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Le projet de disparition des Autochtones a échoué, celui des Canadiens-Français se poursuit

La transformation la plus importante de la vie interne du Canada depuis soixante ans est à la fois une affaire occultée et très mal comprise...

jeudi 9 juillet 2026

Le projet de disparition des Autochtones a échoué, celui des Canadiens-Français se poursuit

La transformation la plus importante de la vie interne du Canada depuis soixante ans est à la fois une affaire occultée et très mal comprise. L’effacement récent du groupe canadien-français a mis fin à plus de 200 ans d'une présence politique nationale continue et souvent conséquente au sein du Canada britannique. Aujourd'hui, les Canadiens-Français sont segmentés dans dix provinces, comme autant de solitudes qui ont perdu tout sens d'une appartenance commune.

Pour la plupart de mes contemporains, l’effacement des Canadiens-Français serait le fait d’une évolution naturelle. C’est en tout cas la lecture la plus répandue du phénomène et c’est celle qu’a faite sienne l’historien Yves Frenette : un peuple disparaît sous l’effet d’une conjoncture qui le défavorise. Ses contradictions et des défis qu’il est incapable de surmonter l’emportent. Cette thèse ne fait naturellement aucun cas de l’esprit de conservation qui anime toute société humaine historiquement constituée; elle apparaît plutôt comme une oraison funèbre.

Bien que la thèse expose en surface une réalité crédible, elle reste toutefois silencieuse sur le pouvoir politique et ses ambitions. Pour bien comprendre, il peut être utile de poser la question autrement : Dans le cas de l'affaiblissement d'une société, causé par les défis que pose une rapide mutation, les pouvoirs publics n’ont-ils pas une part de responsabilité ? Une responsabilité possiblement décisive ? Pensons d’abord ici aux Canadiens-Français hors Québec. Mais les orientations politiques de P. E. Trudeau entraînent pour tous des conséquences aggravantes. La Loi sur les langues officielles, que Trudeau fait adopter en septembre 1969, prévoit le remplacement des Canadiens français par des « francophones », soit des individus dénationalisées désormais rattachés chacun à leur province. Dans son livre de 200 pages, Yves Frenette ne consacre pas une ligne à cette situation nouvelle par laquelle un peuple est transformé en simples locuteurs du français. Le régime de subventions publiques fédérales, administré par les provinces, écarte toute mention du vocable canadien-français dans l'administration et dans l'espace public. C'est peut-être moins un interdit formel qu'un repli pour quiconque ne cherche pas à se diminuer. S'identifier comme Canadiens-Français et cultiver de pair l'estime de soi peut-être un défi quotidien! Plancher sur le sujet n'est pas non plus très populaire chez nos universitaires, intellectuels et essayistes. Il y a carence documentaire pour la période du déclin accéléré des Canadiens-Français, de 1960 à 1982. Le public gagnerait tout de même à ce que le rôle joué par les deux figures politiques les plus populaires et influentes de l’époque, Trudeau et Lévesque, soit davantage mis en lumière.  

Tous reconnaissent que René Lévesque et P. E. Trudeau sont en opposition frontale dans leur vision de l’avenir. Cependant, leur opposition constitutionnelle conduit à sous-estimer une identité de vues qui les unit et les renforce. Ils se rejoignent dans leur antipathie commune envers les Canadiens-Français. Pour les deux hommes, et ils n'en font pas mystère, il n’y a aucune place pour les Canadiens-Français dans le Canada et le Québec de demain. 
Doit-on continuer de parler d’une évolution naturelle ou de politiques délibérées ?

Le pouvoir public était l'unique acteur en mesure de mettre en place des mesures transitoires en faveur des Canadiens-Français, leur redonner un sens de l'appartenance et un peu de fierté. Lui seul pouvait leur aménager une sortie de crise par le haut. N’est-ce pas ce qu’on a fait pour les peuples autochtones ? Oui, mais pas de plein gré. Trudeau et Chrétien planifient d’abord leur disparition. Dans le cadre du livre blanc sur les Indiens, publié, puis vite retiré,
 on proposait la disparition des Premières Nations. Non seulement ils en réchappent, mais ils obtiennent en 1982 un statut constitutionnel fort enviable. Inversement, les Canadiens-Français n'ont pas eu la chance d'en réchapper. Ils ont certes manqué de soutiens étrangers et influents, mais d'abord du soutien d'une bonne partie des nouvelles élites, éduquées dans les valeurs du libéralisme.

