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samedi 30 décembre 2017

Gérard Bouchard et l'optique mondialiste - du boulot pour les immigrants aux dépens des autochtones !


Les Québécois – ces contribuables qui ont payé un salaire stable et enviable à Gérard Bouchard et aujourd'hui une pension sans inquiétude – doivent-ils considérer qu'ils ont bien investi dans tous ces petits québécois sortis du rang qui forment aujourd'hui son intelligentsia? Ou, au contraire, regretter qu'ils soient si mal tournés ? Ils peuvent se questionner de bon droit.  Les chômeurs de toutes les couleurs de peau, mais devenus Québécois de souche, et à la recherche eux-aussi d'un boulot, souvent modeste, se font rudement interpeler par Gérard Bouchard qui leur recommande de se tasser pour que les derniers arrivants prennent les emplois disponibles. Cet homme qui passe parfois pour un soutien de la souveraineté du Québec, ne serait-il pas d'abord un immigrationiste inconditionnel ? Pourquoi les Québécois déjà sur place devraient-ils s'incliner devant les nouveaux venus alors qu'on martèle l'idée que l'immigration est nécessaire pour combler trop d'emplois laissés vacants ? Laissons les faiseurs d'opinion mettre de l'ordre dans leur double discours et regardons plutôt la logique de Bouchard. 

Mon grand-père, lui-même immigrant, n'a jamais pu compter sur des faveurs. Je crois qu'il n'en voulait pas car il n'aurait pas voulu subir ce qui aurait été pour lui un déshonneur : prendre l'emploi d'un autochtone (autochtone : gens du pays, gens de la place). A -t-il subi une injustice ? Pas du tout. Mais curieusement, il est devenu courant aujourd'hui d'exiger des autochtones plus d'efforts dans l'accueil, quitte à faire intervenir un « discours d'autorité », comme le dit Bouchard. Selon lui, les Québécois ne prendraient pas leurs responsabilités, ils seraient biaisés en embauchant d'abord un voisin, un concitoyen, un parent, en lui offrant un emploi en premier – ce serait pour l'universitaire une attitude à réformer.  Pour l'universitaire déconnecté, il faudrait préférer l'étranger d'un autre continent à un voisin. Charité bien ordonnée ne commencerait donc plus par soi-même ?  

Apparemment, il ne serait plus bienvenu dans le discours public de rappeler à l'immigrant, réputé compétent pour occuper un emploi chez nous, qu'il devrait être aussi, on le présume, assez sérieux pour prendre lui aussi ses responsabilités à titre d'égal soumis aux mêmes contraintes. Quitter son pays natal devrait être une décision qui ne se prend pas à la légère. Même si les officiers de l'immigration présentaient à l'immigrant des obligations d'intégration, ce qu'ils ne font pas vraiment, il faudrait que l'immigrant considère lui-même un pays où le niveau d'emploi lui assure une occupation à court terme, comme c'était jadis le cas, sans déplacer les autochtones. Autrement, on fera face tôt ou tard à un conflit des légitimités et à la guerre des emplois, ce qui n'est jamais loin de troubles civils plus graves. C'est pourtant la solution que propose Bouchard, qui se fait plus idéologue que sociologue quand il recommande de ré-éduquer l'autochtone, pour qu'il renonce à sa combativité sur le marché de l'emploi et accepte une discrimination négative. 

Manipuler l'emploi par une ingénierie sociale  soutenue par l'État, établir des quotas à l'embauche, est un boulevard pour créer une injustice plus grave que de laisser opérer le marché libre. Un impératif qui s'impose quand on songe que l'offre d'emplois ne suit pas forcément les seuils croissants d'immigration qu'on nous impose. Ainsi, la « préférence nationale » qui a fait connaître le Front national en France appartiendrait à une détestable « droite », alors que la préférence « extra-nationale », proposée par Bouchard ne saurait que générer des bienfaits. La préférence aux immigrants, ressortirait donc, elle,  d'un « progressisme » vertueux. Un « progressisme » bien reçu par la presse, les élites économiques - souvent intéressées - et sans doute Québec solidaire.  Il ne resterait plus qu'à faire preuve d'autorité envers le bon peuple pour que tout baigne !

Le parti pris idéologique de petits commis du mondialisme en faveur de niveaux d'immigration élevés, fait exclure à Bouchard toute réduction des seuils d'immigration. Une telle possibilité semble incompatible avec  son logiciel. L'immigration n'étant pas pour lui un outil, à prendre ou à laisser selon les besoins, aux mains d'un État souverain - par exemple au Japon on n'accepte pas d'immigrants - mais un indiscutable dogme morale. Dans cette vision manichéenne, s'y objecter risque d'être vite qualifié d'extrême droite, voire de racisme. La déchéance intellectuelle de trop d'universitaires, que des générations de Québécois ont formés pour se faire c... dessus, offre le spectacle affligeant d'une collectivité en proie à une auto-mutillation officiée par une élite qui ne cherche qu'à l'accélérer.

Et l'emploi pour les intégrer nous dit Bouchard ! Bouchard a la prudence de ne pas s'avancer davantage sur la nature de cette intégration qui va vraiment dans tous les sens.
 Leur donner un « sentiment d'appartenance », mais à quoi ? Parlons des incontournables. Leur intégration les amènera tous à ce moment solennel où ils prêteront allégeance à sa majesté la Reine ? Les intégrer au Canada, premier pays post-national, selon Justin Trudeau ? La post-nationalité, l'idéal du régime, ne produirait-elle pas justement un citoyen typique avec deux attributs : 1) avoir prêté serment à la Reine et 2) détenir par ailleurs la citoyenneté d'un autre pays ? Voilà l'intégration qui consacre la distinction entre l'immigrant reçu et l'autochtone. Rappelons que ce dernier 1) ne prête pas serment à la reine et 2) n'a pas deux passeports en poche. Néanmoins, il devrait contribuer en se réjouissant à la préférence étrangère à l'embauche ! Comme toujours, on constate que les mondialistes ne s'intéressent pas beaucoup aux autochtones. Ceux qui, au Québec, partagent en grand nombre le sentiment de ne pas avoir de pays, même pas un, alors que l'immigrant typique en aurait deux. Un par allégeance et l'autre de naissance. Voilà exposé à grands traits le clivage entre l'autochtone et le prototype « post-national » - qui ne concerne pas tous les immigrants - que des mesures à la Gérard Bouchard ne feront qu'élargir. D'ailleurs, la post-nationalité des immigrants - surtout ceux motivés exclusivement par des raisons économiques - se confirme par les nombreux départs vers les États-Unis plus tard. Un nomadisme économique qu'affectionne les mondialistes. Il favorise le détachement de ses racines, la conscience apatride et l'appartenance exclusive à une race d'homo economicus  qui a l'argent pour seul pays.

Il sera toujours impossible de croire à un Canada vertueux lorsqu'il pratique une solution qui n'en est pas une : l'immigration massive. On pourra avec raison mettre en doute la bonne foi humanitaire du Canada tant - à titre d'exemple - qu'il n'imposera pas à ses multinationales en Afrique l'application des mêmes normes du travail qu'on applique ici. Tant - autre exemple - qu'il cessera sa participation à l'interventionnisme, à l'inverse de ce qu'il fit en Libye, une politique qui ne fait que grossir par la destruction économique et sociale le bassin des demandeurs d'asile, des réfugiés et des migrants. Le Canada affiche un cruel cynisme d'État qu'il faut décoder. Il le fait quand il crée délibérément les conditions d'inhumanité qui lui permettent ensuite de vendre sa « générosité légendaire ». Nous ne voyons pas les agents mondialistes comme Gérard Bouchard monter au créneau pour défendre et expliquer l'urgence d'un ré-équilibrage économique mondial. Pour eux, il ne faut pas toucher à l'oligarchie, à l'argent des vrais riches, mais demander aux chômeurs autochtones de faire des sacrifices.

