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jeudi 5 novembre 2015

L'avenir de l'indépendance et la résistance au mondialisme - Partie 2

Publié d'abord sur Le bonnet des patriotes, 5 novembre 2015
http://www.lebonnetdespatriotes.net/lbdp/index.php/component/k2/item/4279-la-parole-est-à-nos-lecteurs-lavenir-de-lindépendance-et-le-mondialisme-résister-au-nouvel-ordre-mondial-2ème-partie

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Gilles VERRIER

Ces jours-ci, la question de l'unité des souverainistes refait surface dans l'actualité avec le vingtième anniversaire du référendum de 1995. Encore une fois, est-ce réaliste?
Voyons d'abord, si le projet d'unir des forces comportant d'importantes dissemblances est possible et même souhaitable.
Si on prend un peu de hauteur pour passer en quelque sorte à un niveau méta politique, on peut poser que le trait commun qui traverse le camp souverainiste-indépendantiste est sa soumission à la doxa mondialiste. Précisons. Le Parti québécois et Option nationale occupent le centre alors que Québec solidaire est identifié au mondialisme de gauche. Par mondialisme de gauche, il faut comprendre qu'il s'inscrit dans la tradition trotskyste. Donc, pour ce dernier, c'est plus d'immigration, plus de multiculturalisme et plus d'«alter mondialisme». Pour le PQ et ON, le mondialisme pratiqué est celui du «mainstream», soit le mondialisme généralement intégré dans l'inconscient politique et collectif. Obligatoire, tel qu'illustré par le mot devenu célèbre de Margaret Thatcher : «There is no alternative». [i]
Si la mouvance souverainiste-indépendantiste a bien intégré cette notion mondialiste du progrès en vertu de laquelle l'éloge de la nation, de son histoire et de sa culture est à proscrire, même dans le cas d'une petite nation dominée par l'empire anglo-saxon, Québec solidaire représente la partie la plus ouvertement affirmée à cet égard, voyant d'abord dans la nation l'instrument pour accomplir un internationalisme de gauche, ultimement sans nation, celle-ci faussement dépeinte comme la cause première des guerres et des conflits. Une autre contre-vérité du catéchisme mondialiste.[ii]
Outre la tendance mondialiste qui domine largement le courant indépendantiste,  ce courant compte également une aile minoritaire que les indépendantistes-mondialistes voudraient bien faire sortir du portrait. En son sein des tendances diverses s'expriment. Je distinguerai deux tendances dont les contours peuvent être définis comme suit. Il y a les nationalistes qui s'inscrivent dans la tradition longue, devenus presque inaudibles, particulièrement méprisés par les médias, dont les ambitions politiques sont par conséquent mal définies mais qui par leur existence, font opposition au déracinement que tente d'imposer le mondialisme. Ils s'opposent aux avancées de l'idéologie mondialiste par leur défense des valeurs traditionnelles, familiales, culturelles et religieuses. Ils font un pied de nez à l'idéologie de l'accélération du «progrès» perpétuel, du tout est jetable et remplaçable. Sans nécessairement se nommer anti-mondialistes, ils en sont les opposants objectifs.  Ils rejoignent dans le dialogue les indépendantistes issus du mouvement anti-nouvel ordre mondial, un courant qui compte aussi des désabusés de la politique traditionnelle et qui s'appuie notamment sur les avancées de l'analyse politique et géo-politique mondiale. Les deux perçoivent la montée des valeurs mondialistes comme la menace principale à l'encontre de la nation organique.
Revenons maintenant à la question de l'unité. La recherche de l'unité du Parti québécois avec les autres forces souverainistes, Québec solidaire étant l'organisation la plus mentionnée, représente un danger considérable pour l'avenir du Québec. Advenant la réussite de l'union des mondialistes du centre avec les mondialistes de gauche, il en serait fini de toute forme de promotion des intérêts du Québec qui n'épouserait pas les contours «civiques», «a-nationaux» qui sont les seuls tolérés par le mondialisme (à l'insigne exception d'Israel et des États-Unis, qui eux peuvent être patriotes, nationalistes et chauvins de plein droit). 
Par l'existence de sa base qui n'a pas perdu tous ses sens, le Parti québécois conserve encore une certaine volonté, même affaiblie, de promouvoir la nation québécoise, sa pérennité et son épanouissement. Certes, son programme et sa tradition sont marqués par sa soumission aux puissances du moment et son renoncement aux pouvoirs indispensables pour l'indépendance du Québec. C'est clair. En dépit de tout cela, ce parti aurait plus de chance de servir le Québec en préservant son indépendance vis-à-vis Québec solidaire. Il pourrait redonner un peu de ce que le Québec lui a donné et modestement abandonner ses prétentions indépendantistes en regard desquelles il n'a jamais été sérieux. Fi de la rhétorique vide, le Parti québécois, s'il peut être encore utile à quelque chose devra recadrer son action pour  commencer à faire aboutir ce qu'il a toujours voulu réaliser, conformément à son discours récurrent et ses vraies dispositions :

