Vous avez hérité de Daniel Johnson père, qui lançait « égalité ou indépendance » comme une revendication de dignité entre nations, pas seulement comme une menace de sortie. Le titre symbolique de son livre contenait déjà l’idée que la reconnaissance pouvait précéder, ou même remplacer la rupture, du moins temporairement. C’est un pari qui avait de l’envergure : ne laisser personne derrière. Votre propre tradition n’est donc pas obligée de se figer dans une seule forme de liberté. L’indépendance d'une province peut certes demeurer votre idéal d’horizon politique, mais il ne faut pas écarter l’idée d’une autre forme de justice, moins définie dans ce cadre strict, cadre dans lequel toute la population n’est pas concernée, et celle qui l'est n’est pas toute la mesure de son extension territoriale. Une autre forme de justice nationale, ancrée dans les tribulations non linéaires du temps long, mériterait aussi d’être poursuivie ! Mais vous avez accepté la rupture du Canada français sans en être les premiers responsables. La sous-estimation de la part d’Ottawa dans cette évolution n'a-t-elle pas été sublimée opportunément par la poursuite de votre néonationalisme limité à une province de la Confédération.