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jeudi 16 novembre 2017


Infanticide au Québec !

Les quatre tentatives pour modifier le statut du Québec depuis la création du Parti québécois meurent prématurément

Voici la quatrième de cette série qui traite de la façon de redonner aux Québécois francophones un rapport de force favorable, condition indispensable à tout changement de statut politique. Les chroniques précédentes sont accessibles ici : 1 2 3
Lorsque René Lévesque procéda à l'abandon officiel de la souveraineté en 1984, pour épouser ce qu'il qualifia lui-même de « beau risque », le parti éclata ! Un clash semblable se produisit lors du départ de Jean-Martin Aussant, en 2011. Un autre mélodrame !

Mais à quoi riment donc depuis 50 ans ces crises devenues si prévisibles entre « indépendantistes déterminés » et « souverainistes associatifs » plus conciliants ? Une explication courante voudrait que la prépondérance d'un camp sur l'autre nous ferait avancer ou pas, que l'on s'approche du but ou qu'on s'en éloigne. Est-ce bien le cas ? Il est permis d'en douter.

Par un aveu surprenant, René Lévesque va nous aider à réfuter cet antagonisme apparent. En 1967, dans une sorte d'éclair de lucidité, il écrit : « le minimum vital pour le Québec est un « maximum ahurissant et tout à fait inacceptable » pour le Canada anglais ». Il ne pouvait mieux dire ! La conséquence immédiate de cette réalité dévoilée ne serait-elle pas de renvoyer dos à dos les deux camps autonomistes et leur réthorique concurrente ? Les renvoyer dos à dos tant les deux camps sont unis comme cul et chemise par leur refus de croire que tout ce qu'ils peuvent formuler constitue « un maximum ahurissant et tout à fait inacceptable ». Devant un tel mur d'intransigeance dénoncé par Lévesque, le comportement avisé ne serait-il pas d'adopter la position d'une résistance obstinée ? De se préparer à une lutte qui ne connaît pas de trêve ? Ne serait-ce pas chez les nôtres de s'armer d'une volonté à toute épreuve pour arracher quelques gains autour d'un « minimum vital » ? Que nenni. Des quatre passes d'armes d'importance contre Ottawa en cinquante ans, aucune d'entre elles ne satisfait aux exigences minimales de la rigueur et de la détermination qu'aurait dû inspirer le jugement tranchant de René Lévesque sur le Canada.

Le Canada maître absolu du jeu politique
Le Canada anglais a toujours été le maître absolu du jeu politique. En cinquante ans, le Québec a eu beau s'escrimer à formuler ses revendications minimales, ou maximales, il n'en fera aboutir aucune. Qu'on revendique un ajustement de statut ou l'indépendance c'est pareil. En somme, tous les événements donnèrent raison à Lévesque. Le fédéral n'a jamais consenti à rien car rien ne l'obligea à infléchir son intransigeance. Rien ne l'obligea à réfléchir autrement qu'en ses propres termes sur l'avenir du Canada, la présence du Québec et du Canada français ne réussissant jamais à s'imposer dans ses équations.

Vu sous cet angle, quelle différence y a-t-il en effet entre l'indépendance et un statut particulier pour le Québec ? En pratique, il n'y en a aucune car toutes les ambitions autonomistes sont vouées à l'échec. Et elles seront indéfiniment ajournées tant que la classe politique du Québec continuera de défendre avec tant de faiblesse et si peu de sérieux les intérêts fondamentaux du Québec.

Sortir du coma politique
Pour repartir au combat il serait avisé pour les Québécois de sortir du « coma politique » dans lequel ils sont entrés au lendemain du référendum de mai 1980.i Ils devraient comprendre que la « Confédération n'a jamais été un pacte librement consenti avec un partenaire de bonne foi, mais une condamnation irrévocable, suivie d'un enfermement perpétuel », comme l'explique Me Christian Néron, constitutionnaliste, consulté pour la rédaction de cette série.

Les graves carences de leadership ont commencé dès le début avec Lévesque qui a vite oublié sa propre lucidité. Au lieu d'accorder ses actes avec sa lumineuse précaution, il a gravement sous-estimé l'entêtement  prévisible  du Canada à conserver le statu quo et ne s'est jamais préparé à mener un combat opiniâtre et de longue haleine. Faisant volte-face, il a cru ( ou fait croire ? ) que le changement de statut du Québec pouvait se décider dans la courte parenthèse d'un référendum. Une parenthèse ouverte pour aussitôt se refermer.

Un navire amiral sans pilote
Chaque fois que des occasions de marquer des points  à notre avantage se sont évanouies, les plus déterminés ont mis la faute de l'échec sur le compte d'un pilotage par les « réformateurs du fédéralisme ». Cette explication ne tient pas vraiment la route car elle refuse de voir que nos échecs successifs ne viennent pas des erreurs du pilote mais de l'absence totale de pilotage. C'est ahurissant, mais il est temps que les passagers comprennent qu'il n'y a jamais eu de pilote à bord du navire amiral ! La peur maladive de s'emparer du gouvernail a toujours été le comportement typique de l'état major national canadien français depuis Georges-Étienne Cartier, une faiblesse morbide qui a continué sa belle carrière tout au cours de l'ère péquiste. Bye bye libération !

De révolution tranquille à colonisés tranquilles
Les prétentions si souvent répétées que la révolution tranquille nous aurait libérée de notre mentalité de colonisés ne seraient, finalement, que des prétentions, c'est-à-dire de belles illusions. En fait, le Canadien français se complaît tellement dans son statut de colonisé qu'il n'arrive pas à s'imaginer qu'il pourrait un jour s'en sortir. René Lévesque en est l'exemple le plus patent et le plus dramatique.

En réalité, et c'est là toute l'affaire, que ce soient les « indépendantistes » ou les « provincialistes » qui aboient le plus fort, nous restons essentiellement dans la distraction coloniale des vœux pieux et des programmes enluminés. On a toujours cru plus vertueux de mener un combat « propre » et « positif », préféré prouver la viabilité d'un Québec indépendant, même si c'est une une démonstration apolitique, plutôt que de faire le procès pour mettre sur la défensive le régime qui nous empêche de vivre. Le fond du problème c'est le déni de l'éléphant dans la pièce. La problématique que pointait Lévesque et que personne n'a suivie, lui le premier, laissant courir la volonté de domination du régime anglo-canadien et de ses forfaits.

Le Canada remporte la bataille des mentalités
La conséquence c'est que la bataille des mentalités a été gagnée par le Canada. À tel point que beaucoup de ceux qui voteront Parti québécois aux prochaines élections de 2018 sont toujours sous l'influence du Canada. Ils sont persuadés de son bon droit, de sa bonne foi et de sa supériorité morale. Nous récoltons l'abandon de l'éducation politico-historique, qu'elle fut de Lionel Groulx, de Maurice Séguin ou du RIN. Au lieu de travailler sur les fondamentaux de notre combat national et de les consolider, nous les avons remplacés par des raisons contextuelles et fait porter nos efforts sur les voisins. Ceux « qui ne comprenaient pas » qu'il suffisait de «se dire oui» pour gagner.
Dans sa psychologie politique, le Canada anglais a compris les limites de son adversaire domestiqué depuis longtemps : pour lui il est inutile de s'énerver devant les aboiements de quelques chiens battus et édentés.

