Johnson père) (1), il n'y eut plus de négociations constitutionnelles fondées sur l'existence de deux peuples au Canada. Ni les fédéralistes ni les souverainistes n'en voulaient.

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Sur le même sujet : 

dimanche 3 mai 2026

Lettre aux souverainistes et indépendantistes

Vous avez hérité de Daniel Johnson père, qui lançait « égalité ou indépendance » comme une revendication de dignité entre nations, pas seulement comme une menace de sortie. Le titre symbolique de son livre contenait déjà l’idée que la reconnaissance pouvait précéder, ou même remplacer la rupture, du moins temporairement.