1.      Abandon de la rhétorique souverainiste-indépendantiste et de tout objectif référendaire afin de faire le plein de votes chez les Québécois de souche et de souche plus récente.
2.      Préférence nationale explicite en économie partout où c'est possible et justifiable
3.      Gestion rigoureuse et probité de l'État et de ses institutions, répression du favoritisme 
4.      Occuper audacieusement ses champs de compétence :
  •      Valoriser l'usage et l'utilité de la langue française dans tous les domaines 
  •     Revenir à un enseignement de l'histoire qui n'occulte pas notre objectivité nationale : Conquête, traitement des          Amérindiens, etc.
  •      Défendre et valoriser la culture québécoise et néo-française


C'est déjà beaucoup. Peut-être assez pour mettre fin à des décennies de javellisation de notre identité nationale, peut-être assez pour que les québécois cessent d'être tentés par l'idée morbide de la disparition de leur propre identité, pour que les jeunes cessent d'être attirés par le suicide individuel et collectif, instillé par des valeurs qui ne servent qu'une humanité «hors-sol». Ce serait le retour d'un sain patriotisme, un acte de résistance contre le déni national. Donc, un retour à nos positions traditionnelles de résistance. Réalisera-t-on que l'existence et les progrès de la nation ne sont pas tributaires des discours politiques? D'ailleurs, après le sérieux examen de conscience que le Parti québécois a souvent appelé de ses vœux mais n'a jamais fait, il réalisera qu'il n'est pas prêt à aller plus loin.