De la contradiction principale
On me permettra ici un petit détour pour des raisons d'utilité pédagogique. À l'époque de la guerre sino-japonaise, la Chine est envahie par le Japon. Pour s'opposer aux membres de son parti qui veulent continuer de combattre le Kuomintang, Mao Zedong prononce une conférence en 1937, qui deviendra le petit essai intitulé « De la contradiction ». Il explique alors l'importance de bien identifier la contradiction principale, c'est-à-dire celle dont dépendent toutes les autres. Dans ce cas de figure, la contradiction principale posait la nécessité de mettre fin aux hostilités entre le Kuomintang et le Parti communiste, d'unir les deux camps chinois pour chasser l'envahisseur japonais, l'ennemi principal. Cela semble plein de bon sens.

Pour le René Lévesque de tous les jours et en fin de compte toute la tradition péquiste, la promotion de « la cause » ne s'est jamais départie d'ambivalences à l'endroit du Canada. On ne s'est jamais affranchi d'une auto censure qui, bien que ponctuée d'occasionnels coups de gueules, s'est toujours interdit d'instruire la fourberie du fédéralisme et de ses méfaits.


Les quatre tentatives pour modifier le statut du Québec depuis la création du Parti québécois (50 ans)

La première
Quand René Lévesque nous lance le soir de la défaite référendaire son « À la prochaine! », c'est qu'il renonce à poursuivre le combat par tous les autres moyens légitimes qui sont à sa disposition. Il venait de s'écraser sous la peur et nous conseille d'en faire tout autant.

La deuxième
Quand en 1981, revenu bredouille et trahi d'Ottawa, une performance marquée par l'impéritie de la délégation du Québec, il soufflera de nouveau sur les braises de l'indignation nationale, mais ce sera pour mieux les éteindre quelque temps plus tard. Il renverra aux douches ceux qui, le prenant encore pour un chef, étaient montés - pour une deuxième fois - aux barricades à son appel.

La troisième
Quand le Canada a renié sa parole – une autre fois – et que l'Accord du lac Meech a fait long feu, Robert Bourassa, premier ministre à l'époque, se retrouve avec des atouts qui lui permettent de rebondir. Mais il laisse passer le temps pour faire oublier son renoncement à faire suivre par des actes les paroles de son discours prometteur du 22 juin 1990, il s'écrase.

La quatrième
Dans la foulée, Parizeau est avantagé par l'indignation de l'échec de Meech qui demeure encore présent dans les esprits pour repartir au front. Il se lance non sans témérité dans une autre aventure référendaire dans laquelle il placera toutes ses billes. Il démissionne à son tour le soir du référendum de 1995, un geste prématuré qu'il regrettera plus tard. Trop tard. Il avait renoncé sur le champ à contester des résultats contestables, et à doubler la mise. Il s'écrase à son tour.

Tableau


Référen-dum Rapatriement constitution Négoci-ations du lac Meech Référen-dum 1995
Début 16 nov. 1974 Adoption de l'étapisme 15 sept. 1980 Conférence constitutionnelle 30 avril 1987 Conférence constitutionnelle au lac Meech 12 sept. 1994
Élection de Jacques Parizeau
Fin 20 mai
1980
17 avril 1982 22 juin 1990 30 octobre 1995
Protagonistes du Québec René Lévesque-Morin René Lévesque-Morin Robert Bourassa (PLQ) Jacques Parizeau
Protagonistes fédéral P-E Trudeau P-E Trudeau Brian Mulroney /
P-E Trudeau
Jean Chrétien
Raison de l'échec Abandon du combat par René Lévesque (1er coma politique) Négligence et irresponsabilité du camp québécois (2è coma politique) Abandon du combat par Bourassa


Abandon du combat par Jacques Parizeau (3è coma politique)
Possibilité de réaliser des gains statutaires Non
(Demande de négocia-tions)
Oui
(Négociations)
Oui
(Négociations)
Non


Gains pertes réalisés Perte Perte + (droit de veto du Québec) Neutre Perte
Possibilités d'établir un rapport de force favorable si le combat avait été continué (mon estimation) 40 p.c. 60 p.c. 90 p.c. 60 p.c.

Me Christian Néron explique : « Quand René Lévesque ou Lucien Bouchard refusent de contester les décisions de la Cour suprême (sept. 1981) et l'imposition de la nouvelle constitution canadienne, ou d'exiger que ce dossier capital soit soumis en appel devant le Comité judiciaire du Conseil privé (Londres) ou encore que le dossier soit soumis à un tribunal international », là encore, les chefs se sont défilés devant leurs obligations. « Un combat institutionnel de la plus haute importance entre deux nations n'est-il pas un conflit inter-national ? »

Maître Néron soutient qu'en matière constitutionnelle il ne faut jamais cesser de lutter pour le respect de ses droits les plus légitimes. Il donne en exemple la constitution de l'Angleterre, qui a presque mille ans, poursuit-il, et qui n'est faite que d'une succession de combats éprouvants pour la préservation de ses droits. Mais ici, chez-nous, il est interdit de se battre et, surtout, d'indisposer notre partenaire canadien !

Pour Me Néron : « Le droit international coutumier ne reconnaît-il pas le droit de réclamer justice, et même de se faire justice lorsqu'il n'y a aucune autorité compétente pour le faire ? »

De la décolonisation des mentalités
En fin de compte, les Canadiens-français-québécois tentent la quadrature du cercle depuis 1867. Et en compagnie du PQ depuis 1968. Si les Québécois et leurs chefs continuent de rejeter a priori tout geste qui occasionnerait la moindre montée de tensions entre le Québec et le Canada, si après avoir renoncé d'avance à oser un rapport de force qui nous serait favorable ils réclament du même souffle un changement de statut pour le Québec, c'est de la foutaise ! Vu la moindre forme de pugnacité, du moment que le Canada bombe le torse, vu la facilité avec laquelle nos chefs de file décrochent avant terme et plient armes et bagages, le Québec se présente désormais au Canada, et au monde, comme un joueur qui a décidé de s'exclure lui-même du jeu.

Tout ce temps, les chefs péquistes ont pu masquer leur manque de leadership et de persévérance par le report de leurs échecs sur le dos d'une population qui n'a pas suivi. Naturellement, ils ne disent pas qu'il n'y avait rien ni personne à suivre. Qui serait assez idiot pour suivre un chef qui n'a pas de stratégie, qui ne croît pas en sa cause et qui s'incline au premier vent contraire ?

