Yves Capuano
Gilles Verrier Je respecte votre vision Monsieur Verrier mais je ne la partage pas. Les Québécois ne seraient donc pour vous que des contribuables égaux devant la loi ? Le Québec serait donc pour vous formé de 11 nations autochtones, d'une nation canadienne-française et d'une nation de canadiens-anglais? La nation canadienne-française serait ainsi une nation sur 13 au sein du Québec indépendant? Et que faites-vous des Italiens ou des Portugais qui sont probablement plus nombreux à Montréal que vos supposées nations autochtones toutes réunies ? Cette vision, qui est celle à la mode, est pourtant une vision ethnique du Québec en plus de construire un Québec dans lequel la nation fondamentale, celle qui est historiquement issue du métissage entre nations autochtones et descendants de Français depuis Champlain jusqu'à Frontenac en passant par Colbert, Boucher et Talon, se retrouve en minorité de une sur treize. Une véritable république ne subdivise pas son peuple en différentes ethnies. Pour moi une véritable république doit être fondée sur l'État-nation fondamental de la Nouvelle-France qui est issu de l'alliance entre autochtones et Français. Pour moi il existera toujours des communautés anglophones et autochtones se définissant comme tel, c'est bien leur droit, chacun peur se définir comme il l'entend, mais je ne crois pas devoir construire un Québec formé explicitement de 13 nations ou peuples distincts. Cela ne peut mener qu'à la division et ultimement à la décomposition et à la guerre civile. La reconnaissance de nations autochtones est pour moi une négation historique du pacte de Champlain avec les Autochtones." Nos frères marieront vos soeurs et nous ne formerons qu'un seul peuple." Le territoire du Québec doit appartenir à tous les Québécois de façon égale, quelle que soit l'origine du Québécois. C'est la vision impériale britannique de diviser pour régner qui a créé ces notions de nations autochtones distinctes des Canadiens en créant l'abomination des réserves autochtones qui a été parallèle à la définition de Canadiens-français. Il faut pour moi abandonner cette vision raciste du Québec qui sépare les québécois selon leurs supposées origines ethniques. Dans mon livre, Vers le Québec libre avec Jean-Baptiste Colbert, je présente, entre autres, une vision unique où tous les Québécois sans distinction de races apprennent le français, l'anglais, le grec classique et une langue autochtone de leur choix.
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Gilles Verrier
Yves Capuano Votre réponse articulée est intéressante. Je crois qu’une discussion sur les sujets que vous abordez peut être mutuellement enrichissante. C’est forcément plus long que la moyenne FB, merci de me lire.
Les Métis et les Indiens sans statut ne sont pas comptés dans les onze nations. La reconnaissance des diverses peuplades « encartées » ,11 au Québec, ne forment qu'un (1) seul groupe national à mon sens. En dépit de leurs différences, elles ont toutes en commun le trait d’être pré-européens. Je suis d’accord avec vous : une reconnaissance statutaire pour des groupes qui peuvent compter moins de 1000 personnes a de quoi étonner. P. E. Trudeau et Jean Chrétien voulaient abolir le statut d’Indien en 1969, pour les intégrer à la population au même titre que les autres citoyens. Leurs protestations, encouragées par d’autres plus bruyantes aux É-U, ont fait abandonner le projet en 1970. Qui plus est, un statut robuste leur a été reconnu en 1982, dans la foulée des Déclarations de l’ONU en appui à leur cause. Dans l’état actuel du droit il serait très difficile, voire impossible de revenir en arrière, c’est verrouillé. Vous pouvez tenter de les convaincre qu’ils sont d’abord Québécois, je suis sceptique. D’où ma conclusion : de l’existence de trois peuples historiques au sein du Québec, pareil pour le Canada.
Les paroles de Champlain, la Grande paix de Montréal et d’autres événements ont certainement une valeur symbolique indéniable, une aménité inédite dans la rencontre de deux mondes. Ce rapprochement, n’aura cependant jamais fondu les deux peuples en un seul.
Vous parlez des immigrants. Ils viennent ici un par un, leur exil individuel ou familial ne fait pas d’eux des colons. Par conséquent ils n’ont pas vocation à cristalliser leur communautés dans la nôtre, ils ont plutôt le devoir de s’intégrer à l’une ou à l’autre des deux communautés qui le permettent. Ce que vous avez fait. Malheureusement, le multiculturalisme propose le contraire. C’est une recette pour la fragmentation du tissu social qui n’a pas fini de nous faire souffrir.
Des républiques fédérales existent pourtant sans rejeter leur multinationalité interne. L’Allemagne et la Suisse sont des fédérations qui ont un fondement ethnique. Dans ces cas, la reconnaissance des ethnies aurait amené leur atténuation, pas la guerre civile perpétuelle comme vous le redoutez. Le problème avec le Canada n’est pas la formule fédérale en tant que telle, mais son application à des fins de domination. La lutte s’est cristallisée entre ceux qui voulaient un découpage administratif des provinces sans égard au deux peuples (les vainqueurs des plaines d’Abraham) et ceux qui voyaient dans les provinces l’incarnation d’une bi-nationalité. Un fédéralisme symétrique entre les peuples (droits et devoirs égaux) a été abordé dans la Province du Canada Uni au cours des débats sur la Confédération de 1865. Je citerai un cas parmi d’autres : l’amendement de François Bourassa, député de Saint-Jean (p. 1061 des débats) a été rejeté le 14 mars 1865. Il voulait que la même protection des protestants (anglophones) imposée au Québec soit appliquée parallèlement à l’Ontario pour les catholiques (francophones), ce qui aurait établi la parité entre les droits scolaires du Québec et ceux de l’Ontario. George-Étienne Cartier, que le juriste Christian Néron a qualifié de traître, a voté et fait voter contre l’amendement de Bourassa. C’était la mort au berceau d’un fédéralisme des peuples au profit du maintien des injustices coloniales.
Le fédéralisme des peuples a de nouveau été rejeté plus tard, après cent ans de Confédération. Daniel Johnson père, au début des négociations (1968) qui ont mené à la Loi constitutionnelle de 1982, formule le projet de réformer le fédéralisme par la superposition aux dix provinces d’une instance représentant les deux peuples fondateurs. Cette fois-ci, c’est P. E. Trudeau qui va tuer le projet dans l’oeuf, suivi de quelques jours par René Lévesque, qui fermera le cercueil. C’est le jugement de C. Néron qui me revient à l'esprit...
Vous arguez qu’ « Une véritable république ne subdivise pas son peuple en différentes ethnies. »
Il est utile de savoir pour nous qu’il existe environ 25 républiques fédérales dans le monde dont une dizaine ont une composante ethnique ou multinationale explicite. Le Canada et le Québec, ensemble ou séparément, demeurent des cas idoines pour une telle constitution bi- ou tri-nationale. Le Québec et le Canada sont tous deux formés des trois peuples, le plus faible est celui dont l’auto-identification a commencé vers 1646 (G. Carpin) mais qui affiche des tendances d’auto-destruction depuis la Révolution tranquille. Les Québécois ne forment pas un peuple. Ils sont divisés sur des lignes ethniques enracinées dans l'histoire quant à leur avenir. Une future constitution doit être édifiée sur ces réalités humaines.
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