S'il fallait résister à l'abandon de la souveraineté sur nos emplois, peut-on se demander si nous aurions un jour à nos frontières les facilitateurs que sont par exemple  IsraAid, venus d'un pays qui refuse lui-même à peu près tous ses demandeurs d'asile, pour venir nous intimider et nous forcer la main. Ce qui scandalise dans le discours de l'immigration massive, c'est qu'elle est imposée par les cénacles mondialistes, à droite, et soutenue, à gauche, par les humanitaires internationalistes - comme Gérard Bouchard et Québec solidaire, etc. - qui complètent le verrouillage de la pensée sur la question. C'est un choix imposé sur lequel les populations concernées ne peuvent plus se prononcer librement avec un minimum de sérénité. Cette question a été retirée des enjeux démocratiques, jusqu'à ce qu'une mobilisation populaire en force le retour.

Il faut réussir leur intégration économique et sociale. Quelqu'un d'exclu et victime de discrimination ne développera jamais de sentiment d'appartenance. Pour sensibiliser quelqu'un et pour le faire vibrer à nos valeurs, il faut d'abord lui donner un travail.
Il y a certes de vrais réfugiés et des immigrants qui s'intègrent parfaitement. Mais il faut reprocher à d'autres d'avoir tourné le dos à leur pays pour aller vers un autre sans autre motif qu'une plus grande mobilité et réussite économique, sans aucune ambition de s'intégrer. L'attrait de l'économie peut aveugler. Ce n'est ni un Nirvana ni un Eldorado. On rapporte que plus de 650 000 Syriens sont retournés à Alep depuis la libération de la ville il y a un an. Pour eux, le statut de réfugiés temporaires ne conduisait pas à l'émigration. On peut dire ça, certes, sans ignorer le fait que la détresse de nombre d'entre eux ne leur laissait guère de choix. Mais des gens qui aiment leur pays, ça existe. Or, tant que les pays de l'OTAN et autres puissances interventionnistes - parlons du Canada - ne respecteront pas le droit international et se donneront pour mission de changer les régimes - certains régimes -  qu'ils stigmatisent hypocritement comme coupables plus que d'autres d'atteintes aux droits humains, la fabrique de l'immigration massive, la fabrique des réfugiés et de la misère, qui en est la principale conséquence, ne cessera pas. Faut-il rappeler qu'aucune intervention militaire récente avec la participation ou l'appui du Canada n'a soulagé la misère humaine, bien au contraire. 

Nous avons une petite intelligentsia de rois-nègres qui, embouchée avec Québec solidaire (les positions officielles des autres partis sur le sujet n'en sont pas si loin), s'est constituée en fabrique de la culpabilité des Québécois. Les bonnes âmes, rassemblées dans la « gauche » - devenue une gauche morale qui a délaissé la justice sociale - peinent à comprendre que le marché de l'humain est la dernière frontière de l'économie de marché. Admettons que la droite ne le comprend guère davantage et est aussi, à sa façon, complice de cette manipulation !

Mais, pour les les bonnes œuvres de Gérard Bouchard, la population autochtone doit être réformée, si ce n'est pas de son plein gré, un discours d'autorité - ou plus musclé ?-  fera le boulot.
...ça va prendre un discours politique qui a beaucoup d'autorité pour faire accepter ça à la population. 
Lui faire accepter la discrimination positive en faveur des immigrants et des quotas à l'embauche !
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Entrevue de Gérard Bouchard 
http://www.lapresse.ca/actualites/201712/28/01-5148530-immigration-gerard-bouchard-plaide-pour-des-quotas-dembauche.php

Mathieu Bock-Coté - critique GérardBouchard
http://www.journaldemontreal.com/2017/12/30/contre-la-discrimination-positive