Jean Chrétien, Ministre des Affaires indiennes et du Nord et
Pierre Elliot Trudeau déposent un livre blanc sur les Indiens en
1969. L'abolition des traités, du statut d'Indien et la privatisation
anticipée des terres des réserves entraînent une forte opposition
et le retrait du projet en 1970. 

Le Canada contrevient manifestement à deux pactes des Nations Unies dont il est signataire, soit le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Ces pactes de l’ONU constituent le noyau du système international des droits humains et servent aussi de base à la protection des minorités et des peuples autochtones. Peuples autochtones et minorités nationales, les deux.

En somme, on peut caractériser les politiques réformistes de Trudeau et Lévesque par une même insensibilité pour leur propre peuple. Ensemble, ils donneront aux Canadiens-Français le coup de pied de l'âne. La combinaison de leurs efforts a eu les résultats que l’on connaît. Ainsi, la Brève histoire des Canadiens français d’Yves Frenette s’ouvre sur la phrase suivante : « Ce livre raconte l’histoire d’un peuple qui n’existe plus. » Mais l'auteur ne fait évidemment pas de politique. 

mardi 7 juillet 2026

PETITE BRODERIE AUTOUR DE L'IDÉE QU'ON S'EST FAIT VOLER NOTRE NOM

mis-à-jour 8/07/2026 à 00:16


À ceux qui disent qu'on s'est fait voler notre nom de Canadiens, je dis ceci, et je le dis depuis longtemps : 
Personne ne peut te voler ton nom, à moins que tu y renonces toi-même.

Influencés par de mauvais chefs, nous avons renoncé à notre existence de peuple historique et sociologique pour l'amour d'un territoire dont les limites ont été décidées par les Pères de la Confédération, en 1867. Or, notre existence remonte à 1646-48, années des premières mentions du vocable Canadien(1).



De fait, nous avons été les seuls Canadiens pendant plus de 200 ans, peuple énergique, déployé à l'échelle d'un presque continent. On nous dit qu'il nous faut trahir notre histoire, tourner le dos à notre épopée pour l'amour d'un Québec plurinational, un Québec dont le PQ proclamait encore avec la Loi 99 (2000) qu'il reconnaissait des "droits consacrés à la communauté anglophone". Mais juste à elle..!
Mais qu'en est-il de droits aussi robustes pour les Canadiens-Français ? Toujours ignorés par Québec et Ottawa ? Est-ce la blancheur de leur peau qui fait que l'injustice ne les atteint pas ? 

Après tant d'errances depuis la fondation de ce parti, et le détournement de notre cause nationale, je lance du lourd... Je me demande si une histoire du souverainisme depuis la fondation du PQ en 1968, n'aurait pas été supérieure comme oeuvre de salut national à la publication du Livre bleu. Qu'en serait-il si on avait d'abord procédé à un sérieux examen de conscience avant de sonner de nouveau la charge !

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1- Carpin, Gervais, ethnologue, L'histoire d'un nom 

mardi 23 juin 2026

Le 24 juin 2026, Saint-Jean-Baptiste et fête des Canadiens-Français

Proclamation de la fête nationale du Québec, le 11 mai 1977


« En 1977, le gouvernement dirigé par René Lévesque proclame le 24 juin, jour de la Fête nationale du Québec. Cette journée sera désormais… la fête de toutes les personnes habitant le Québec »

jeudi 21 mai 2026

La Loi sur les langues officielles comme forme de gestion de l'ethnicité au Canada

 

Comment le Canada est-il devenu un pays d’« anglophones » et de « francophones » sans nation, hormis l’exception autochtone. Une exception qui valide sans le vouloir la nation ethnique.


LA VÉRITABLE HISTOIRE ETHNIQUE DU CANADA
 On ne rappellera jamais assez que, dès les années 1950, Pierre Elliot Trudeau militait contre toute forme de nationalisme enraciné, il prend surtout à partie le nationalisme canadien-français. Son influence à cet égard rejoint plusieurs intellectuels de sa génération, dont René Lévesque. En 1969, devenu premier ministre, il rend public un Livre blanc qui propose l’assimilation complète des Autochtones, l’abolition de la loi sur les Indiens, la fin des traités et des réserves. Jean Chrétien est alors ministre des Affaires indiennes. Dix ans plus tôt, le projet aurait peut-être abouti, mais, en 1969, le mouvement initié par des anthropologues européens en faveur des indigènes d’Amazonie avait gagné en influence. Des États-Unis, il déborde sur le Canada. Accusé de génocide culturel, Trudeau recule et renonce au projet. Il conserve toutefois l’idée centrale de sa vie publique : toute forme de nationalisme devrait disparaître, tout en s’accommodant d’au moins deux exceptions, l’autochtone et la juive. Pour tous les autres, l’attachement des individus au Canada de ses rêves relève d’un contrat purement civique. Son modèle de pays contractuel prétend réunir une population de plus en plus hétérogène et multiculturelle autour de certaines valeurs communes universelles.

