Dernière parution

La Loi sur les langues officielles comme forme de gestion de l'ethnicité au Canada

  Comment le Canada est-il devenu un pays d’« anglophones » et de « francophones » sans nation, hormis l’exception autochtone. Une exception...

jeudi 21 mai 2026

La Loi sur les langues officielles comme forme de gestion de l'ethnicité au Canada

 

Comment le Canada est-il devenu un pays d’« anglophones » et de « francophones » sans nation, hormis l’exception autochtone. Une exception qui valide sans le vouloir la nation ethnique.


LA VÉRITABLE HISTOIRE ETHNIQUE DU CANADA
 On ne rappellera jamais assez que, dès les années 1950, Pierre Elliot Trudeau militait contre toute forme de nationalisme enraciné, il prend surtout à partie le nationalisme canadien-français. Son influence à cet égard rejoint plusieurs intellectuels de sa génération, dont René Lévesque. En 1969, devenu premier ministre, il rend public un Livre blanc qui propose l’assimilation complète des Autochtones, l’abolition de la loi sur les Indiens, la fin des traités et des réserves. Jean Chrétien est alors ministre des Affaires indiennes. Dix ans plus tôt, le projet aurait peut-être abouti, mais, en 1969, le mouvement initié par des anthropologues européens en faveur des indigènes d’Amazonie avait gagné en influence. Des États-Unis, il déborde sur le Canada. Accusé de génocide culturel, Trudeau recule et renonce au projet. Il conserve toutefois l’idée centrale de sa vie publique : toute forme de nationalisme devrait disparaître, tout en s’accommodant d’au moins deux exceptions, l’autochtone et la juive. Pour tous les autres, l’attachement des individus au Canada de ses rêves relève d’un contrat purement civique. Son modèle de pays contractuel prétend réunir une population de plus en plus hétérogène et multiculturelle autour de certaines valeurs communes universelles.

Trudeau ne perd pas de temps. Toujours en 1969, P E. Trudeau mettait en branle un mouvement similaire, motivé par le même désir d’effacement de la mémoire collective. Sa recherche d’effacement ethnique se tourne cette fois contre les Canadiens-Français. Dans leur cas, l’ambition de les faire disparaître n’aurait pu aucunement réussir quelques années plus tôt, au temps où leur volonté d’être reconnus comme l’un des deux peuples fondateurs menaçait le statu quo constitutionnel. 
Le destin prometteur des Canadiens français a basculé à partir de la Loi sur le bilinguisme de 1969, qui a entraîné leur disparition rapide comme force politique indépendante et présence humaine enracinée. En remplacement des Canadiens anglais et des Canadiens-Français, elle va donner naissance à des « francophones » et des « anglophones » dénationalisés. Les Canadiens-Français seront exclusivement compartimentés en provinces. Les provinciaux prendront une identité provinciale (Fransaskois, Franco-ténois, Ontarois), grâce à laquelle ils seront admissibles à des fonds publics. Sans être formellement interdite, on comprend que toute mention de Canadiens-Français est incompatible à la promotion subventionnée des francophones. Au Québec, non sans quelque cynisme, les fonds seront réservés à la fausse minorité anglophone. Nous assistons donc à un démembrement ethnique en bonne et due forme, opéré par une réassignation territoriale provinciale et la mutation identitaire correspondante. La déchéance d’une identité nationale historique est complète, soutenue par l’indépendantisme, qui joue pour l’occasion un rôle de soutien essentiel au trudeauisme.

Pour comprendre l’occultation du phénomène, il faut s’interroger sur ce qui a échappé à l’observation de nos intellectuels et historiens. Ils étaient sans doute influencés par l’air du temps. Polarisés par un récit fixé sur l’opposition entre fédéralistes et souverainistes, qui fait office d’enjeu existentiel,  c’est peut-être là une explication de la limite des analyses dominantes d’une époque qui s’achève. L’hypothèse se défend d’autant plus qu’avec le passage du temps, nous voyons que le souverainisme québécois est devenu très proche des valeurs canadiennes, il prône son propre multiculturalisme de province avec, lui aussi, son identité de province, à la différence que les francophones du Québec se projettent en majorité. En sous-évaluant que leur statut est d’abord celui de leur appartenance au Canada, ils ont pris l’habitude d’oublier qu’ils sont une partie de la minorité nationale du Canada.
* * *La Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalismeLa Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme, 1963-1971, est créée alors que Lester Pearson est premier ministre pour étudier la dualité culturelle du Canada.https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/langues-officielles-1969-loi-sur-les
La création de la Commission BB (aussi connue sous le nom de Commission Laurendeau-Dunton) est indicatrice du rapprochement des Canadiens-Français d’une reconnaissance statutaire de peuple fondateur. Le discours d'Ottawa (Pearson 1963) changea radicalement avec l'arrivée de Trudeau à Ottawa, la situation se renverse à partir de 1969, prenant alors une direction fondée sur le détournement des appartenances collectives.