Le soir du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau, dans un message de dépit, renvoyait chez eux ses militants. N'était-ce pas un message d'abdication envoyé à la population ? Qu'il nous fallait assumer une autre défaite ? Comme Lévesque avant lui, il nous a laissé avec un sentiment de grande amertume, comme si nous n'avions pas perdu un combat mais que nous avions perdu la guerre ! Comme sur les plaines d'Abraham : la défaite. À la différence qu'en 1980 et 1995, on consentit à la défaite par une décision unilatérale de mettre fin aux hostilités après la période de réchauffement. Les chiffres de la démobilisation parlent d'eux-mêmes. Le PQ passa de 300 000 membres à 70 000 sous René Lévesque, et éventuellement la moitié moins.

Si bien que, depuis cinquante ans, ce qu'il conviendrait d'appeler chez-nous la contradiction principale est un chantier désert. Comme si elle ne se situait pas entre le refus du Canada anglais de faire toute concession, et la volonté des «descendants des vaincus» (expression constitutionnalisée) de briser les cadres d'une prison constitutionnelle dans laquelle on les a enfermés, leurrés par des promesses aussitôt trahies. Faute de mettre cette contradiction au premier plan du combat politique, sauf de cibler correctement l'ennemi, toutes les nuances de la mouvance autonomiste ne peuvent que se retrouver dans une foire d'empoigne perpétuelle. Inversement, mettre la question de l'intransigeance du Canada sur la sellette, démaquiller l'hypocrisie de sa démocratie, dénoncer ses promesses trahies – dont plusieurs ont une valeur solennelle ou constitutionnelle – ne pourrait que renforcer notre unité.

Lévesque-Morin – Un scandale national
Le lecteur pourra lire en annexe un texte particulièrement troublant de Guy Laforest dans lequel il expose la désinvolture, l'improvisation et, somme toute, l'irresponsabilité du tandem Lévesque-Morin à l'occasion des délibérations qui conduisirent au rapatriement de la Constitution. Il y avait là pour nous une occasion de faire des gains sur le «minimum vital», voire plus. Mais le Québec, en raison de la pauvreté extrême de sa direction politique, est non seulement revenu d'Ottawa les mains vides, mais déshabillé ! Il avait renoncé à son droit de veto pour un plat de lentilles. Une bande d'amateurs aux commandes d'un navire sans gouvernail ! Une équipée dont le second de bord était un agent d'influence du fédéral tenu par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Une équipée dont l'irresponsabilité fait honte à la nation, un scandale jamais dénoncé par l'entourage de Lévesque, voué à ne pas ternir sa réputation. Le lecteur remarquera qui était aux premières loges tout récemment pour rendre hommage à René Lévesque à l'occasion du trentième anniversaire de sa mort.

En donner toujours plus sans rien exiger – Le Négociateur
Plus récemment, nous voyons Jean-François Lisée se fendre pour accorder des « droits historiques » aux anglophones. Pourquoi ouvrir la porte à d'autres concessions alors que les droits linguistiques des anglophones sont limités aux articles 96 et 133 de la constitution de 1867 ? Pourquoi laisser supposer que les droits linguistiques des anglophones seraient menacés alors que seuls les nôtres le sont ? Cet homme, qui a mis de coté la question de la souveraineté, ne se prive pas pour nous paver la voie des prochains reculs. La tradition canadienne française de donner d'abord ses perles pour n'avoir plus que sa chemise à négocier a la vie dure. Nous voyons bien qu'après cent cinquante ans d'un triste cumul d'échecs les mentalités ont peu changé.

Adopter « l'Autre » pour épouser notre déclin
Toute relance de notre combat pour nos droits et libertés nationales ne pourra réussir sans un sursaut des mentalités. Elles devront prendre acte de la réalité brutale du Canada anglo-saxon-protestant, dans le sens de l'idéologie politique. C'est un projet de décolonisation psychologique qui avait bien commencé dans les années 1960. Mais tout ça s'est vite étouffé avec le plus attendrissant de nos colonisés, René Lévesque. Il rejeta non seulement le RIN mais toute notre tradition survivaliste. Si nous l'aimons tant, c'est sans doute parce que c'est lui qui réunit le mieux les faiblesses de la typologie québécoise.

On a cru bien trop vite achevée la décolonisation des esprits. Nous l'avons confondue avec une perméabilité toute grande à la culture américaine, laquelle se juxtaposait au rejet de nos traditions culturelles et religieuses sans trop de discernement. La révolution tranquille, portée par un baby boom regorgeant d'énergie, nous a bien abreuvés et nourris aux agapes d'une aliénation accrue. Un rejet radical du passé qu'on a pris pour une œuvre de libération.


ANNEXE
LES RÉVÉLATIONS DE GUY LAFOREST
(Mes soulignements)

Incohérence et désorganisation
Quand on examine notre histoire sous l'angle de la longue durée, les référendums de 1980 et de 1995 prennent l'allure de rébellions ratées de l'ère démocratique, en lien avec les rébellions matées de l'ère impériale que furent les soulèvements de 1837-1838. Perdre une action de cette nature entraîne des conséquences négatives. Toute analyse sérieuse des documents de l'époque révèle l'ampleur du désarroi de René Lévesque et de son gouvernement au lendemain de l'échec du référendum sur la souveraineté-association de mai 1980.
Rien ne fut fait pour préparer stratégiquement les lendemains d'une possible défaite. Sur le terrain de l'alliance avec les provinces récalcitrantes aux initiatives unilatérales de M. Trudeau, et notamment dans la guérilla diplomatique menée à Londres, le gouvernement Lévesque a bel et bien eu quelques succès tactiques après le référendum de 1980. Il est toutefois constamment resté sur la défensive, paraissant souvent incohérent et désorganisé.

Décision précipitée

Le 16 avril 1981, trois jours après la victoire électorale de René Lévesque et du Parti québécois contre les libéraux dirigés par Claude Ryan, le gouvernement du Québec a accepté, dans un document qui consolidait un front commun de provinces opposées aux projets de M. Trudeau, une formule d'amendement qui substituait le principe d'un retrait avec compensation financière au droit de veto du Québec. Cette décision fut entièrement improvisée.
Au cours de la campagne électorale, la veille organisationnelle sur ces questions fut confiée au ministre responsable, Claude Morin, et à son sous-ministre Robert Normand. Le Conseil des ministres ne fut jamais consulté sur cette orientation. René Lévesque prit cette décision de manière précipitée trois jours après l'élection. Le Québec aurait pu beaucoup mieux gérer l'enjeu du droit de veto, n'acceptant d'y renoncer qu'au lendemain d'un accord global auquel il aurait pu souscrire.
Lévesque vs Ryan
Entre 1978 et 1982, Claude Ryan a incarné au Québec une vision du renouvellement du fédéralisme canadien en harmonie avec les intérêts du Québec comme société nationale et distincte. Pour protéger le Québec, le gouvernement Lévesque aurait pu faire un bien meilleur usage des lumières et de la bonne volonté de M. Ryan. Certes, la politique est affaire de combat; Lévesque et Ryan avaient ferraillé avec acharnement en campagne référendaire et lors des élections de 1981. Toutefois, Lévesque a choisi de ne jamais intégrer Ryan dans un dessein stratégique visant à contrer les projets de M. Trudeau. Ce dernier craignait beaucoup Claude Ryan. Lors de la fatidique semaine des négociations constitutionnelles de novembre 1981, M. Ryan a essayé d'entrer en communication avec M. Lévesque et son équipe. Ses appels n'ont jamais eu de réponse.
Véritable cafouillis
Sur le front judiciaire, le Québec et ses procureurs sont allés à quatre reprises devant les tribunaux en 1981 et 1982. Leur performance fut peu impressionnante. Pourquoi remplacer l'équipe en place par l'ex-juge de la Cour suprême, Yves Pratte? Pourquoi attendre de très longues semaines avant de décider de soumettre la question du droit de veto du Québec en renvoi à la Cour d'appel du Québec après novembre 1981? Pourquoi ne jamais avoir plaidé, sur la base de l'article 94 de la Loi constitutionnelle de 1867, la nécessité du consentement de l'Assemblée nationale du Québec pour toute réforme touchant la juridiction des provinces sur la propriété et les droits civils, invasion reconnue par le gouvernement fédéral lui-même et par les décisions antérieures des tribunaux? 
Si l'oeuvre d'ensemble paraît peu cohérente et souvent improvisée, cela s'est révélé sous son jour le plus cru lors de la conférence constitutionnelle de novembre 1981: climat anarchique et peu professionnel dans l'entourage de proximité de M. Lévesque, équipe ministérielle d'appui de second ordre, cafouillis total de René Lévesque lui-même et de son équipe à la suite de l'offre référendaire de M. Trudeau le matin du 4 novembre, absence de vigilance lors de la dernière nuit de la conférence.