vendredi 29 décembre 2017

Les « descendants des vaincus » et les mensonges du Canada

 Le point sur cette série
La première partie de cette série, qui explore les moyens de redonner l'initiative aux « descendants des vaincus », aborde les prochaines négociations constitutionnelles qui feront des Premières nations des vedettes, alors que le Québec risque d'être exclus et même complètement ignoré. La deuxième partie revient sur l'inutile éclatement du camp des vaincus survenu à l'occasion des États généraux du Canada français en 1967. La troisième partie analyse le manque flagrant de sérieux du projet de René Lévesque 
René Lévesque : Entre pays fantasmé et amour du Canada
et de ses continuateurs dans tous les partis autonomistes d'aujourd'hui. La quatrième partie propose un examen sans complaisance des quatre tentatives infructueuses de modifier le statut constitutionnel du Québec. La cinquième partie traite du syndrome du Grand Jour : le remplacement de la lutte contre un fédéralisme assimilateur par une pédagogie préparatoire à l'indépendance. Le combat vs la discussion dans les salons. [ Serait-ce une conséquence de la féminisation de la société ? ] Après la présente sixième partie, qui expose avec concision la nature destructrice du fédéralisme et notre obligation de le combattre par tous les moyens légaux et légitimes à notre disposition, d'autres analyses inédites attendent les lecteurs.
Nous continuerons de poser les jalons qui mènent à un changement de paradigme, à une refondation rendue indispensable après cinquante ans d'échecs ininterrompus. Nous aborderons le refus Québécois de tenir tête au fédéralisme alors que la réthorique indépendantiste-souverainiste a été plus que jamais dans l'actualité depuis cinquante ans. Et, dans un texte documenté, nous nous pencherons sur la manipulation générale qui frappe désormais l'indépendantisme au-delà du droit international. Y a-t-il un sens à ce que le Kosovo obtienne son indépendance sans lutte et sans référendum et, à coté, que la Catalogne, qui compte des organisations indépendantistes de longue date et qui a dit OUI échoue ?
« Descendants des vaincus » et « descendants des vainqueurs »
Les « descendants des vaincus » est une expression qui fait partie de notre glossaire constitutionnel. Au même titre que « descendants des vainqueurs », qui désignait sommairement le deuxième Canada, que tout séparait du premier.
Pour Me Christian Néron, consulté pour cet article, « Les périphrases « descendants des vaincus » et « descendants des vainqueurs » étaient courantes au XIXe siècle, mais elles ont été introduites dans notre vocabulaire constitutionnel lors des Débats parlementaires sur la Confédération en février 1865. Lors de ces Débats, les ministres et députés du Haut Canada avaient mené une offensive afin de convaincre les 48 députés canadiens-français à consentir, en toute égalité, à un « pacte de la paix » susceptible de régler à jamais des différends qui perduraient depuis un siècle entre les deux populations. »
Pour replacer ces périphrases dans leur contexte de conciliation – afin d'éviter une soi-disant guerre civile - il peut être utile de relire le discours de George Brown - principal concepteur de la Confédération – édité et reproduit par Me Christian Néron, dans son article du 17 janvier 2017.
Deux nations, les pouvoirs majeurs aux provinces et le consentement du Bas-Canada pour tout changement constitutionnel
À la lecture des discours des constituants (1864 – 1865) aucun doute ne peut être entretenu quant à l'existence de deux peuples dont la reconnaissance ne faisait l'objet d'aucun débat. Aucun doute sur leur accord en faveur de compétences circonscrites pour le pouvoir fédéral, et le maintien de pouvoirs exclusifs importants pour garantir l'autonomie des provinces. Il était aussi promis – explicitement par George Brown et George-Étienne Cartier lors des Débats - qu'aucune modification constitutionnelle ne pouvait être ratifiée sans le consentement du Bas-Canada – aujourd'hui le Québec. C'étaient les points essentiels qui ressortaient des débats constitutionnels.i En sortit un compromis qui représentait l'état du rapport de forces. Mais derrière ce compromis officiel, les vainqueurs historiques se réjouissaient secrètement aux perspectives d'éradiquer définitivement le french canadianism de la scène politique, alors que les « descendants des vaincus» y voyaient une étape importante avant d'évoluer tout naturellement vers une indépendance totale.
Si lors de son application, le « pacte de paix » entre les deux peuples avait conservé – non sans tension - cet équilibre des forces et des volontés, la référence aux vaincus, marquée d'infériorité, et aux vainqueurs, marquée de supériorité, aurait dû graduellement s'atténuer.
Pour éteindre le conflit inter-national du Canada, il aurait fallu que l'esprit et les promesses des délibérations et du pacte de l'AANBii suivent le cours qui avait été prévu. Même sinueux. Poursuivre dans l'esprit du compromis et respecter les ententes ne pouvaient que conduire à une plus grande égalité ou l'indépendance. Mais, au contraire, une fois le pacte signé, il fut tout de suite tourné à l'avantage exclusif des Anglo-Saxons, lesquels ne cessèrent jamais de se comporter en « descendants des vainqueurs ». D'ailleurs, les motifs cachés, exprimés en privé par George Brown mais connus aujourd'hui, voulaient que le « pacte de paix » devienne l'instrument qui permettrait de mettre fin à l'existence politique et nationale des Canadiens français.iii Inutile de dire que ces intentions d'ethnocideiv entachaient dès le départ la bonne foi de l'initiateur et principal artisan du projet. En revanche, l'espoir de glisser doucement vers une émancipation complète - sentiment partagé par la totalité des Canadiens français et exprimé publiquement dans leurs journaux - était, quant à lui, parfaitement légitime.v
Une parodie de cour constitutionnelle
La création d'un tribunal constitutionnel – la Cour suprême – dont la nomination des juges échoit à la seule discrétion du premier ministre, représente en 1875 un stratagème scandaleux du pouvoir fédéral pour s'accaparer des prérogatives de la monarchie coloniale au fur et à mesure du repliement de cette dernière. C'est par une loi ordinairevi du Parlement fédéral qu'est créée la Cour suprême. La table est donc mise pour commencer l'accroissement des compétences fédérales au détriment des provinces constituantes. Cette parodie de cour constitutionnelle, soumise à la discrétion du pouvoir exécutif, décrétera, en 1981, que le consentement du Québec n'était pas indispensable pour modifier la Constitution de 1867, alors que le contraire avait été officiellement promis lors des Débats parlementaires en février 1865. Une décision qui venait couronner plus de cent ans de mépris de l'esprit et de la lettre de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, tels qu'en font foi les débats constituants. Ce jugement, dit final, qui était juridiquement contestable, aurait dû l'être sur le champ par Québec, en s'adressant à Londresvii ou à toute instance internationale compétente qui peut juger d'un désaccord entre deux nations et deux États.viii
En regard d'une constitution, qui a évolué sur la base d'une jurisprudence faite d'un cumul de jugements défavorables aux « descendants des vaincus », des jugements rendus par une cour dont les fondements constitutionnels échappent à toute légitimité, l'expression «descendants des vaincus et des vainqueurs» - qui fait partie du glossaire constitutionnel - n'a jamais cessé d'être d'une vibrante actualité. Cette expression, étrange à première vue, désigne parfaitement les rapports de domination qui sont à la base de l'édification du Canada.
Un « pacte trahi » qui pousse les « descendants des vaincus » à reformer leur camp
En 1615 Champlain respecte son pacte de 1603, défend ses alliés et rassemble
Après 150 ans d'injustice, le retour dans la langue d'usage des « descendants des vaincus » permet de mettre en évidence le caractère absolument inclusif de la périphrase, car tous les concernés peuvent s'y retrouver. En effet, sous cette appellation de « descendants des vaincus », il devient possible de désigner, sans autre distinction, Québécois, Canadiens français et Acadiens. Elle a le pouvoir d'évocation pour les relier les uns aux autres, de les rassembler dans une histoire partagée, celle d'avoir non seulement subi le sort des armes, mais de subir une sorte de condamnation perpétuelle. Un événement, la Conquête (1755-1763), changea radicalement le statut et le destin de tous. 


La valeur de l'expression « descendants des vaincus » est d'autant plus rassembleuse qu'elle permet de rajouter les Premières nations au nombre des victimes du deuxième Canada, alors que ces dernières étaient en majorité les alliés de la Nouvelle-France et des Premiers Canadiens. Ces peuples subirent la même défaite. Lorsqu'ils combattirent aux cotés des Canadiens sur les plaines d'Abraham et, par la suite, lorsque les guerriers du chef Pontiac se soulevèrent contre le régime anglais. Leur statut subit une dégradation considérable en passant d'alliés des Premiers Canadiens, à refoulés dans des réserves. Même métissés avec les Premiers Canadiens, ils ne connurent pas de meilleur sort que la répression sous toutes ses formes. La pendaison de Louis Riel, en 1885, qui souleva d'indignation le Canada français en sera le point d'orgue.
Gouvernement provisoire de la nation métis
survivance vivace en 1885 du premier Canada,
pourtant conquis en 1763.
Catholiques et francophones au coeur du
Midwest américain.
Intolérable !
On restera prudent avant d'inclure davantage les Premières nations, qui s'expriment rarement sur les différences entre le régime français et le régime anglais, pour conclure que les « descendants des vaincus » d'origine européenne ne connurent pas vraiment de doutes sur leur identité et leur nationalité, et ce, même longtemps après la Conquête – les troubles d'identité viendront plus tard, pas avant la deuxième moitié du XXe siècle. Néanmoins, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867 n'ayant que transféré aux « descendants des vainqueurs » le rapport de domination, les vaincus conservent un intérêt objectif et « principiel » à se regrouper sur la base de leur condition commune s'ils veulent retrouver la trace de leur identité. Se regrouper, reformuler les alliances grâce auxquels ils furent jadis d'intrépides gagnants, si ils veulent un jour mettre un stop à une volonté anglo-saxonne de suprématie mâtinée de paranoïa. À chacun ses problèmes ! Contrairement aux Espagnols et à d'autres peuples, les Anglais ne semblent pas connaître cette grandeur d'âme qu'on appelle parfois la magnanimité du vainqueur.ix