Voudrait-il aller plus loin?
On ne le laissera pas faire. Et dans son état d'impréparation idéologique et politique il n'en aurait pas la force, il prendrait son rang comme le fit Alexis Tsipras, en Grèce, et Jacques Parizeau avant, différemment. On a vu comment le référendum grec a été reçu avec mépris par les technocrates de l'oligarchie européenne. Impassibles sans cœur, ils n'ont pas bougé d'un poil. On a vu, en France, comment Nicolas Sarkosy a passé en douce la constitution européenne, sans égard aux résultats du référendum qui la rejetait. 
On a vu au Québec, comment malgré une forte volonté exprimée par la population dans plusieurs circonstances s'échelonnant sur plus d'un siècle le Canada n'a pas bougé et ne lui a pas accordé davantage de latitude, bien au contraire. On voit tous les jours un pays comme la France qui n'est plus lui-même, privé de plus en plus de son indépendance, l'Élysée n'étant plus qu'une chambre d'enregistrement des décisions prises à Bruxelles dans les officines de l'oligarchie mondiale.  La France se voit spoliée des joyaux de son économie nationale (Asltom[iii], etc.) comme Hydro-Québec qui, n'en doutons pas, est dans le collimateur des prédateurs. On voit la vassalisation des pays de l'Union européenne s'accélérer au profit des intérêts américains et autres intérêts étrangers. La liste est longue et ce sont partout les mêmes forces qui agissent similairement. L'avenir qui nous attend fait frissonner.
Il faut en prendre note, la démocratie est devenue dans la plupart des pays sous l'influence américaniste-mondialiste un produit de consommation de masse qui n'engage que ceux qui y croient. Le Parti québécois est fortement sous l'emprise de l'idéologie mondialiste, plongé dans le déni de la géo-politique canadienne, américaine et mondiale. Il se fait petit. L'indépendance du Québec sera peut-être possible un jour, mais cela ne pourra se faire que par une voix plus courageuse, une voix qui saura dire la vérité politique telle qu'elle est. L'indépendance du Québec viendra d'une autre tradition, d'un autre courant que celui commencé par le Parti québécois. Je suis de ceux qui pensent néanmoins que s'il se ressaisit il peut encore jouer un rôle positif dans la résistance, avec des ambitions ramenées à sa mesure. Mais ce n'est pas gagné, le nationalisme dit «civique» a fait fort dans la rééducation des masses. La nouvelle donne c'est le refus de la direction péquiste de s'approcher de notre épopée nationale et de la partager, le refus de valoriser le français pour le rendre indispensable, la gène de se prononcer contre l'immigration incontrôlée, non désirée et difficilement intégrable dans notre minuscule cadre national. Se ressaisira-t-il? Est-il encore capable d'un sursaut national? Le faire représenterait un geste de résistance aux forces délétères du nouvel ordre mondial sans frontiériste, et je suis loin de croire que le PQ peut réunir le courage qu'il faudrait.
Parallèlement, l'indépendance du Canada se rétrécit elle aussi tendantiellement, le gouvernement de  Stephen Harper n'y mettant aucun frein. L'élection de Justin Trudeau pourrait marquer une pause à cet égard, mais cette pause risque d'être de nature plus politicienne qu'une remise en cause des traités commerciaux trans-atlantique et pacifique, traités qui n'ont pas pour seules fins de réduire des barrières tarifaires déjà assez basses en général. Ils sont des instruments à plus longue portée. Ils servent sur le grand échiquier[iv] à habituer les signataires économiquement plus petits à un environnement limité, réduisant leur espace commercial aux dimensions du bloc d'appartenance, créant la dépendance par l'étendue graduelle de la suprématie  des normes américaines en matière de qualité, du droit commercial, du droit du travail, de la technologie, du génie, des produits pharmaceutiques, des engrais, etc. Par exemple : pression sous-jacente pour utiliser les semences OGM, faire de la CSA canadienne une copie conforme des normes américaines (ce qu'elle est déjà en partie), obligation d'approuver dans tout pays du bloc les médicaments approuvés dans l'espace économique, domination absolue des dispositifs internets américains sur tous, soit Google, Facebook en liaison avec les agences de renseignements comme la NSA, connues depuis les révélations de Edward Snowden pour collecter les informations personnelles des utilisateurs et ainsi de suite. Ces traités nous feront passer à une division plus poussée du travail effectuée au profit des États-Unis, qui se réserveront notamment la technologie militaire de pointe et autres vecteurs qui les avantage et perpétue leur domination. Bref, à terme, selon ce plan, c'est fin la fin des souverainetés nationales pour toutes les nations et la marchandisation totale du monde, y compris du vivant. Avec à la clé, une autorité supra nationale anonyme, non élue et toute puissante. La constitution de blocs économiques exclusifs a en toile de fond la domination des marchés et le contrôle des ressources, question de faire pression, et éventuellement de priver d'accès, sanctionner, déclarer un embargo (cas de Cuba) ou fomenter une révolution colorée, contre les pays indépendants qui ne veulent pas se soumettre à une seule et unique autorité mondiale. C'est par voie de conséquence un sérieux risque d'aggravation des troubles mondiaux qui pourrait conduire au dérapage nucléaire et à la vitrification du monde. C'est peut-être le sort qui attend cette humanité devenue trop orgeuilleuse. Les choses pourraient bien sûr tourner autrement. La montée en puissance de la Russie, qui s'efforce d'agir dans le plus strict respect du droit international, l'apparition d'alternatives économiques, telles que les BRICS, impensables il y a vingt ans, donne de l'espoir. Mais pour nous au Québec, le diable est aux commandes. 
Pris sous cet angle, l'existence du Québec dans sa continuité se joue sur le fond d'un monde occidental lui-même en déclin économique relatif mais continue par rapport au reste du monde. Les États-Unis restent puissants mais leur politique apparaît de plus en plus marquée par l'instabilité en raison des influences de divers groupes d'intérêts qui s'opposent à l'interne, et, à l'externe, ils ne parviennent pas à imposer cette doctrine qu'ils appellent la full spectrum dominance [v], basée sur leur exceptionnalism [vi] auto-proclamé. En fait, sur le plan de leurs interventions étrangères agressives, qu'ils s'attribuent le droit d'enclencher de manière toute impériale, ils encaissent plus de revers que de succès depuis quelques décennies, n'atteignant nulle part leurs objectifs déclarés  : Vietnam, Cuba, Iraq, Iran, Libye, etc. Et maintenant en Syrie où leur duplicité est désormais du domaine public. 
Dans ce contexte mondial, absolument incompris par le Parti québécois, il s'est avéré incapable de distinguer en ce monde les amis de l'indépendance de ceux qui lui sont hostiles et qui la menacent. Incapable de se prononcer en faveur d'un ordre mondial multipolaire, alors que le Québec en aurait tant besoin... Alors? Présence aux Nations-Unies? une exigence, un objectif repris souvent par le Parti québécois pour se donner de l'importance ou de la crédibilité, votre choix. Mais si seulement le Québec avait quelque chose à dire qui vienne de lui! Dans ce contexte où la hauteur de vue ne dépasse pas le carré de sable, l'objectif de l'indépendance se révèle une fantaisie 
d'enfants d'école. Quand les Québécois, entraînés par le PQ dans le monde des bisounours sortiront de leurs rêves insensés, on pourra peut-être reparler d'avenir. En attendant, l'urgence appelle à l'union nationale et à toute forme de résistance pour préserver ce qu'il nous reste.