iSelon l'expression de Martine Tremblay dans son livre : Derrière les portes closes: René Lévesque et l’exercice du pouvoir (1976-1985)

vendredi 3 novembre 2017

Nouveau nom - même mission

Un nouveau nom pour le blogue

La Nouvelle-France en héritage 

Une continuité avec Indépendance et mondialisme, mais un désir plus net à décloisonner notre identité, qui a été réduite par les vainqueurs à ses nouvelles appellations. Nous estimons qu'il faut rappeler la continuité des fondateurs de cet Amérique du Nord qui a poussé en Acadie et sur les rives du Saint-Laurent, avec nos identités nouvelles et réduites. Pourquoi, pour ne pas oublier notre identité néo-française qui en est l'assisse commune.

La Nouvelle-France demeure le seul repère commun des francophones catholiques d'Amérique, il n'y a pas d'autre appellation qui puisse encore servir de liant entre tous.

De 1603 à 1763, et même longtemps après, s'est déroulée sur le continent la plus extraordinaire rencontre entre des Européens et des peuples indigènes. Une histoire d'alliances et d'intrépides gagnants qui explorèrent, nommèrent et entreprirent de peupler les deux-tiers du continent. Si la Conquête anglo-saxonne mît fin au régime français, il faut tâcher de garder vivant ce morceau fondateur de notre histoire qui est le seul à pouvoir nous fournir l'inspiration haute pour continuer comme peuple distinct en Amérique.

Le retour aux sources radical est un défi au mondialisme hors sol et à la société anonyme des déracinés. L'enracinement revendiqué dans un sol et une histoire permet de donner une assise plus profonde aux identités plus récentes qui s'y superposent. Pour une appartenance verticale à la fois Néo-française, Canadiene-française, Acadienne, Québécoise et francophone américaine.

Ce nouveau nom annonce que ce sera l'occasion de s'intéresser au fédéralisme canadien, qui apparaîtra arbitraire dans son établissement (découpage politique) quand on le comparera à des constitutions fédérales organiques.

Restez branché, nous y reviendrons.

4 novembre 9:00

C'est la guerre de la mémoire pour se rappeler et rappeler au deuxième Canada, celui d'après 1763, et aux États-Unis que cette histoire n'est pas que conquêtes militaires. Guerres indiennes aux États Unis, répression des métis au Manitoba, et refoulement dans des réserves des peuples autochtones.
comme les anglo-saxons l'ont fait un peu partout dans le monde.

C'est la guerre de la mémoire pour rappeler qu'il y eut un autre Canada et une autre Amérique, une histoire coloniale positive - quand on considère que cette rencontre était inévitable - la rencontre la plus positive des deux civilisations entre l'Europe et l'Amérique jusque là isolés.

Renouer avec cette «Autre Amérique du Nord»

Le renouveau politique des identités issues de la Nouvelle-France veut renouer avec ce passé exceptionnel, s'appuyer sur lui pour recréer dans la chair d'aujourd'hui cette «autre Amérique».



lundi 30 octobre 2017

Avec  le trentième anniversaire de la mort de René Lévesque et les  cinquante ans du Parti québécois en 2018, comment redonner aux Québécois francophones un rapport de force favorable, condition indispensable à tout changement de statut politique ?

L'HÉRITAGE DE RENÉ LÉVESQUE, UN ÉCHEC POLITIQUE QUI SE PROLONGE


Les revendications du Québec ne sont plus prises au sérieux par personne, ni au Canada ni ailleurs dans le monde. C'est peut-être que toute l'affaire n'a jamais été considérée comme sérieuse ? Dans le but d'alimenter le débat sur l'avenir politique du Québec, je propose une réévaluation des événements qui ont marqué un demi siècle de péquisme. Cinquante ans au cours desquels le statut du Québec a été modifié à son désavantage. Il y a encore beaucoup de déni concernant cet échec et bien des préjugés sur ses causes qui, malgré l'évidence, sont encore entretenus par une certaine élite politique et le milieu universitaire. Trouver des explications appropriées à ce qui fut une dégringolade de notre potentiel d'affirmation nationale nous semble indispensable. À défaut, comment pourrait-on reprendre l'offensive en faveur de nos droits et libertés ? Voici un rappel historique chevillé aux faits et dépourvu d'esprit partisan. Un condensé de cinquante années de péquisme.
Les années péquistes

L'option de René Lévesque

Le Parti québécois a été fondé sur l'idée de réaliser une forme de souveraineté-association avec le Canada. Son orientation constitutionnelle aboutissait à une refonte du fédéralisme, ce que René Lévesque écrit dans son livre  Option Québec. Pour le Québec, c'était « jouir d'un minimum vital d'autonomie interne » dans le cadre d'une union monétaire et économique avec le Canada. Le pays réformé prendrait pour nom l'Unité canadienne. Cinquante ans plus tard, la confusion continue de régner sur les véritables objectifs constitutionnels de ce parti dans bien des esprits, notamment chez ses dirigeants. Il est clair pour quiconque se donne la peine de repasser le fil des événements qu'une orientation indépendantiste bien comprise, si on respecte le sens des mots, n'a jamais prévalu au sein du PQ, et ce, même du temps de Jacques Parizeau. Au moment du référendum de 1995, ce dernier pouvait compter sur les doigts de la main les appuis au sein de son cabinet. Tous les autres étaient déjà passés dans le camp de Lucien Bouchard, prêt à passer le rouleau compresseur d'une austérité bien provinciale et, surtout, à oublier les folies constitutionnelles des dernières années. C'est ce que me rappelait récemment Richard Le Hir, lequel avait été nommé ministre à la Restructuration à l'époque.
Le parcours du PQ, sous la gouverne de René Lévesque, Pierre-Marc Johnson, André Boisclair, Bernard Landry, Lucien Bouchard n'est pas, et n'a jamais été, indépendantiste ; à moins de se laisser duper par quelques déclarations patriotiques pour sauver les apparences ou se duper soi-même. Comme le fait, pour citer un exemple, cette vidéo d'Option nationale, qui commence avec cette perle : « Lors de nos deux récentes tentatives d'accéder à l'indépendance...». Ainsi, réclamer un mandat pour négocier la souveraineté-association devient, par la magie des mots, une « tentative d'accéder à l'indépendance ». Une déformation de la vérité qui sévit encore, après cinquante ans, et qui est d'autant plus révélatrice qu'Option nationale se targue d'avoir fait plus que quiconque ses devoirs sur la question nationale.