Pour plusieurs sources la Loi sur les langues officielles (1969) est un simple instrument de coexistence linguistique, alors qu’elle a structuré un processus de dénationalisation. Les mêmes sources "autorisées", comme l'Encyclopédie canadienne, avancent généralement que la Loi de 1969 est la mise en oeuvre des recommandations de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme (Laurendeau-Dunton). En réalité, c'est la trahison de ses recommandations les plus significatives. Se rangeant graduellement sous l'emprise de la souveraineté-association, projet provincial visant le Québec, les Canadiens-Français, influencés par un personnage proche de Trudeau par la pensée nationale, ont cessé de défendre leur cause contre le fédéral pour attendre un référendum gagnant. Après octobre 1968 (Daniel Johnson père) (1), il n'y eut plus de négociations constitutionnelles fondées sur l'existence de deux peuples au Canada. Ni les fédéralistes ni les souverainistes n'en voulaient.

_______________-

1- https://canadiens-francais.com/pour-un-federalisme-des-nations-au-canada/

jeudi 14 mai 2026

origines / émergences des revendications autochtones - 1968


Origines / émergences des revendications autochtones au Canada 1961 


Depuis le lien c-dessous, il est possible de télécharger une histoire de l'organisation en anglais.
https://iwgia.org/en/resources/publications/2560-iwgia-a-history.html

dimanche 3 mai 2026

Lettre aux souverainistes et indépendantistes

Vous avez hérité de Daniel Johnson père, qui lançait « égalité ou indépendance » comme une revendication de dignité entre nations, pas seulement comme une menace de sortie. Le titre symbolique de son livre contenait déjà l’idée que la reconnaissance pouvait précéder, ou même remplacer la rupture, du moins temporairement. C’est un pari qui avait de l’envergure : ne laisser personne derrière. Votre propre tradition n’est donc pas obligée de se figer dans une seule forme de liberté. L’indépendance d'une province peut certes demeurer votre idéal d’horizon politique, mais il ne faut pas écarter l’idée d’une autre forme de justice, moins définie dans ce cadre strict, cadre dans lequel toute la population n’est pas concernée, et celle qui l'est n’est pas toute la mesure de son extension territoriale. Une autre forme de justice nationale, ancrée dans les tribulations non linéaires du temps long, mériterait aussi d’être poursuivie ! Mais vous avez accepté la rupture du Canada français sans en être les premiers responsables. La sous-estimation de la part d’Ottawa dans cette évolution n'a-t-elle pas été sublimée opportunément par la poursuite de votre néonationalisme limité à une province de la Confédération. 

vendredi 24 avril 2026

Nos nationalistes civiques et la fuite vers la décadence

À propos de nos nationalistes civiques. Ils méritent une bonne branlée pour l'ensemble de leur oeuvre, ne croyez-vous pas ? Ne sont-ils pas indifférents à la foi catholique, indifférents à la tradition, indifférents à notre passé national. Ne sont-ils pas pour plusieurs acrimonieux à l'égard de tout ce qui est tissé serré chez-nous, comme si la trace d'un passé qui a fait de nous ce que nous sommes était l'ennemi à abattre ? Les nationalistes civiques se réclament du modernisme.

mardi 21 avril 2026

L'indépendance changerait-elle quelque chose à la précarité de la langue française ?

Intro : Il y a cinq ans (et quelques jours) je publiais cet article. Il n'y a probablement pas beaucoup à y changer aujourd'hui. Qu'en pensez-vous ? 

Lien original :  https://gilles-verrier.blogspot.com/2021/04/anglicisation-lindependance-ny.html 

vendredi 17 avril 2026

Pour l'établissement de la justice constitutionnelle au Canada

COMPRENDRE NOTRE HISTOIRE 

Cent ans après la Confédération de 1867, on attendait beaucoup d'une révision constitutionnelle. Chez les Canadiens-Français, nombreux sont ceux qui croyaient que les irritants qui divisaient le Canada depuis un centenaire pouvaient être aplanis. La Commission Tremblay sur la fiscalité ne sera qu'une

samedi 28 mars 2026

Carpin - Histoire d'un mot : L'ethnonyme Canadien

Selon l’ethnologue et historien Gervais Carpin dans son ouvrage Histoire d’un mot : l’ethnonyme “Canadien” de 1535 à 1691 (Septentrion, 1995), les habitants de la Nouvelle-France commencent à

jeudi 26 mars 2026

Nouvelle Alliance : prise entre Québécois et Canadiens-Français

Nouvelle Alliance se définit comme un groupe de jeunes indépendantistes, nationalistes, identitaire et tourné vers l'unité des forces. Il se fait remarquer par ses actions dans l'espace public aussi bien que par l'importance qu'il accorde à la formation de ses membres. 

Voici le point de vue de la Fédération des Canadiens-Français  

1— Contre les excès du progressisme 

Dans un ton lyrique et au volontarisme assumé, Nouvelle Alliance nous livre son deuxième manifeste, qui est reproduit dans le premier numéro de la revue le Franc Renard. Nouvelle Alliance dit porter l’étendard d’une « zone peuplée de gens valeureux et résolus à passer de