[i] «There is no alternative (TINA, en français « Il n'y a pas d'autre choix ») est un slogan politique couramment attribué1 à Margaret Thatcher2 lorsqu'elle était Premier ministre du Royaume-Uni. Ce slogan signifie que le marché, le capitalisme et la mondialisation sont des phénomènes nécessaires et bénéfiques et que tout régime qui prend une autre voie court à l'échec. Margaret Thatcher a toutefois peu utilisé cette expression en ce sens au cours de sa carrière3 dans ses interventions officielles. L'expression, notamment sous forme de l'acronyme « TINA », est restée4.» (Wikipedia)
[iv] Zbigniew Brzeziński, Le Grand échiquier  (1997) – version complète https://electrodes.files.wordpress.com/2014/03/brzezinski_zbigniew__le-grand-echiquier.pdf
Il s'agit d'un classique maintes fois cité, un livre qui expose très impudiquement les plans de subversion des pays insoumis et les visées de domination globale. Les efforts pour couper l'Ukraine de son voisin et partenaire traditionnel, la Russie, s'y trouvent, de même que les ambitions de scinder la Russie en trois États distincts, incluant, pour le faire, l'appui en sous-mains aux terroristes que les États-Unis peuvent mettre en mouvement pour faire avancer leurs intérêts. On dit que le livre est un peu dépassé, pas tant par la perspective qui n'a pas vraiment changée mais par les tactiques et stratégies à employer. 
«Il a été conseiller à la sécurité nationale du président des États-UnisJimmy Carter, de 1977 à 1981. En tant que tel, il a été un artisan majeur de la politique étrangère de Washington, soutenant une politique plus agressive vis-à-vis de l'URSS – en rupture avec la Détente antérieure – qui mettait l'accent à la fois sur le réarmement des États-Unis et l'utilisation des droits de l'homme contre Moscou.» (Wikipedia)
[v] Full spectrum dominance – un projet pour encercler la Russie et la Chine en vue d'assurer la domination mondiale par les État-Unis. http://www.globalresearch.ca/the-pentagons-strategy-for-world-domination-full-spectrum-dominance-from-asia-to-africa/5397514
[vi] Exceptionalisme américain. Pour retracer les sources (nombreuses citations) de la propension des États-Unis à s'attribuer une mission mondiale, inspirée souvent de sources divines, voir ici : https://www.les-crises.fr/destinee-manifeste-exceptionnalisme-americain-14-histoire/

Ce sentiment de supériorité bien assumé expliquerait en partie la difficulté des États-Unis de respecter le droit international et leur difficulté à entrer en relation avec les autres pays comme des partenaires égaux. Israel n'est pas épargné d'un semblable problème relationnel.