Qu'on ne soit jamais parvenu à faire consensus sur les orientations essentielles du PQ constitue une faiblesse qu'il a lui-même contribué à entretenir. Naviguer sans fixer de cap, quel qu'il soit, et le tenir, est pour un « navire amiral » la source de toutes les dérives. Les reculs successifs que ce parti a fait subir au Québec depuis cinquante ans nous sont laissés en héritage.

Une ambiguité constitutionnelle jamais surmontée

« Je ne blâme point ceux qui désirent dominer, mais ceux qui sont trop disposés à obéir »
(Hermocrate de Syracuse, cité par Thucydide 4, 61, 5)

L'ambiguïté constitutionnelle insurmontable du PQ s'expliquerait par deux raisons.
La première se situe dans l'opposition entre le Québec et le Canada. Le Parti libéral du Canada et les fédéralistes de tout bord n'ont jamais ménagé les efforts pour accoler au PQ l'étiquette péjorative de « séparatisss... », et de « parti qui veut briser le Canada, le plus beau pays du monde ». Cette propagande martelée sans arrêt avait pour but de préserver le statu quo en peignant le PQ sous les traits les plus repoussants. Bien que dépourvu de rigueur sémantique, ce braquage a toujours rapporté gros dans les urnes et, surtout, à l'occasion des deux référendums. Si les chefs fédéralistes à Ottawa n'ont jamais voulu d'une séparation, ils ne voulaient pas davantage d'une réforme qui aurait octroyé des droits politiques égaux aux « descendants des vaincus », comme George Brown, - véritable père de la Confédération (1867) l'avait promis lors des débats parlementaires sur la Confédération. C'est par leur démagogie tapageuse contre le « séparatisme » que les fédéralistes, bien en selle à l'offensive, sont parvenus à faire oublier leurs promesses constitutionnelles mille fois brisées depuis 1867. Bien des péquistes, novices en matière constitutionnelle, se laissent prendre à ce jeu de propagande, avalant à leur tour la méprise que leur parti était prêt pour l'indépendance. Une thèse rarement démentie dans un sens ou dans l'autre, laissant commodément planer toutes les équivoques.

La deuxième raison se situe dans le camp autonomiste et, à ce titre, mérite la plus grande attention. Elle part de l'étonnante dissolution du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), une décision dans laquelle il est difficile de voir d'autre motif que celui de servir l'unité nationale. L'esprit du temps - plus optimiste qu'aujourd'hui ! - portait à une union moins partisane du camp national afin de donner plus de poids à la volonté du Québec de se réaliser selon ses propres intérêts. Cette dissolution était un moyen de dernier recours pour réaliser l'unité, suite au refus réitéré de René Lévesque de considérer tout projet de fusion entre les deux partis. Le Ralliement national (autre parti souverainiste à l'époque) avait déjà rejoint Lévesque. Alors pourquoi le RIN ne le pourrait-il pas ?

Le RIN, fondé au début des années 60, avait fait un bon bout de chemin dans sa réflexion constitutionnelle avec Marcel Chaput, lequel n'entretenait aucune illusion sur le Canada. Contrairement au PQ, il revendiquait l'indépendance pure et simple comme solution nationale. Au-delà de la question constitutionnelle, les positions du RIN sur les questions linguistique et sociale indisposaient grandement Lévesque. C'est pourquoi il ne voulait rien entendre de ce parti. Mais si, selon lui, une fusion n'était pas possible avec le RIN, comme elle l'avait été pour le RN, pourquoi fallait-il proscrire tout dialogue stratégique entre ces deux entités du camp national ? N'était-il pas hautement souhaitable de favoriser un maximum de cohésion ? Une attitude inspirée par un rassemblement purement stratégique n'aurait-t-elle pas permis de sortir de cet imbroglio par le haut, au bénéfice de l'avenir politique du Québec ? Mais l'intransigeance de René Lévesque, qui avait brillé antérieurement chez les libéraux provinciaux, y mit un frein.

Les membres du RIN rejoignirent donc le PQ, mais un à un, amenant avec eux des convictions indépendantistes qui contrastaient avec celles des « ex-libéraux progressistes » de René Lévesque. De ce mariage forcé - désiré par Pierre Bourgault et combattu sans succès par d'autres au RIN - résulta une froide cohabitation entre des « indésirés » et des « légitimes ». Cette relation difficile éclata au grand jour lorsque l'on vit la mine déconfite d'un René Lévesque écoutant le discours de Bourgault au Congrès de 1971. À toutes fins utiles, Bourgault, qui restait un chef charismatique remarquable, ne sera malheureusement jamais accepté par la direction du parti.

On pourrait aussi y voir une affaire de personnalités : Bourgault n'avait-il pas eu la maladresse de qualifier Lévesque de « maudit épais » ? Mais c'était, bien au-delà des personnalités, l'expression la plus visible de ce qui était devenu une friction continue entre deux approches politiques face à l'avenir politique du Québec. Bref, c'est celui qui doutait de tout et de lui-même qui ouvrira la marche et mènera les troupes au combat, avec Bourgault, représentant ceux qui ne doutaient pas, sur le banc des punitions. À Ottawa, le général en chef s'en réjouissait.

Une affaire bâclée aux graves conséquences

Cette affaire bâclée va marquer le PQ pour les décennies à venir. D'abord, le geste d'abnégation patriotique qu'avait été la dissolution du RIN ne fut jamais reconnu comme tel. On aurait pu le faire pour au moins tourner la page avec élégance, pour ne laisser derrière ni perdants ni victimes. Au contraire, loin de la reconnaissance attendue, on instilla le doute sur la légitimité des plus déterminés à réclamer l'indépendance. La méfiance contamina la vie du parti et rendit impossible l'ouverture de tout débat permettant de poursuivre l'oeuvre de Chaput et d'Allemagne ( André ). La fermeture d'esprit rendit impossible qu'on accède, par des délibérations sereines entre militants, à une lecture claire des fragilités statutaires du Canada. Le parti, privé d'unité et de l'envergure nécessaire, incapable d'élever le niveau pour aboutir à une stratégie tournée contre le Canada visant son talon d'Achille, opta pour l'étroitesse des ambitions. On écarta la question constitutionnelle qui se situe pourtant au cœur des intérêts fondamentaux de la nation. On la retira des délibérations politiques pour la remettre éventuellement entre les mains d'avocats comme Lucien Bouchard. Au PQ, il ne fut donc jamais question de faire feu de tout bois contre le Canada.