Fonder la démarche séparatiste sur la trahison des « descendants des vainqueurs »
Une constituante dans les frontières du Québec, comme le réclament certains autonomistes, ne peut se tenir ex nihillo. Elle ne peut se justifier dans l'occultation d'une constitution existante, la Confédération. Soit une constitution signée pour accorder des droits aux « descendants des vaincus » qui leur furent ensuite retirés. À cet égard, le sens de la création unilatérale de la Cour suprême – seulement huit ans après 1867, sans convocation ni consultation des parties constituantes - comme stratagème pour dépouiller les « descendants des vaincus » de leurs droits est d'une grande importance. Pour un acte aussi grave que celui de fonder un nouveau pays dans les limites d'un autre, on ne peut faire l'économie d'un procès du pays que l'on veut quitter sans que la démarche séparatiste apparaisse douteuse, à l'intérieur comme à l'international. Ce procès, qui aurait pu confondre le Canada, n'a jamais été entrepris par le tandem Lévesque-Morin et les autres chefs de file autonomiste. On pourrait invoquer bien des raisons, mais essentiellement leur démarche valsait entre le fantasme politique et l'autonomisme velléitaire. Rien de sérieux, que des escarmouches épisodiques.
Il ne faut pas oublier que la fondation d'un nouveau pays est un acte international. C'est pourquoi toute l'expérience des cinquante ans de péquisme ne peut être retenue pour la suite des choses. Un changement de paradigme s'impose.
Comment s'en sortir? Si les Québécois d'aujourd'hui avaient la même cohésion et le même optimisme national que les Canadiens français de 1867, ils hésiteraient avant de donner leur vote à un parti qui n'a aucune intention de contester formellement sur la scène internationale - hors du Canada et sa Cour suprême qui est à la fois juge et parti - la légalité de l'imposition de la Loi constitutionnelle de 1982. Le dossier à charge est accablant. Il aurait mérité bien des études mais il y en eut guère de cet ordre, même si la documentation est abondante.x En attendant mieux, voici quelques raisons, exposées sommairement, qui rendent intenables les positions constitutionnelles du Canada. Si cela ne répond pas à toutes les exigences d'une relance nationale, c'est un commencement !
- Les motifs inavoués du premier artisan et concepteur, George Brown, qui, dès le départ, par son intention de vouloir mettre fin à l'existence politique et nationale des Canadiens français, entache la légitimité du projet et la bonne foi de son promoteur.
- La création unilatérale et non constitutionnelle d'une Cour suprême, vaguement prévue aux accords rendait sa création sujette à des négociations ultérieures entre les parties signataires du pacte de 1867. À cet égard, la question de la révision ou du désaveu de tous les jugements concernant le Québec, le Canada français et les Acadiens devrait être publiquement posée. Si, dans ce cadre, les Premières nations voulaient se joindre aux autres « descendants des vaincus », ils devraient avoir toute la latitude pour présenter leurs propres dossiers.
- Le jugement révisionniste de la Cour suprême dans le Renvoi de 1981, a ignoré les débats des constituants de 1867 qui reconnaissaient explicitement un droit de veto au Québec.  
Le Québec, qui refuse toujours de signer la loi constitutionnelle de 1982, fait apparaître le rapatriement de la constitution, sa formule d'amendement et la charte des droits comme un acte de violence.  Le Canada de Pierre-Elliot Trudeau revenait  sur ses engagements constitutionnels,  un conflit d'États valeur légale ?
Le refus du Québec à consentir à cet acte de violence, contrairement à l'idée que s'en font certains commentateurs, comme le constitutionnaliste Benoit Pelletier, n'est pas qu'une simple question politique. En fait, si, une question qui peut être politique tant que rien ne bouge. Mais une question constitutionnelle de la première importance, qui pourrait invalider, en droit, sinon dans les esprits, toutes les décisions de 1982. La transformation d'ordre constitutionnel n'est possible que dans une lutte du tac au tac qui prend les réalités telles qu'elles sont et qui s'abstient de se projeter dans un utopique «Grand Jour».
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iEn droit anglais, ce qui s'est dit dans les délibérations constituantes est essentiel pour interpréter l'Acte constitutionnel lui-même car il renseigne sur les intentions des constituants.
iiActe de l'Amérique du Nord britannique, BNAA en anglais
iiiComme un haut fonctionnaire britannique renommé - Lord Durham - l'avait déjà recommandé 26 ans plus tôt dans un rapport officiel. we like. »
iv« You will say that our constitution is dreadfully tory – and it is ! – but we have the power in our hands to change it as we like. Hurrah ! – Is it not wonderful ? French canadianism entirely extinguished ! » Lettre à sa femme citée par Christian Néron ( https://vigile.quebec/articles/la-confederation-en-tant-que-passage-oblige-vers-l-independance ). We have the power to change it as we like, nous avons le pouvoir de la changer à notre guise, ce qui contredit son échange avec Georges Étienne Cartier, dans lequel le consentement du Bas-Canada est indispensable pour en venir à une entente. French canadianism entirely extinguished, l'extinction complète du franco-canadianisme.
vEn fait, pour Me Néron, « l'autonomie provinciale promise par la Confédération avait enclenchée un rêve d'indépendance »
viLoi ordinaire (ex : légalisation de la marijuana ou les pensions des Anciens combattants) par rapport à une loi constitutionnelle, qui exige des procédures d'adoption particulières. Dans le cas de la création d'une institution aussi importante que la Cour suprême du Canada, il va de soi qu'une loi ordinaire ne pouvait fonder sa légitimité. Huit ans seulement après la ratification de l'AANB !
viiLes décisions de la Cour suprême du Canada pouvaient être renversées par le Conseil privé de Londres jusqu'en 1931, ce qu'il ne manqua pas de faire à plusieurs reprises.
viiiLa négligence et l'incompétence du tandem Lévesque-Morin a été documentée notamment par le professeur Guy Laforest, j'en rends compte dans l'article suivant où il est cité longuement. https://vigile.quebec/articles/mort-precoce-de-toutes-les-tentatives-pour-modifier-le-statut-constitutionne
ix « L'histoire nous fournit des preuves d'une humanité aux antipodes de la malveillance, une attitude que j'appellerai celle de la «bienveillance du conquérant». On voit cette attitude plus généreuse illustrée notamment par la célèbre peinture de Diego Velasquiez, Les lances, où le vaincu «...apparaît avec les clés [de la ville] de Breda à la main et fait le geste de s'agenouiller, geste qui est interrompu par son rival qui pose une main sur son épaule et l'empêche de s'humilier.» En rendant sa dignité à un adversaire qui s'est bien battu, le vainqueur s'élève et conserve sa propre dignité. Nous avons aussi chez-nous des exemples à portée universelle de la bienveillance du plus fort, comme celui qui nous est donné par Samuel de Champlain se liant d'amitié avec tous les peuples indigènes qu'il croisait. » https://vigile.quebec/articles/la-canadianisation-tranquille-de-l-independance Voir en particulier le sixième paragraphe.
xVoir le point viii

mercredi 27 décembre 2017

Obama évoque un référendum pour l'indépendance du Kosovo qui n'a jamais eu lieu

Kosovo: Obama évoque un "référendum d'indépendance", Moscou perplexe

INTERNATIONAL
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Indépendance du Kosovo (198)
Moscou est étonné par les propos tenus par le président américain Barack Obama sur un prétendu référendum d'indépendance du Kosovo, rapporte le ministère russe des Affaires étrangères.
Moscou est étonné par les propos tenus par le président américain Barack Obama sur un prétendu référendum d'indépendance du Kosovo, rapporte vendredi le ministère russe des Affaires étrangères.

"Moscou a pris note du discours prononcé par le président américain Barack Obama mercredi 26 mars à Bruxelles où il a essayé de justifier +l'indépendance+ du Kosovo (Serbie), proclamée au mépris de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, en évoquant un +référendum+ quelconque sur cette question qui y aurait été organisé en coopération avec l'Onu et les pays voisins", lit-on dans le communiqué.

Selon la diplomatie russe, cette affirmation du président des Etats-Unis ne peut qu'étonner, "car il n'y a eu aucun plébiscite sur l'indépendance du Kosovo et d'autant plus en coopération avec la communauté internationale.

Moscou rappelle que la décision sur la séparation de cette province de la Serbie avait été adoptée par le "parlement" à Pristina en 2008.

De son côté, Moscou accepte que des décisions importantes doivent s'adopter par le un référendum, comme cela a été fait notamment en Crimée.

"Le Kosovo n'a quitté la Serbie qu'après un référendum organisé, non en dehors des limites du droit international, mais en coopération avec l'Onu et les voisins du Kosovo. Rien de tout cela ne s'est produit en Crimée", a affirmé M.Obama.

Un changement de pouvoir s'est opéré le 22 février en Ukraine. La Rada suprême a démis le président Viktor Ianoukovitch de ses fonctions, nommé le président du parlement Alexandre Tourtchinov chef de l'Etat par intérim et réformé la Constitution. M.Ianoukovitch a qualifié ces événements de "coup d'Etat". Moscou conteste également la légitimité des décisions de la Rada.