L'avenir de l'indépendance et la résistance au mondialisme - Partie 1

Publié d'abord par Le bonnet des patriotes, 1er novembre 2015
http://www.lebonnetdespatriotes.net/lbdp/index.php/component/k2/item/4236-la-parole-est-a-nos-lecteurs-lavenir-de-lindépendance-et-le-mondialisme-résister-au-nouvel-ordre-mondial-1ere-partie

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Gilles VERRIER

Les représentants les plus en vue du souverainisme québécois se représentent le fédéralisme canadien comme l'obstacle principal à l'existence à long terme de la nation. Le Canada, par ailleurs décrit comme notre amical partenaire, serait le carcan politique et constitutionnel dont il faut se sortir. Après, ce serait l'indépendance. Mais est-ce bien réaliste?
On apprendra rien à personne en posant que réaliser l'indépendance du Québec relève d'une grande ambition politique. Ce serait un peu comme un retournement de l'histoire qui renverserait le verdict imposé par les armes en 1763. Par le biais des faits et gestes associés au PQ on peut tenter de départager ce qui relève du praticable, la partie réaliste, de ce qui relève du fantasme, dans cet ambitieux projet vieux de près de cinquante ans.
Dans un sens l'exercice s'avère assez facile. Le manque avéré d'explicitation sur la grande ambition nationale, le manque de chair recouvrant le squelette indépendantiste de la démesure nous met forcément sur la piste de la souveraineté limitée, héritage de la mal enterrée souveraineté-association dont les limites à l'indépendance ne furent jamais repoussées entièrement. La conséquence est qu'on a cru pouvoir faire l'économie d'une vraie réflexion sur les grands grands pouvoirs que procure l'indépendance. Ces grands pouvoirs sont hors du champ de vision péquiste, au-delà de sa portée, absents de son discours et de ses préoccupations.
De longue date, sont exclus tous les pouvoirs qui relèvent de la souveraineté nationale comme peuvent l'entendre des pays comme la Suisse, le Vénézuéla, la Russie, l'Afrique du Sud, l'Islande et tant d'autres. Chez les nôtres, des prérogatives telles que la défense nationale, la liberté dans les affaires extérieures (politique et commerciale), la monnaie et la banque centrale n'ont jamais fait l'objet d'énoncés politiques cohérents traduisant une réelle volonté d'indépendance. Ces pouvoirs ne sont d'ailleurs jamais revendiqués et font donc partie, selon la tradition souverainiste québécoise, des champs de souveraineté au mieux laissés dans le flou, au pire des sujets tabous. Ces sujets indisposent, ce sont ceux devant lesquels le parti se dérobe. Ils sont pourtant au cœur de toute définition de la souveraineté. Grâce à leur nature fortement structurante et coagulante ces pouvoirs forment les murs porteurs de ce qui constitue la souveraineté de l'État et d'un pays. Voilà dévoilée par les actes continus du Parti québécois la partie de l'ambition politique qui apparaît la moins réaliste : l'indépendance.  
Inversement, ce qui se retrouve constamment dans le discours politique habituel sera naturellement réputé faire partie des vraies préoccupations du parti  : rigueur administrative, préférence nationale en matière économique, pouvoir en matière de langue, de culture et d'éducation. Passons rapidement sur le fait que ces pouvoirs ne suffisent pas pour être indépendants, pour s'attarder au fait qu'en ce qui concerne ce corpus de pouvoirs revendiqués, plusieurs sont déjà attribués au Québec par la constitution canadienne. Or, l'expérience répétée du Parti québécois aux affaires a montré une volonté hésitante par Québec d'occuper audacieusement les champs de compétence qui sont les siens. On objectera qu'Ottawa tient les cordons de la bourse en vertu de son pouvoir illimité de dépenser, ce qui peut compromettre la réalisation des initiatives du Québec avec lesquelles Ottawa est en désaccord. Par dessus le marché, c'est la cour suprême qui arbitre. Tout cela est vrai, n'accablons pas le PQ. L'argument est fort mais il ne convainc pas entièrement. Il ne parvient pas à racheter le confinement obstiné du PQ dans une pratique politique inoffensive, qualifiée souvent de provincialiste. Donnons un exemple. Le refus de l'enseignement de l'histoire nationale par le PQ, suivant en cela, peu ou prou, la tendance du monde occidental. On y reviendra.  Ce qui est rejeté ici, c'est de transmettre l'histoire de la Nouvelle-France et de sa continuité contemporaine : le Québec d'aujourd'hui. Une histoire qui n'oublierait pas ce qui nous distingue, sans complexe.  L'histoire épique de la diaspora néo-française en Amérique et l'histoire comparée des Amérindiens sous le régime français Nouvelle-France (coexistence pacifique, un modèle pour l'ensemble des deux Amériques) et le régime anglais avec la création des réserves.
Cet exemple de renoncement à la valorisation de notre être collectif peut être pris comme caractéristique du manque de volonté des gouvernements successifs du Parti québécois de renforcer la cohésion nationale. Il y a bien sûr des «comités d'experts non partisans qui établissent les programmes» et mille excuses. Or, l'exercice du pouvoir est aussi une affaire de volonté, il y a des limites à toujours se dédouaner de ses responsabilités quand on a pris la peine de se faire élire.
Il y a bien d'autres cas où le Parti québécois aurait pu agir, vendant au peuple ses décisions populaires, quitte à brusquer au passage quelques règles bureaucratiques et faire rugir l'opposition, le ROC, sa majesté et mon cul sur la commode. Sans donner dans l'arbitraire, ce qui est généralement exclu quand on a été élu avec un programme public et explicite, les élus doivent imposer leur autorité sur les fonctionnaires, délégués et autres serviteurs de l'État. En fait, en temps utile, c'était au gouvernement et au conseil des ministres de s'imposer, choisissant ses combats, pour exercer aussi pleinement que possible les pouvoirs qui appartiennent au Québec. Un dossier tout à fait présentable à l'électorat. Le Parti québécois au pouvoir a toujours voulu la jouer pure, lavant plus blanc que blanc, réservant ses munitions pour le grand soir. On voit le résultat.