Même si beaucoup l'ont oublié aujourd'hui, ou sont trop jeunes pour en avoir eu connaissance, les frictions se poursuivirent sans relâche. À titre d'exemples, rappelons les emblématiques crises du « renérendum » et du « beau risque » et, de nouveau, à chaque fois que surgissait la fort délicate question de choisir un chef capable de rallier tout le monde. Le chef est immanquablement perçu comme « trop provincialiste » ou soit « trop indépendantiste ». En fait, ce dernier cas ne concernera que Jacques Parizeau. Curieusement, les mêmes membres choisiront tour à tour des « chefs » aussi opposés que Pierre-Marc Johnson et Jacques Parizeau. Ils seront d'ailleurs tous les deux éjectés. Au final, on peut dire que la cohabitation des provincialistes et des indépendantistes n'a jamais été résolue, si ce n'est par la prépondérance indéniable des premiers sur les seconds. En d'autres mots, l'esprit de Lévesque l'emportait toujours sur celui de Bourgault, une constante dont on peut suivre la trace jusqu'à Jean-Martin Aussant qui claqua la porte en 2011.

Résumons. Dans un combat pour les droits et libertés nationales, au sein d'un État dont les faits remontent à 1663, plus de cent ans avant la conquête anglaise, un chef issu des « descendants des vaincus », - mots de Brown - qui ne peut être qu'un chef d'état major, devrait s'efforcer de fédérer toutes les forces, travailler à bâtir la confiance entre elles pour constituer un front commun patriotique le plus large possible. Au lieu de cela, René Lévesque a maintenu nos forces dans la division. Il a décidé en catimini, avec Claude Morin - qui de son propre aveu recevait de l'argent de la Gendarmerie royale du Canada pour des rencontres clandestines - de toutes les questions décisives : question référendaire douteuse de l'avis de tous (1979), absence de plan pour continuer ce combat, qui n'était qu'un début, en cas d'un « non » (1980), négociations constitutionnelles bâclées et catastrophiques (1981), lesquelles préfiguraient la nuit des longs couteaux et le rapatriement de la constitution (1982), qu'on refusa de contester, alors qu'on pouvait le faire de bon droit. Le navire amiral sans gouvernail se replia dans la soumission.

Parallèlement, notre état major, qui ne voulait pas assumer ses responsabilités, a provoqué la cristallisation des divisions internes par des parti pris de plus en plus clivant et obsessif justifiés par la hantise de l'extrémisme. Comment peut-on plaider la cause de René Lévesque et de son passif ? Je n'en sais rien. En tout cas, il est clair que l'atmosphère de méfiance rendait impossible un dialogue politique constructif chez les « descendants des vaincus ». D'où le délaissement des enjeux constitutionnels et statutaires, des questions qui demandaient pourtant qu'on s'y attarde. Plombée par ces carences, à l'opposé du camp fédéral, qui ne pensait qu'en termes stratégiques, la direction du PQ ne forma jamais un état-major politique digne de ce nom. De surcroît, chez les militants, tant membres que sympathisants, l'absence d'éducation politique de niveau acceptable vint compléter le portrait. C'est ce qui résume la vie misérable du PQ depuis cinquante ans.

Réussir partout sauf en politique

Il ne faudrait pas voir dans cette analyse un dénigrement du Québec et des Québécois. Bien au contraire. Tous savent que le Québec, fort de son identité francophone pluri centenaire, s'est distingué depuis la fin des années cinquante pour atteindre des niveaux d'excellence enviables dans le domaine des arts – cinéma, musique, théâtre – des sports, de la science et du monde des affaires. C'est en politique, domaine réputé pour être particulièrement difficile et ingrat, que le Québec a déçu toutes les attentes. En cinquante ans, nous avons réussi partout, sauf en politique ! Un constat qui s'imposa d'évidence avec la démission de Jacques Parizeau, à un moment clé d'un rapport de force tendu, certes, comme si la lutte politique avait le luxe de se payer des vacances. Déclarer si vite forfait était une capitulation inespérée qu'Ottawa n'attendait même pas. Chez les partisans, on attendait de Gaulle, on a eu la Bérézina.

L'histoire nous apprend que, s'agissant de Lévesque, de Bourassa - et son fameux discours patriotique répercutant l'échec de l'entente du lac Meech - ou de Parizeau, effondré, et de tous les autres, le rapport de force, lorsqu'il se tend, devient vite une charge insoutenable. Or, qui ne s'accroche pas avec la dernière énergie à se défendre dans les moments difficiles, quand l'objectif devient plus palpable et concret, met à risque toutes ses ambitions. Comme le dit si bien l'expression, l'histoire ne repasse pas les plats. C'est pourtant ce que nous apprend la légendaire pugnacité des Anglais ! Ou des Juifs ! Comme l'a si bien rappelé Lionel Groulx dans des pages bien inspirées dans lesquelles il nous les proposait en exemples.

Une histoire qui trébuche mais néanmoins inspirante

Notre histoire trébuche. Elle le fait avec une récurrente et lancinante incapacité d'agir avec fermeté au-delà du seuil qui met en cause le confort du statu quo. Nous sommes un peuple qui avait commencé d'atteindre un degré d'émancipation nationale enviable en 1663, mais sans pouvoir la consolider suffisamment avant la Conquête. Mais pour bien des Québécois qui se mêlent de politique, la modification du statut politique de la nation ne mérite pas une chicane de famille. C'est à la fois l'expression paradoxale de notre existence nationale et de sa faiblesse sur le plan politique. Il nous faut mesurer combien il est difficile de sortir du rang, de s'élever à un niveau jamais atteint, pour ceux qui n'ont jamais acquis dans leur histoire nationale, la tradition d'exercer le pouvoir et de le tenir pour leur propre compte. C'est ce qu'on appelle ailleurs l'État profond, un État permanent – qui n'a pas que du bon, nous le savons tous ! - qui assure la continuité en s'affirmant dans la durée. Ce manque d'atouts peut expliquer, sans toutefois excuser, tous ces combats abandonnés prématurément, avant leur véritable dénouement, par une direction politique immanquablement ramollie. Cela doit bien compter pour une bonne moitié de nos déboires.

Je me demande où se cache notre meilleure source d'inspiration. Elle se trouve peut-être dans l'histoire exceptionnellement inspirante de la Nouvelle-France. Un modèle sans égal dans les annales des colonisations européennes, comme le rappelle justement Madame Morot-Sir. Une exemplarité dénigrée à tort et à travers, et qu'on a même renoncé à transmettre. Serait-ce parce qu'il s'agit là d'une rare histoire d'alliances réussies et d'intrépides gagnants ? Plus récemment, elle se trouve aussi cette inspiration, cet encouragement, dans les éclatants succès que nous avons connus dans tous les domaines. C'est pourquoi, en dépit de notre piètre performance en politique, nous ne devrions pas nous contenter de ce petit pain d'un statu quo constitutionnel qui nous a été imposé par des autorités étrangères.