La Crimée, république autonome à majorité russophone située dans l'est de l'Ukraine, n'a pas reconnu les nouvelles autorités de Kiev. Elle  a proclamé son indépendance vis-à-vis de l'Ukraine et la réunification avec la Russie au terme d'un référendum du 16 mars où 96,7% des habitants de la péninsule ont appuyé cette décision. La Russie et la Crimée ont signé le traité sur le rattachement de la république de Crimée et de la ville de Sébastopol à la Fédération de Russie le 18 mars dernier.
https://fr.sputniknews.com/international/20140328200833249/

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L'Union européenne appuie l'indépendance du Kosovo

http://www.lemonde.fr/europe/article/2007/03/27/les-etats-unis-et-l-union-europeenne-se-rallient-a-l-independance-du-kosovo-preconisee-par-l-onu_888344_3214.html?xtmc=kosovo&xtcr=1759


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Soudan du Sud

Catalogne / Kosovo

Carles Puigdemont vient de proclamer “le droit de la Catalogne à l’indépendance” sous les applaudissements des élus régionaux. L’expérience historique enseigne pourtant que ce genre d’aventure se termine rarement dans l’allégresse. Arraché à la Serbie à coups de B52, le Kosovo a proclamé son indépendance en 2009. Sous perfusion de l’UE et de l’OTAN, cet Etat-fantoche, a été livré par l’émissaire onusien Bernard Kouchner à une clique mafieuse, l’UCK, qui doit son impunité à la rente géopolitique. En attendant, la Serbie a été bombardée et dépecée. Quant à la population du Kosovo, elle ne tire aucun avantage d’une indépendance qui a fait de nombreuses victimes.
Voilà pour l’Europe. Mais en Afrique, c’est pire. La sécession du Sud-Soudan parrainée par Washington a provoqué un désastre sans précédent. D’une pauvreté inouïe, dévasté par la guerre civile, ce nouvel Etat n’a plus que ses yeux pour pleurer. Les multinationales convoitaient ses richesses minières et pétrolières, le Département d’Etat voulait affaiblir le gouvernement de Khartoum, les dirigeants des ethnies méridionales rêvaient d’indépendance, c’était l’équation gagnante ! Hélas le rêve est devenu cauchemar, et les morts se comptent par dizaines de milliers. Kosovo, Sud-Soudan : décidément le séparatisme, lorsqu’il parvient à ses fins, peine à offrir des lendemains qui chantent.
On répliquera sans doute que l’indépendance du Kurdistan irakien pourrait faire la démonstration inverse. Ce peuple sans Etat, floué par l’inique traité de Lausanne (1923), prendrait alors une revanche historique ! C’est bien le projet du PDK dirigé par le clan Barzani, mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Ni l’Irak, ni l’Iran, ni la Turquie n’accepteront ce démembrement d’un Etat souverain, fût-il appuyé en sous-main par le puissant protecteur US. Quant à l’alliance avec Israël, on se demande si les Kurdes réalisent que Tel Aviv les soutient comme la corde soutient le pendu. Prudents, les Kurdes syriens dialoguent de leur côté avec Damas, qui s’est dit prêt à négocier une fois scellé le sort de Daech.
https://www.mondialisation.ca/le-syndrome-separatiste/5612792


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The Saker - extrait :

Let’s just say that if I had an Albanian friend living in Kosovo today I would strongly urge him to get the hell out while he still can. Kosovo will be the very first place in Europe where the pendulum of history will reverse its current course. There is simply no way that Serbs will ever accept the theft of their ancestral land and spiritual cradle by a combination of Albanian gangsters and western air forces. Nor should they. An Albanian occupied (aka “independent”) Kosovo is a fiction which can only be maintained by the AngloZionist Empire – as soon as it tanks Kosovo will be liberated.

[Kosovo will be liberated]

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Joseph Bissett the former Canadian Ambassador who was fired for telling the truth. 
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Kosovo volé 
https://www.youtube.com/watch?v=gnTy9Oahib4
6 vidéos

samedi 9 décembre 2017

Les indépendances et les manipulations OTAN - CIA - Dalaï Lama - Lionel Groulx

REPRISE

Archives de VigileRÉPONDRE

 1 mars 2014



POURQUOI NOTRE DALAI LAMA QUÉBÉCOIS

- LIONEL GROULX - N'A PAS REÇU D'ARGENT DE LA CIA

 ET NE FAIT PAS L'OBJET D'UN CULTE MONDIAL 

BIEN MÉDIATISÉ ?


Le gouvernement du Tibet en exil reconnaît avoir reçu 1,7 million par année de la CIA pour entraîner la guérilla dans les années 1960. Le Dalaï Lama récuse avoir reçu 180 000 $ par année à titre personnel. Ne mettons pas sa parole en doute. Ces sommes excluraient toutefois l’entraînement de combattants pris en charge directement par les États-Unis et les opérations menées directement en territoire tibétain par les forces spéciales dont certains membres ont été arrêtés (voir Wikipédia et autres sources Internet). Pour ce qui est d’autres sommes investies depuis ce temps par la CIA ? On en sait rien, on lit que ces pratiques ont cessé, mais d’aucuns mettent en doute ces affirmations. Vu de la Chine, la mise en place d’un base militaire américaine de première importance au Kosovo, associée ...d’une indépendance politique controversée et qui continue de l’être tellement le jupon de la manipulation étrangère dépasse... À la place de la Chine, dis-je, que feriez-vous ? Négocier de bonne foi avec le chef du gouvernement du Tibet en exil, récipiendaire avoué des bonnes grâces d’une puissance étrangère ? Négocier avec lui parce que tout le battage médiatique occidental vous presse de le faire ?
J’aimerais parfois que le Québec soit un enjeu géo-stratégique d’importance. Notre leader spirituel et politique non partisan, le pendant chez-nous du Dalaï Lama, le chanoine Lionel-Groulx, défenseur lui aussi d’un petit peuple victime d’un génocide culturel par peuplement exogène (pour employer les mots du Dalaï Lama), provenant lui aussi d’origines modestes, pèlerin infatigable de sa cause lui aussi, qu’il a défendue sur toutes les tribunes d’Amérique et ailleurs dans le monde, serait lui aussi un membre du "star system" international. Il l’aurait été pendant deux générations, à l’instar du Dalaï Lama. Mais Lionel Groulx n’a pas reçu un sou de la CIA, il n’a pas été promu dans le monde comme un émule de St-Jean de la Croix ou de Thérèse d’Avila, comme un mystique de la chrétienté faisant sa marque en même temps dans les domaines historiques, littéraires et dans l’éducation et la défense de son peuple, comme son titre de chanoine l’invitait à le faire. Non, hélas, ce que nous pourrions appeler le pendant de la Chine pour le Québec et la francité canadienne, en d’autres mots le Canada continue de ternir sa mémoire.
J’attends que le Dalaï Lama dans un geste témoignant du caractère spirituel et désintéressé de sa mission, reconnaisse sa parenté avec Lionel-Groulx. J’attends que les Tibétains reconnaissent la parenté de leur lutte avec celle de la sauvegarde d’un autre patrimoine culturel menacé, soit celui du dernier bastion de la francophonie américaine, le Québec. Mais j’attendrai peut-être en vain, parce que la lutte des Tibétains n’a peut-être pas la grandeur d’âme que l’on s’imagine. Les appuis qui leur sont acquis, seraient-ils prêts à les risquer au nom de la sauvegarde de patrimoines culturels menacés autres que le leur ? Qu’en pensez-vous ?

GV

Références :
http://www.vigile.net/Chine-prison-des-peuples

https://www.youtube.com/watch?v=-oiHezxCSoU

jeudi 7 décembre 2017

La mentalité du colonisé provoque la fin prématurée de nos combats !


Quatre infanticides constitutionnels en cinquante ans !

Les tentatives pour modifier le statut constitutionnel du Québec  meurent toutes prématurément 


(Note : Version revue et augmentée de l'article sur le même sujet déjà paru le 17 novembre 2017 : https://gilles-verrier.blogspot.com/2017/11/infanticideau-quebec-les.html
7 décembre 2017

Lorsque René Lévesque procéda à l'abandon officiel de la souveraineté en 1984, pour épouser ce qu'il qualifia lui-même de « beau risque », le parti éclata ! Un clash semblable se produisit lors du départ de Jean-Martin Aussanten 2011. Un autre mélodrame ! 