Conclusion provisoire : D'une part, le Parti québécois coalise inutilement contre lui des opposants en revendiquant une indépendance qui n'en est pas une et, d'autre part, ne montre pas la volonté, la pugnacité et l'imagination nécessaires pour occuper pleinement les champs de compétence qui appartiennent déjà au Québec. La souveraineté fantasmée, mais jamais élaborée, avec en contre partie une lutte parlementaire insuffisamment audacieuse et souvent manquée bien que son objectif soit parfaitement légitime. Vivement un Louis-Joseph Papineau à l'Assemblée nationale! Tribun exceptionnel, il n'hésitait pas à mobiliser la population, tuque de laine et ceinture fléchée à la taille. 

Les déficits de Trudeau devenus inévitables

Publié d'abord sur le site Le Québécois,  31 octobre 2015
http://www.lequebecois.org/les-deficits-de-trudeau-sont-ils-deja-devenus-inevitables/

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Gilles VERRIER

Résumé :

Justin Trudeau a promis trois années consécutives de déficits fédéraux pour relancer l’économie. Aux perspectives peu reluisantes de l’économie mondiale s’ajoutent maintenant les déboires du pétrole de l’Ouest et la déprime immobilière. Au rythme où vont les choses les déficits apparaissent inévitables, mais on ne s’étonnera pas que cela dure plus de trois ans. Le renforcement de l’indépendance donnerait une marge de manœuvre supplémentaire au Canada. L’indépendance est donc une bonne solution pour les pays.