Le statut politique du Québec doit changer ! Et pour le changer nous avons de nombreux défis à relever. Sans tradition d'autonomie politique et sans enracinement dans la machine d'État, il nous faut faire notre glace en patinant, innover, et, surtout, travailler à briser le funeste réflexe qui nous porte à accrocher nos patins aux premiers signes de redoux.


Le poids de l'héritage de René Lévesque

Nous vivons aujourd'hui la continuité des positions prises à la fin des années 1960 et qui n'ont jamais évolué depuis. Tous les successeurs de René Lévesque ont repris son triste héritage sans jamais le remettre en question. La lignée se voit chez Bernard Landry, poussant Françoise David à fonder Québec solidaire (FPU) et, à son tour, chez Pauline Marois incapable de rallier l'indépendantisme de J M Aussant. Combien de fois Lévesque n'a-t-il pas poussé ses opposants vers la sortie ? Cette attitude, qui va de pair avec le peu d'importance que l'on accorde à la cause nationale, a encouragé l'institutionnalisation du PQ comme simple parti d'alternance provinciale. Les forces se sont forcément cristallisées, peu à peu, dans une véritable division nationale des Québécois. C'est à ces résultats déplorables, c'est à ces fruits indigestes qu'il nous faut juger de l'arbre péquiste.

Oui, les Québécois ont connu de belles occasions de se réjouir et de fraterniser en cinquante ans, dont ces magnifiques fêtes nationales sur le Mont-Royal. Mais pour ce qui est du fondamental, l'avenir politique du Québec, tout ce qui a trait au domaine du pouvoir et de nos droits, nous n'aurons connu que des échecs : le Canada, d'esprit multiculturel et protestant, sec et dépourvu de magnanimité, ne nous a jamais rien cédé. Il a même durci et consolidé sa position, resserrant son emprise sur notre destinée à chaque fois qu'il le pouvait, à mesure que notre poids démographique déclinait...


Parallèlement, il faut voir cette chute comme la conséquence de combats si mal planifiés qu'ils ne pouvaient conduire qu'à la défaite. Avec un bilan aussi traumatisant, pas étonnant que le Parti québécois veuille parler de n'importe quoi, sauf de souveraineté, cause pour laquelle sa cote de crédibilité n'a cessé de fléchir. Pas étonnant non plus que le discours politique sur notre destin national soit devenu si rachitique et cynique.  

mardi 4 avril 2017

Pour les Nations unies en Afrique francophone

Deuxième partie
Les Nations-Unies en Afrique francophone
Après avoir profité à New York et aux États-Unis pendant 70 ans

Il ressort de la première partie que l'insularité relative des États-Unis, une «île» entre deux océans, lui a permis d'entrer dans la deuxième guerre quand elle l'a bien voulue et de profiter de cette position de retrait pour parfaire l'édification de son complexe militaro-industriel. Ce dernier est devenu le fondement de ce que l'on appelle aujourd'hui «l'État profond». Pour nourrir le monstre, la guerre sera portée sur tous les continents sans jamais que les perprétateurs en subissent les terribles conséquences négatives chez eux.

La création des Nations-Unies et son installation au cœur même de l'empire constitue toujours un fleuron de la projection de puissance américaine. À partir de faits regroupés ici et souvent peu connus, je vais tenter de montrer que le siège de l'ONU devrait être délocalisé et ne plus jamais se trouver dans les frontières d'une grande puissance. Il devrait se situer dans un pays de petite taille, bien géo-localisé et dont les ambitions ne lui permettraient jamais d'exercer trop d'influence.

1- Comment furent choisis New York et les États-Unis
Curieusement, la première assemblée générale des Nations Unies s'est tenue à Londres en 1946. À l'ordre du jour, il fallait choisir le pays hôte de la nouvelle organisation. Selon une note de bas de page de la chercheuse Jessica Field, les autres pays membres du Conseil de sécurité (Royaume Uni, France, Chine, URSS) auraient été minimalement envisagés, mais vu «l'urgence», «les destructions de la guerre dans ces pays» et «le rôle prépondérant joué par les États-Unis pour réunir les nations et pousser cette forme de collaboration», la préférence fut donné aux États-Unis. Une parenthèse sur l'urgence : on pourrait facilement arguer qu'il n'y avait pas d'urgence au temps où les États-Unis ne défendaient pas leurs alliés... avant d'être eux-mêmes attaqués par le Japon et que l'Allemagne leur déclare la guerre. Quoi qu'il en soit, on notera que des trois motifs invoqués à Londres pour choisir les États-Unis, deux n'existent plus de nos jours et le troisième est devenu fort discutable.

Une fois le pays choisi, il fallait choisir la ville. On rapporte que Londres avait été envisagée antérieurement. Or, avec la confirmation des États-Unis, la capitale anglaise tomba de fait. Les villes envisagées restaient San Francisco, Boston, Philadelphie et New York. Un don de «dernière minute» de 8,5 millions de dollars de John D. Rockefeller Jr. donna à NY la marge nécessaire pour l'emporter sur les villes concurrentes. L'argent achète tout! On rapporte aussi que le miliardaire donna 17 acres de terrain en bordure de l'East River. Était-ce en échange de contrats d'architecture et de conception...comme d'autres l'ont rapporté...?

2- Retombées économiques
Selon des données de 2014, rendues publiques en décembre 2016, les Nations unies, ses agences et son personnel ont généré 3,69 milliards de revenus pour la ville de New York. Ils représentent un apport de 8 000 emplois et amènent à New York 30 000 visiteurs qui participent à des réunions chaque année. Il s'agit d'une petite avalanche de dollars US qui retournent à la maison en provenance du monde entier, année après année.
3- Langues officielles de L'ONU
A l'ONU, s'il y a un information confidentielle, c'est qu'il y existe six langues officielles. Parmi elles, le français et l'anglais sont les deux langues de travail. À l'ONU, comme au Canada, les langues officielles finissent en monolinguisme. La langue dominante, que personne ne veut qualifier de suprême, mais qui exerce néanmoins sa suprématie, est l'anglais. Christian Rioux explique,dans un article paru dans Le Devoir en 2012 «L’Organisation des Nations unies a depuis sa fondation deux langues de travail qui ont le même statut officiel : l’anglais et le français. Depuis la publication du rapport Vareilles en février dernier, on sait pourtant que, lorsque vient le temps de recruter du personnel, l’anglais est obligatoire dans 84 % des postes alors que le français ne l’est que pour 7 %. Et encore, parmi ces rares employés qui parlent le français, plus d’un sur cinq est affecté à la traduction.» Comme au Canada, la langue de rédaction (et de création) est l'anglais, ce qui relègue toutes les autres langues à n'être plus que des langues de traduction.
C'est un peu comme le cas des Jeux olympiques que l'on peut aussi reprendre. Fondés par Pierre de Coubertin, cette organisation a le français pour langue officielle. En pratique, l'anglais y domine pourtant, sans que les pays francophones réagissent. Le Comité international olympique siège à Lausanne (Suisse), il y a fort à parier, et à plus forte raison, que tant que le siège des Nations Unies se trouvera dans la métropole du monde anglo-saxon, l'anglais continuera à détemir la prépondérance au prix de la diversité langagière du monde. Il continuera d'apparaître naturel que son usage, un fait de dominance auquel trop se sont conformés, continue de nous rapprocher de son usage exclusif. Le phénomène sera irréversible si la volonté populaire de donner sa chance à une autre langue et à un autre pays ne se dresse pas contre une situation qui a trop durée.