Mais à quoi riment donc depuis 50 ans ces crises devenues si prévisibles entre « indépendantistes déterminés » et « souverainistes associatifs » plus conciliants ? Une explication courante voudrait que la prépondérance d'un camp sur l'autre nous ferait avancer ou pas, que l'on s'approche du but ou que l'on s'en éloigne. Est-ce bien le cas ? Il est permis d'en douter. 

Par un aveu surprenant, René Lévesque va nous aider à réfuter cet antagonisme apparent. En 1967, dans une sorte d'éclair de lucidité, il écrivait : « le minimum vital pour le Québec est un "maximum ahurissant et tout à fait inacceptable" pour le Canada anglais ». Il ne pouvait mieux dire ! La conséquence immédiate de cette réalité dévoilée ne serait-elle pas de renvoyer dos à dos les deux camps autonomistes et leur réthorique concurrente ? Tant ils sont comme cul et chemise par leur refus de croire que tout ce qu'ils peuvent formuler constitue « un maximum ahurissant et tout à fait inacceptable » pour le Canada anglais. Devant un tel mur d'intransigeance dénoncé par Lévesque, le comportement avisé ne serait-il pas d'adopter la position d'une résistance obstinée ? De se préparer à une lutte organisée qui ne connaîtrait pas de trêve ? Ne serait-ce pas chez les nôtres de s'armer d'une volonté à toute épreuve pour arracher enfin quelques gains autour d'un « minimum vital » ? Que nenni. Des quatre passes d'armes d'importance contre Ottawa en cinquante ans, aucune n'a satisfait aux exigences minimales de la rigueur et de la détermination qu'aurait dû inspirer le jugement tranchant de René Lévesque sur le Canada.

Le Canada maître absolu du jeu politique
Le Canada anglais a toujours été le maître absolu du jeu politique. En cinquante ans, le Québec a eu beau s'escrimer à formuler ses revendications - minimales, ou maximales - il n'en fera aboutir aucune. Qu'il revendique un ajustement de statut ou l'indépendance c'est du pareil au même. En somme, tous les événements donnèrent raison à Lévesque. Le fédéral n'a jamais consenti à rien car rien ne l'obligea à infléchir son intransigeance. Rien ne l'obligea à réfléchir autrement qu'en ses propres termes sur l'avenir du Canada, la présence du Québec et du Canada français ne réussissant jamais à s'imposer dans ses équations.

Vu sous cet angle, quelle différence y a-t-il en effet entre l'indépendance et un statut particulier ? En pratique, il n'y en a aucune car les ambitions autonomistes sont vouées à échouer devant une intransigeance absolue. Et elles seront indéfiniment ajournées tant que la classe politique continuera de défendre avec si peu de détermination et de sérieux les intérêts du Québec. 

Sortir du coma politique
Pour repartir au combat il serait avisé pour les Québécois de sortir du « coma politique » dans lequel ils sont entrés au lendemain du référendum de mai 1980.i Ils devraient comprendre que la « Confédération n'a jamais été un pacte librement consenti avec un partenaire de bonne foi, mais l'imposition d'une condamnation irrévocable avec un enfermement perpétuel », comme l'explique Me Christian Néron, constitutionnaliste, consulté pour la rédaction de cette série. 

Les graves carences de leadership ont commencé dès le début avec Lévesque qui a vite oublié sa propre lucidité, cité plus haut. Au lieu d'accorder ses actes avec sa lumineuse précaution, notre stratégie a gravement sous-estimé l'entêtement - prévisible - du Canada à conserver le statu quo, et, il ne s'est jamais préparé à mener un combat opiniâtre et de longue haleine. Faisant volte-face, il a cru - ou fait croire ? - que le changement de statut du Québec pouvait se décider dans la courte parenthèse d'un référendum. Une parenthèse ouverte et aussitôt refermée.

Un navire amiral sans pilote
Chaque fois que des occasions de marquer des points  à notre avantage ont été ignorées ou négligées, les plus déterminés en ont mis la faute sur le compte d'un pilotage mené par des « réformateurs du fédéralisme ». Cette explication ne tient pas vraiment la route non plus car elle refuse de voir que nos échecs à répétition ne viennent pas d'erreurs de pilotage mais de l'absence totale de pilotage ! C'est ahurissant, mais il est temps que les passagers comprennent qu'il n'y a jamais eu de pilote au gouvernail du navire amiral ! Une peur maladive de s'emparer du gouvernail a toujours été le réflexe typique de notre état major national depuis Georges-Étienne Cartier, une étourderie morbide qui a continué sa belle carrière tout au cours de l'ère péquiste. Bye bye libération !

De révolution tranquille à colonie tranquille
Les prétentions si souvent répétées que la révolution tranquille nous aurait libérée de notre mentalité de colonisés ne seraient qu'une façon de se détourner de la réalité pour se réfugier dans de belles illusions. En fait, le Canadien français se complaît tellement dans son statut de colonisé, vivant au dessous du minimum vital, qu'il n'arrive plus à s'imaginer qu'il pourrait s'en sortir un jour. René Lévesque en est l'exemple le plus dramatique. 

En réalité, et c'est là toute l'affaire, que ce soient les « séparatistes » ou les « provincialistes » qui aboient le plus fort, nous restons essentiellement dans la distraction coloniale des vœux pieux et des programmes enluminés. On a toujours cru plus vertueux de mener un combat pour prouver la viabilité d'un Québec indépendant - se conforter les uns les autres - plutôt que de faire le procès en bonne et due forme d'un régime qui nous a été imposé et qui nous a toujours privé d'un « minimum vital ». C'est la cécité du colonisé qui nie la présence d'un éléphant dans la pièce. La problématique que pointait lucidement Lévesque et que personne n'a suivie - pas lui-même - laissant libre cours à la volonté de domination du régime anglo-canadien et ses forfaits. 

Le Canada remporte la bataille des mentalités
La conséquence c'est que la bataille des mentalités a été gagnée jusqu'ici par le Canada. À tel point que beaucoup de ceux qui voteront Parti québécois aux prochaines élections de 2018 seront toujours sous l'influence du Canada. Beaucoup sont persuadés de son bon droit, de sa bonne foi, de sa supériorité morale. Nous récoltons l'abandon de l'éducation politico-historique, qu'elle fut de Lionel Groulx, de Maurice Séguin ou du RIN. Au lieu de travailler les fondamentaux de notre combat national et de les consolider, nous avons trop misé sur une «pédagogie» d'enfants d'école pour grignoter des « OUI ». Comme si de convaincre « ceux qui ne comprenaient pas » suffisait.
Dans sa psychologie politique, le Canada anglais a compris les limites de son adversaire domestiqué depuis longtemps : pour lui il est inutile de s'énerver devant les aboiements de quelques chiens battus et édentés. 

De la contradiction principale 
On me permettra ici un petit détour pour des raisons d'utilité pédagogique. À l'époque de la guerre sino-japonaise, la Chine est envahie par le Japon. Pour s'opposer aux membres de son parti qui veulent continuer de combattre le Kuomintang, Mao Zedong prononce une conférence en 1937, qui deviendra le petit essai intitulé « De la contradiction ». Il explique alors l'importance de bien identifier la contradiction principale, c'est-à-dire celle dont dépendent toutes les autres. Dans ce cas de figure, la contradiction principale posait la nécessité de mettre fin aux hostilités entre le Kuomintang et le Parti communiste, d'unir les deux camps chinois pour chasser l'envahisseur japonais, l'ennemi principal. Cela semble plein de bon sens. 