Non sans raison, dans son rapport d’octobre de la Banque du Canada fait largement état de l’économie mondiale pour expliquer la situation intérieure et justifier ses décisions, principalement celle de ne pas toucher au taux d’intérêt. Le Canada reste un exportateur de matières premières, sa faiblesse étant d’être plutôt captif du climat économique et de partenaires commerciaux devenus en perte de performance : les États-Unis, l’Europe, le Japon. Or la croissance mondiale, réduite il est vrai, se trouve ailleurs. La baisse du dollar devrait pourtant favoriser les exportations canadiennes, mais la faiblesse de la demande ne permet pas de combler le manque à gagner, même en présence de la croissance des volumes. Quant au cas du pétrole, les réserves sont à leur plus haut sur la planète, on rapporte que des tankers naviguent à petite vitesse pour donner le temps aux citernes de se vider avant d’entrer au port.
Le Canada étant un producteur de pétrole bitumineux, donc parmi les plus chers du monde, est aussi le premier à souffrir de la baisse des cours. Si les prix n’augmentent pas, hypothèse accréditée par les prix négociés des contrats à terme («futures» en anglais), aucune reprise pétrolière ne se pointerait avant 2018. Ce que semble croire les pétrolières puisque d’importants investissements viennent d’être définitivement abandonnés, le dernier en date, Carmon Creek, en Alberta, le 27 octobre dernier. Une fermeture des livres qui coûtera à Shell deux milliards de dollars. D’autres projets sont réduits ou retardés sans date connue de relance. La même journée, l’Alberta sortait un budget déficitaire de 6,1 milliards, une première en vingt ans. On a pris la décision de recourir aux emprunts pour maintenir les programmes. Optimiste, l’Alberta prévoit l’année prochaine un déficit amoindri grâce à une hausse anticipée de 10$ le baril, c’est un scénario qui a de fortes chances de ne pas se concrétiser.
Dans le cas du marché immobilier, la Société canadienne d’hypothèque et de logement prévoit un ralentissement des mises en chantier, une hausse des prix des maisons dans des valeurs proches de l’inflation, autant dire nulles. Une situation qui, ajoute-t-on, devrait durer quelques années. Sans être une catastrophe, ces prévisions ne peuvent être le prélude à une reprise de l’emploi. Un certain nombre de Québécois d’Alberta reviendront au Québec et voudront bien partir avec d’autres pour une autre boom town. Mais où?
Sans avoir intégré dans son analyse les nouvelles récentes que je rapporte plus haut, la Banque du Canada prévoit pour l’année une croissance (revue à la baisse) de 1,1 % La croissance mondiale anticipée pour cette année, se situe à 3,1 %, chiffre récemment revu et corrigé à la baisse par le Fonds monétaire international, alors que l’inflation au Canada se situerait à 1,7% Avec un taux d’intérêt au plancher à 0,5 %, qui ne permet aucune marge de manœuvre, le Canada se trouve de fait, comme ses principaux partenaires, en régression économique.
Les répercussions en cascade des mauvaises nouvelles économiques vont rendre inévitables les déficits fédéraux, alors que Justin en parlait comme d’un choix politique délibéré. On ne connaît évidemment pas l’importance en dollars de la politique déficitaire qu’il compte mettre en place, mais peu en importe la taille, des considérations générales s’appliquent.
Le pourcentage de la dette du Canada en % du produit intérieur brut (PIB) est de 51%. Comparons : États-Unis 96 %, Grèce 150 %, Japon 146 %, Russie 9 %. (source : Banque mondiale). On m’excusera des disparités possibles avec d’autres sources, mais cela donne une idée suffisamment juste des endettements relatifs pour les fins de notre propos.