4- Le déplacement du siège des Nations-Unies dans l'actualité
Une petite recherche a permis de constater que le sujet de la relocalisation du siège des Nations unies s'il n'a pas encore rejoint de larges couches de l'opinion publique, c'est un sujet qui commence à intéresser. Selon moi, nous n'avons pas fini d'en entendre parler.

Ainsi, une question posée sur le site Quora a généré des réponses intéressantes. Ailleurs on a parlé du Qatar comme point de chute éventuel, mais c'est de la part des diplomates et politiques Russes que viennent les prises de position les plus fortes. La Russie s'inquiète des tracasseries que leur impose les services frontaliers ou de sécurité américains et voudrait que l'organisation s'installe dans un pays plus neutre. L'argument porte. Difficile à dire s'il s'agit d'une vraie tendance, mais c'est d'ores et déjà un pays dont on s'exile (Edward Snowden) et un pays à qui l'on demande de radier sa nationalité (Ken O'Keefe), ceci sans compter les nouveaux objecteurs de conscience qui, à tort ou à raison, se croient justifiés de fuir les États-Unis de Donald Trump. Reste à savoir combien passeront à l'acte.

D'autre part, les Russes, pas seuls, trouvent la vie chère à New York. Qu'en pensent les pays les plus pauvres de la planète comme le Niger ou l'Éthiopie? Pour réduire le coût des délégations et le temps de transport, Un parlementaire russe s'est exprimé pour que les Nations Unies s'installent au centre de toutes les capitales du monde. D'abord dubitatif, j'ai dû jongler un peu avec l'idée avant de comprendre qu'il propose très objectivement l'endroit qui serait le plus proche en kilomètres cumulés des 183 capitales. Par exemple, si 100 capitales se trouvent à moins de 4 500 km d'une ville candidate, (Alexandrie? Latakié? Limasol?) ce serait déjà pas mal, mais pas du tout le cas de New York, qui serait sous cet angle exclue au premier tour. Dans un article du NY Daily News, à propos d'un livre paru en 2013, on trouve là aussi que la métropole américaine est trop couteuse et on propose la ville de Nairobi au Kenya. Washington se trouve à 327 KM de New York, la seule capitale située à proximité du siège de l'ONU. Il s'agit d'un immense avantage pour faire entendre son point de vue, jouer de son influence et pratiquer toutes le formes de lobbying. Rockfeller avait bien vu l'intérêt d'installer l'ONU à New York!

5- Un choix pour la francophonie et un choix pour le bien vivre chez soi planétaire
Les Nations Unies sont le fruit d'un projet discuté par Churchill et Roosevelt en 1941 au large de Terre-Neuve, puis à la Conférence Arcadia, tenue fin 41 et au début de 1942 à Washington. Cette conférence ratifia la Déclaration des nations unies sans majuscules. Installer l'ONU à New York, comme je l'ai montré, et de l'aveu même des décideurs, a été un choix hâtif, dicté par les circonstances du moment. Or, si ce choix a pu s'imposer à la fin de la guerre, il n'est plus justifié aujourd'hui. Nous sommes désormais en présence d'un attribut de la domination américaine et anglo-saxonne du monde de l'après-guerre, en présence d'un choix qui avait tout du transitoire mais qui s'est incrusté dans le temps alors que le monde a changé. Les décisions prises dans «l'urgence» et dans l'état de délabrement matériel du monde à l'époque sont devenues caduques.

En dépit de contestations mal fondées au sein même des États-Unis, il faut admettre que l'ONU a fait de New York une plaque tournante de la diplomatie internationale. La présence onusienne a grandement contribué au rayonnement de cette métropole, mais aussi, on ne peut l'oublier, à la valorisation et à la projection de l'anglais et de la culture anglo-saxonne à travers le monde.

Dans ce sens, compte tenu de la faveur que gagne l'idée de multipolarité du monde et d'un partage plus équitable des avantages économiques, il faut considérer la rente que procure automatiquement à tout pays le privilège d'être celui où siège les Nations unies. Il faut désormais considérer l'emplacement newyorkais du siège des nations unies comme une réalité dont la révision s'impose. Il n'est pas trop tôt, après 72 ans à enrichir New York, de formuler un projet de relocalisation ordonné et réfléchi de l'ONU dans un pays plus approprié, moins riche, d'ici 10, 15 ou 20 ans. Les jeux olympiques se déplacent. Sans être aussi mobile, pourquoi pas l'ONU?

J'ai déjà pour ma part proposé une ville du Québec. Or, le Québec est trop proche de New York et il a sur ce coup le désavantage de se trouver en Amérique. Pour le Québec, fragile et en voie de dépopulation autochtone, accueillir l'ONU serait d'ailleurs un facteur additionnel d'anglicisation et d'assimilation. D'ailleurs, honnêtement, l'ONU ne pourrait se relocaliser en Amérique du Nord. Par conséquent, mon choix se porterait volontiers sur un pays francophone d'Afrique, autre qu'une capitale, une ville qui pourrait bénéficier à son tour des retombées économiques conséquentes et, par effet de proximité, alléger le fardeau économique des délégations africaines à l'ONU.

En situant ce phare de la diplomatie mondiale au centre de croissance démographique de la francophonie, le rayonnement du français dans le monde s'en trouverait impulsé. Comme on l'a vu, d'autres pays et d'autres intérêts s'intéressent au sujet et proposent leur choix. Le Québec et la francophonie ne doivent pas être en reste.

L'ONU en Afrique, quelle belle façon de déplacer des rentes américaines vers l'Afrique, de garder les Africains chez eux par la création d'un nouveau pôle économique assorti de bons emplois, sans faire la charité!

En terminant, on a certes critiqué l'impuissance des Nations unies à souhait et souvent on le fait avec raison. Effectivement, il faut le reconnaître, la réforme des Nations unies ne concerne pas que la langue et le site de son siège. Beaucoup d'autres propositions de réforme d'inégale valeur circulent depuis un certain temps, mais cela évolue hélas très lentement. Les Nations unies malgré leur imperfection, qui ne sont pas sans rapport avec l'influence américaine de proximité (pour ne pas dire de promiscuité ), constituent un forum des pays, le seul, et sauvegardent a minima un droit international fort malmené il est vrai, mais auquel il nous faut tenir et tâcher de le renforcer en attendant mieux.