Pour le René Lévesque de tous les jours, et en fin de compte pour toute la tradition péquiste, la promotion de « la cause » ne s'est jamais départie d'ambivalences à l'endroit du Canada. On ne s'est jamais affranchi d'une auto censure qui, bien que ponctuée d'occasionnels coups de gueules, s'est toujours interdit d'instruire la fourberie du fédéralisme et de son insatiable volonté de puissance.


Des quatre tentatives pour modifier le statut du Québec depuis cinquante ans

La première
Quand René Lévesque nous lance le soir de la défaite référendaire son « À la prochaine! », c'est qu'il renonce à poursuivre le combat par tous les autres moyens légitimes et raisonnables qui sont à sa disposition. Il venait de s'écraser sous la peur et nous conseillait d'en faire tout autant. À quoi bon un minimum vital pour le Québec ?

La deuxième
Quand, en 1981, revenu bredouille et trahi d'Ottawa, une performance néanmoins marquée par l'impéritie de la délégation du Québec, il soufflera à nouveau sur les braises d'une indignation légitime.  Contre toute attente, il fera volte face pour les éteindre quelque mois plus tard. Il renverra aux douches ceux qui, le prenant encore pour chef, étaient montés - pour une deuxième fois - aux barricades à son appel. 

La troisième
Quand le Canada a renié sa parole – une autre fois – et que l'Accord du lac Meech a fait long feu, Robert Bourassa, premier ministre à l'époque, se retrouvait avec tous les atouts en mains pour rebondir. Il le laissera d'abord supposer en livrant un discours prometteur du 22 juin 1990. Il fera volte face à sa manière en laissant passer le temps pour que refroidisse l'indignation nationale et faire oublier son renoncement à faire suivre ses paroles par des actes.

La quatrième
Dans la foulée, Parizeau profite à son tour de l'indignation de Meech, qui reste présent dans les esprits, pour repartir au front. Il se lance avec témérité dans une nouvelle aventure référendaire dans laquelle il placera toutes ses billes. Mais il démissionne précipitamment à son tour le soir même du référendum de 1995, un geste prématuré qu'il regrettera plus tard. Trop tard !  Il avait oublié sur le moment qu'il pouvait attaquer des résultats contestables, ou doubler la mise. Il s'écrase lui aussi et renonce à toute forme de combat. Dans une approche mal inspirée par le tout ou rien, il procède à la démobilisation générale de ses partisans. Quand il a perdu un combat - et non la guerre - il reste toujours à un chef la liberté de se cramponner à ses acquis,  déjouer les manoeuvres à venir de l'adversaire, garder haut les coeurs en attendant une prochaine passe d'armes et des jours meilleurs.   

Tableau
Quatre tentatives de modifier le statut du Québec avortent - le peuple suivait 
mais les chefs se sont soustraits à leur devoir de montrer le chemin 


RéférendumRapatriement constitutionNégociations du lac MeechRéféren-dum 1995
Début16 nov. 1974 Adoption de l'étapisme15 sept. 1980 Conférence constitutionnelle30 avril 1987 Conférence constitutionnelle au lac Meech12 sept. 1994
Élection de Jacques Parizeau
Fin20 mai
1980
17 avril 198222 juin 199030 octobre 1995
Protagonistes du QuébecRené Lévesque-MorinRené Lévesque-MorinRobert Bourassa (PLQ)Jacques Parizeau
Protagonistes fédéralP-E TrudeauP-E TrudeauBrian Mulroney /
P-E Trudeau
Jean Chrétien
Raison de l'échecAbandon du combat par René Lévesque (1er coma politique)Négligence et irresponsabilité du camp québécois (2è coma politique)Abandon du combat par Bourassa


Abandon du combat par Jacques Parizeau (3è coma politique) 
Possibilité de réaliser des gains statutaires Non
(Demande de négocia-tions)
Oui
(Négociations)
Oui
(Négociations)
Non


Gains pertes réalisésPertePerte + (droit de veto du Québec)NeutrePerte
Possibilités d'établir un rapport de force favorable si le combat avait été continué (mon estimation) 40 p.c.60 p.c.90 p.c.60 p.c.

Me Christian Néron explique : « Quand René Lévesque ou Lucien Bouchard refusent de contester les décisions de la Cour suprême (sept. 1981) et l'imposition de la nouvelle constitution, ou d'exiger que ce dossier capital soit soumis en appel devant le Comité judiciaire du Conseil privé (Londres) ou encore que le dossier soit soumis à un tribunal international », là encore, les chefs se sont défilés devant leurs obligations.  « Un combat constitutionnel de la plus haute importance entre deux nations n'est-il pas un conflit inter-national ? »

Maître Néron soutient qu'en matière constitutionnelle il ne faut jamais cesser de lutter pour le respect de ses droits et libertés. Il donne en exemple la constitution de l'Angleterre, qui a presque mille ans, poursuit-il, et qui est faite en grande partie d'une succession de combats éprouvants pour la préservation de ses droits. Mais ici, chez-nous, il est interdit de se battre pour un minimum vital et, surtout, d'indisposer notre partenaire canadien !

Pour Me Néron : « Le droit international coutumier ne reconnaît-il, depuis le XVIè siècle, le droit de tout peuple de réclamer justice, et même de se faire justice lorsqu'il n'y a aucune autorité compétente pour le faire ? La doctrine de Vitoria et Suarez est éloquente à ce sujet ».

De la décolonisation des mentalités 
En fin de compte, les Canadiens-français-québécois tentent la quadrature du cercle depuis 1867. Et en compagnie du PQ depuis 1968. Si les Québécois et leurs chefs continuent de rejeter a priori tout geste qui occasionnerait la moindre montée de tensions entre le Québec et le Canada; si après avoir renoncé d'avance à oser un rapport de force qui nous serait favorable ils réclament du même souffle un changement de statut pour le Québec, c'est de la foutaise ! Vu l'absence de toute forme de pugnacité, du moment que le Canada bombe le torse, vu la facilité avec laquelle nos chefs de file décrochent avant terme et plient armes et bagages, le Québec se présente désormais au Canada, et au monde, comme un joueur qui a décidé de s'exclure lui-même du jeu. En nous inclinant devant toutes ces injustices, au point d'y laisser le respect de nous-mêmes, nous avons décidé de notre destin. 

Tout ce temps, en contre-partie, nos chefs péquistes ont toujours voulu se dédouaner de leur manque de leadership et de persévérance en reportant leurs échecs sur le dos d'une population qui n'aurait pas suivi ! Naturellement, ils négligent de dire qu'il n'y avait pas grand monde fiable à suivre. Qui serait assez idiot pour suivre un chef qui n'a aucune stratégie, qui ne croît pas en sa cause, qui s'incline au premier vent contraire, qui oublie même de se respecter ?!

Le soir du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau, dans un message de dépit, renvoyait chez eux ses militants. N'était-ce pas un message d'abdication envoyé à la population ? Qu'il fallait nous écraser devant la défaite ? Comme Lévesque avant lui, il nous a laissé avec un sentiment d'amertume, comme si nous n'avions pas perdu un combat mais la guerre ! Les chiffres de la démobilisation parlent d'eux-mêmes. Le PQ passa de 300 000 membres à 70 000 sous René Lévesque, et éventuellement la moitié moins. 

Si bien que, depuis cinquante ans, ce qu'il conviendrait d'appeler chez-nous la contradiction principale est un chantier désert. Comme si elle ne se situait pas entre le refus du Canada anglais de faire toute concession, et la volonté des «descendants des vaincus» (expression constitutionnalisée) de briser les cadres d'une prison constitutionnelle dans laquelle on les a enfermés, leurrés par des promesses aussitôt trahies. Faute de mettre cette contradiction au premier plan du combat politique, sauf de cibler correctement l'ennemi, toutes les nuances de la mouvance autonomiste ne peuvent que se retrouver dans une foire d'empoigne perpétuelle. Inversement, mettre la question de l'intransigeance du Canada sur la sellette, démaquiller l'hypocrisie de sa démocratie, dénoncer ses promesses trahies – dont la plupart ont une valeur constitutionnelle – ne pourrait que renforcer notre unité. 