Considérons. Avec un taux d’intérêt bas et un endettement relativement contrôlé, le Canada dispose de la marge nécessaire pour se lancer dans une politique de croissance par la dette. Cependant, la relance de l’économie par le gonflement de la dette publique comporte des risques, et pour le Canada ce pourrait être ses dernières cartouches. Les projets d’infrastructure, pièce maîtresse de la politique annoncée, seront certes bien accueillis par le secteur des services (génie civil, construction, etc.). Les travaux créeront des emplois temporaires et encourageront la consommation des ménages. Par contre, si la production manufacturière et l’exportation des matières premières ne suivent pas, le pourcentage du PIB attribuable aux investissements de l’État grimpera et le financement de l’État représentera un risque additionnel poussant à la hausse des taux d’intérêt. La part de l’État canadien dans la composition du PIB est passé de 19% à 12% en dix ans, ce qui illustre les prudentes politiques d’austérité des conservateurs (que suit le gouvernement Couillard mais qui ne le sont pas par l’Alberta) et, inversement, confirme la faisabilité d’une part accrue de l’État au PIB par l’intermédiaire de l’endettement.
Il faut mesurer le risque que représente une politique de relance en s’appuyant sur la capacité d’emprunt de l’État dans le contexte où les perspectives de croissance mondiales sont modestes et continuent d’être revues à la baisse. Est inconnu dans l’équation l’impact de la mise en place  de nouveaux mécanismes de libre échange qui pourraient changer bien des calculs. L’économie québécoise a ici beaucoup à perdre dans son secteur agro-alimentaire : lait, fromage, volaille, oeufs.
On aura compris que la reprise par l’endettement est un pari risqué. Il se fonde sur le recours à des mesures artificielles pour relancer l’économie réelle. Si les investissements dans le secteur manufacturier, agricole et des ressources ne répondent pas au stimuli, refusent d’emboîter le pas faute de débouchés, le gouvernement du Canada se sera pris lui-même à un piège dont il pourra difficilement sortir, ne disposant d’aucune marge de manoeuvre.
Plus possible d’emprunter, sinon avec des intérêts plus élevés et augmentation du poids de la dette dans les budgets. Le gouvernement aura le choix entre la hausse des taxes et les coupures alors que l’assiette fiscale se sera rétrécie. La peste ou le choléra. Les taux en hausse s’appliqueront évidemment partout, frappant les ménages déjà fortement endettés qui vont devoir plus nombreux rendre les clés à la banque. La consommation va plonger, fiston retournera vivre chez papa et maman, et je vous laisse imaginer la suite… Il est aussi possible que la relance réussisse assez pour prolonger la descente aux enfers mais les oracles ne le disent pas.
Pour jouer pleinement ses atouts économiques le Canada aurait besoin de plus de marge de manœuvre politique. Il aurait besoin de plus de contrôle sur sa monnaie, de mettre au besoin des barrières tarifaires là où il en faut, avoir encore le pouvoir de structurer l’environnement économique. Il lui faudrait la liberté d’ouvrir de nouveaux marchés plus dynamiques : la Russie, l’Iran, les autres pays des BRICS, etc. Or, les tendances mondialistes occidentales vont exctement dans le sens inverse, soit vers la réduction des souverainetés et le rétrécissement de la latitude politique des États. Cette évolution négative se fait au profit d’entités oligarchiques anonymes, par l’intermédiaire des mal nommés traités de libre échange, qui sont en fait des traités inégaux, taillés pour favoriser le pays le plus puissant du groupe, qui fait des autres ses dépendants sur l’ensemble du tableau.
Ce dont le Canada a besoin, c’est exactement ce dont le Québec a besoin : Il a besoin d’indépendance. L’élection de Justin Trudeau est à souligner comme un événement positif sur ce plan car il est moins intégralement soumis à l’impérialisme américano-sioniste que le gouvernement antérieur.
Reste à voir, comment se fera avec son gouvernement le passage de la parole aux actes.
Les indépendantistes québécois sont souvent trop timides à souhaiter aux autres ce qu’ils réclament pour eux-mêmes. Ils ont tort. L’indépendance authentique des pays, que ce soit la Russie, la Syrie, la France ou tout autre pays, y compris le Canada, sert les intérêts du Québec. Le renforcement des indépendances dans le monde augmente les chances que l’indépendance revendiquée au Québec soit autre chose qu’une indépendance culturelle molle, privée de tous les pouvoirs vraiment structurants.
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[1] STATISTIQUE COCASSE. LE SITE ZERO HEDGE RAPPORTE QUE 50 % DES JEUNES AMÉRICAINS DE 25 ANS VIVENT AUJOURD’HUI CHEZ LEURS PARENTS, ALORS QU’IL Y A 30 ANS (DE MÉMOIRE) C’ÉTAIT 25 %