Trudeau ne perd pas de temps. Toujours en 1969, P E. Trudeau mettait en branle un mouvement similaire, motivé par le même désir d’effacement de la mémoire collective. Sa recherche d’effacement ethnique se tourne cette fois contre les Canadiens-Français. Dans leur cas, l’ambition de les faire disparaître n’aurait pu aucunement réussir quelques années plus tôt, au temps où leur volonté d’être reconnus comme l’un des deux peuples fondateurs menaçait le statu quo constitutionnel. 




Un avenir d'apparence prometteur pour les Canadiens-Français a basculé à partir de la Loi sur le bilinguisme de 1969, qui a entraîné leur disparition rapide comme force politique indépendante et présence humaine enracinée. En remplacement des Canadiens anglais et des Canadiens-Français, elle va donner naissance à des « francophones » et des « anglophones » dénationalisés. Les Canadiens-Français seront exclusivement compartimentés en provinces. Les provinciaux prendront une identité provinciale (Fransaskois, Franco-ténois, Ontarois), grâce à laquelle ils seront admissibles à des fonds publics. Sans être formellement interdite, on comprend que toute mention de Canadiens-Français est incompatible à la promotion subventionnée des francophones. Au Québec, non sans quelque cynisme, les fonds seront réservés à la fausse minorité anglophone. Nous assistons donc à un démembrement ethnique en bonne et due forme, opéré par une réassignation territoriale provinciale et la mutation identitaire correspondante. La déchéance d’une identité nationale historique est complète, soutenue par l’indépendantisme, qui joue pour l’occasion un rôle de soutien essentiel au trudeauisme.

Pour comprendre l’occultation du phénomène, il faut s’interroger sur ce qui a échappé à l’observation de nos intellectuels et historiens. Ils étaient sans doute influencés par l’air du temps. Polarisés par un récit fixé sur l’opposition entre fédéralistes et souverainistes, qui fait office d’enjeu existentiel,  c’est peut-être là une explication de la limite des analyses dominantes d’une époque qui s’achève. L’hypothèse se défend d’autant plus qu’avec le passage du temps, nous voyons que le souverainisme québécois est devenu très proche des valeurs canadiennes, il prône son propre multiculturalisme de province avec, lui aussi, son identité de province, à la différence que les francophones du Québec se projettent en majorité. En sous-évaluant que leur statut est d’abord celui de leur appartenance au Canada, ils ont pris l’habitude d’oublier qu’ils sont une partie de la minorité nationale du Canada.
* * *La Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalismeLa Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme, 1963-1971, est créée alors que Lester Pearson est premier ministre pour étudier la dualité culturelle du Canada.https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/langues-officielles-1969-loi-sur-les
La création de la Commission BB (aussi connue sous le nom de Commission Laurendeau-Dunton) est indicatrice du rapprochement des Canadiens-Français d’une reconnaissance statutaire de peuple fondateur. Le discours d'Ottawa (Pearson 1963) changea radicalement avec l'arrivée de Trudeau à Ottawa, la situation se renverse à partir de 1969, prenant alors une direction fondée sur le détournement des appartenances collectives.

Pour plusieurs sources la Loi sur les langues officielles (1969) est un simple instrument de coexistence linguistique, alors qu’elle a structuré un processus de dénationalisation. Les mêmes sources "autorisées", comme l'Encyclopédie canadienne, avancent généralement que la Loi de 1969 est la mise en oeuvre des recommandations de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme (Laurendeau-Dunton). En réalité, c'est la trahison de ses recommandations les plus significatives. Se rangeant graduellement sous l'emprise de la souveraineté-association, projet provincial visant le Québec, les Canadiens-Français, influencés par un personnage proche de Trudeau par la pensée nationale, ont cessé de défendre leur cause contre le fédéral pour attendre un référendum gagnant. Après octobre 1968 (Daniel Johnson père) (1), il n'y eut plus de négociations constitutionnelles fondées sur l'existence de deux peuples au Canada. Ni les fédéralistes ni les souverainistes n'en voulaient.

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