Lévesque-Morin – Un scandale national
Le lecteur pourra lire en annexe un texte particulièrement troublant de Guy Laforest dans lequel il expose la désinvolture, l'improvisation et, somme toute, l'irresponsabilité du tandem Lévesque-Morin à l'occasion des délibérations qui conduisirent au rapatriement de la Constitution. Il y avait là pour nous une occasion de faire des gains sur le «minimum vital», voire davantage. Mais le Québec, en raison de la pauvreté extrême de sa direction politique, est non seulement revenu d'Ottawa les mains vides, mais déshabillé ! Il avait renoncé à son droit de veto pour un plat de lentilles. Une bande d'amateurs aux commandes d'un navire où il n'y avait même pas un matelot au gouvernail ! Une équipée dont le second de bord était un agent d'influence du fédéral tenu en laisse par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Une équipée dont l'irresponsabilité fait honte à la nation, un scandale jamais dénoncé par l'entourage de Lévesque, voué à ne pas ternir sa réputation. Le lecteur remarquera qui était aux premières loges tout récemment pour rendre hommage à René Lévesque à l'occasion du trentième anniversaire de sa mort. 

En donner toujours plus sans rien exiger
Plus récemment, nous voyons Jean-François Lisée se ramollir doucereusement pour octroyer des « droits historiques » aux anglophones. Pourquoi ouvrir la porte à d'autres concessions, alors que les droits linguistiques des anglophones sont légalement encadrés par les articles 96 et 133 de la constitution, lesquels avaient été négociés à huis clos en janvier 1867 ? Pourquoi laisser supposer que les droits linguistiques des anglophones seraient menacés, alors que seuls les nôtres le sont ! Ce chef, qui a mis de coté la question de la souveraineté pour un minimum de quatre ans, ne se prive pas pour nous paver la voie des prochains reculs. La tradition canadienne-française de donner d'abord ses perles, pour n'avoir plus que sa chemise à négocier, a la vie dure. Nous voyons bien qu'après cent cinquante ans d'un triste cumul d'échecs, notre mentalité n'a pas changé.

Adopter « l'Autre » pour épouser notre déclin 
Toute relance du combat pour nos droits et libertés nationales ne pourra réussir sans un sursaut des mentalités. Elles devront prendre acte de la réalité brutale du Canada anglo-saxon-protestant, pour qui « le minimum vital pour le Québec est un maximum ahurissant et tout à fait inacceptable » pour ses intérêts. C'est sa conception du vivre à deux.  La décolonisation psychologique avait bien commencé dans les années 1960, menée par des hommes courageux comme Marcel Chaput, André d'Allemagne, Pierre Bourgault, regroupés au sein du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN).  Mais tout ça s'est vite étouffé avec le plus attendrissant de nos colonisés, René Lévesque. Il rejeta non seulement le RIN mais toute notre tradition résistante de la « survivance » en même temps. Si nous l'aimons tant, c'est sans doute parce que c'est lui qui incarne le mieux les faiblesses de la typologie québécoise.

On a cru bien trop vite achevée la décolonisation de notre mentalité. Nous l'avons confondue avec une perméabilité toute grande à la culture de masse américaine, laquelle se juxtaposait au rejet de nos traditions culturelles et religieuses, et ce, sans trop de discernement. La révolution tranquille, portée par un baby boom regorgeant d'énergie, nous a bien abreuvés et nourris aux agapes d'une aliénation accrue. Un rejet radical du passé qu'on a pris pour une œuvre de libération.


ANNEXE
LES RÉVÉLATIONS DE GUY LAFOREST 
(Mes soulignements)

Incohérence et désorganisation
Quand on examine notre histoire sous l'angle de la longue durée, les référendums de 1980 et de 1995 prennent l'allure de rébellions ratées de l'ère démocratique, en lien avec les rébellions matées de l'ère impériale que furent les soulèvements de 1837-1838. Perdre une action de cette nature entraîne des conséquences négatives. Toute analyse sérieuse des documents de l'époque révèle l'ampleur du désarroi de René Lévesque et de son gouvernement au lendemain de l'échec du référendum sur la souveraineté-association de mai 1980.
Rien ne fut fait pour préparer stratégiquement les lendemains d'une possible défaite. Sur le terrain de l'alliance avec les provinces récalcitrantes aux initiatives unilatérales de M. Trudeau, et notamment dans la guérilla diplomatique menée à Londres, le gouvernement Lévesque a bel et bien eu quelques succès tactiques après le référendum de 1980. Il est toutefois constamment resté sur la défensive, paraissant souvent incohérent et désorganisé.

Décision précipitée

Le 16 avril 1981, trois jours après la victoire électorale de René Lévesque et du Parti québécois contre les libéraux dirigés par Claude Ryan, le gouvernement du Québec a accepté, dans un document qui consolidait un front commun de provinces opposées aux projets de M. Trudeau, une formule d'amendement qui substituait le principe d'un retrait avec compensation financière au droit de veto du Québec. Cette décision fut entièrement improvisée.
Au cours de la campagne électorale, la veille organisationnelle sur ces questions fut confiée au ministre responsable, Claude Morin, et à son sous-ministre Robert Normand. Le Conseil des ministres ne fut jamais consulté sur cette orientation. René Lévesque prit cette décision de manière précipitée trois jours après l'élection. Le Québec aurait pu beaucoup mieux gérer l'enjeu du droit de veto, n'acceptant d'y renoncer qu'au lendemain d'un accord global auquel il aurait pu souscrire.
Lévesque vs Ryan
Entre 1978 et 1982, Claude Ryan a incarné au Québec une vision du renouvellement du fédéralisme canadien en harmonie avec les intérêts du Québec comme société nationale et distincte. Pour protéger le Québec, le gouvernement Lévesque aurait pu faire un bien meilleur usage des lumières et de la bonne volonté de M. Ryan. Certes, la politique est affaire de combat; Lévesque et Ryan avaient ferraillé avec acharnement en campagne référendaire et lors des élections de 1981. Toutefois, Lévesque a choisi de ne jamais intégrer Ryan dans un dessein stratégique visant à contrer les projets de M. Trudeau. Ce dernier craignait beaucoup Claude Ryan. Lors de la fatidique semaine des négociations constitutionnelles de novembre 1981, M. Ryan a essayé d'entrer en communication avec M. Lévesque et son équipe. Ses appels n'ont jamais eu de réponse.
Véritable cafouillis
Sur le front judiciaire, le Québec et ses procureurs sont allés à quatre reprises devant les tribunaux en 1981 et 1982. Leur performance fut peu impressionnante. Pourquoi remplacer l'équipe en place par l'ex-juge de la Cour suprême, Yves Pratte? Pourquoi attendre de très longues semaines avant de décider de soumettre la question du droit de veto du Québec en renvoi à la Cour d'appel du Québec après novembre 1981? Pourquoi ne jamais avoir plaidé, sur la base de l'article 94 de la Loi constitutionnelle de 1867, la nécessité du consentement de l'Assemblée nationale du Québec pour toute réforme touchant la juridiction des provinces sur la propriété et les droits civils, invasion reconnue par le gouvernement fédéral lui-même et par les décisions antérieures des tribunaux? 
Si l'oeuvre d'ensemble paraît peu cohérente et souvent improvisée, cela s'est révélé sous son jour le plus cru lors de la conférence constitutionnelle de novembre 1981: climat anarchique et peu professionnel dans l'entourage de proximité de M. Lévesque, équipe ministérielle d'appui de second ordre, cafouillis total de René Lévesque lui-même et de son équipe à la suite de l'offre référendaire de M. Trudeau le matin du 4 novembre, absence de vigilance lors de la dernière nuit de la conférence.