À la veille de l'anniversaire de la
Déclaration d'indépendance du Bas-Canada, je prends quelques
moments pour réfléchir à cet épisode de notre histoire qui, à mes
yeux, conserve une symbolique et une valeur politique insuffisamment
retenue dans notre Québec du «Je me souviens».
J'écrivais en 2002, un commentaire
peut-être trop élogieux sur l'événement, en tout cas
insuffisamment critique, il me semble aujourd'hui.(1) Mais, me
dis-je, il ne faut pas critiquer trop sévèrement les manifestations
d'indépendance ouvertement déclarées, surtout quand elles ont
cette virilité d'antan qui n'a plus court, soit celle de l'avoir
fait «les armes à la main». Car, à ma connaissance, il n'y en eut
que trois. Celle des Canadiens de Vaudreuil en 1759-60, celle de
Louis Riel et celle dont je parle, qui nous livra un message
politique encore d'une certaine pertinence, sur lequel il nous est encore utile de méditer aujourd'hui. (2)
Mes sentiments aujourd'hui, si je
devais nuancer mon hommage à ceux de Noyan et à leur Déclaration
d'indépendance, seraient de dire que leur action fut teintée d'un
volontarisme qui n'avait pas le poids de de l'assentiment
populaire qui rend un mouvement irréversible. Le «mystère de
Québec» existait déjà en 1838! On passa outre. Au final, la
répression brutale des courageux sacrifiés et de leurs supporteurs
provoqua une sorte de «stupeur et tremblement», un titre d'Amélie
Nothomb qui me semble convenir pour le cas. Cette répression violente provoqua un black-out dans la mémoire collective pendant cent ans. L'épopée des plus déterminés des Rebelles ne regagna une place dans l'histoire que petit à petit. Mais qui
chez nos républicains se formalise qu'une république a déjà
été proclamée ?
Ces idées me sont inspirées par la
situation du moment, où la volonté d'avancer vers l'indépendance
ne représente plus, par certains aspects, que le volontarisme
poussif de ceux qui, désarmés, ne réalisent pas que la population
a déjà donné dans un «morin-isme» qui l'a dépitée. Elle suit... Et je pense à l'État colonial qui s'obstinait à refuser
aux Canadiens de l'époque le pouvoir des élus... Et je me rends compte
qu'aujourd'hui, l'État du Québec est largement aux mains des prédateurs et
des imposteurs. Le pouvoir a muté dans ses formes, mais les patriotes, plus forts pour les grands élans que rusés à mettre
l'adversaire en échec, en sont toujours les exclus.
Pour certains, ce que dit Jean-Claude
Pomerleau est du charabia. En vérité ce sont des vérités toutes
simples. Sans la construction graduelle d'un rapport de force en
notre faveur, et il nous faudra toujours repartir du bas de l'échelle,
les grands projets ayant été systématiquement tenus en échec.
L'histoire future en pensera peut être autrement mais, en ce qui me
concerne aujourd'hui, la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada,
autant qu'elle m'émeut, ne procédait pas d'un rapport de force
favorable, du moins à l'interne. À l'externe, à la même époque, les indépendances
dans les deux Amériques allaient de succès en succès.
__________________
1.
http://vigile.net/archives/ds-patriotes/docs/02-2-26-verrier.html
2.
http://www.1837.qc.ca/1837.pl?out=article&pno=document62
2 commentaires:
Monsieur Verrier,
Songez-vous sérieusement à ressusciter le Parti patriote? Sinon, suggérez-vous que le PQ, pour peu qu'il prenne le pouvoir en 2018, reprenne à son compte cette Déclaration d'indépendance pour que le Québec soit, de facto, un pays indépendant? En d'autres termes, comment entrevoyez-vous le processus d'accession du Québec à l'indépendance?
Cordialement,
Normand Paiement
Bonjour M. Paiement,
Je crois que de relancer le Parti patriote serait un peu anachronique. En revanche, je souhaiterais que l'on retienne l'esprit de ce parti, qu'on ne l'oublie pas, en accord avec notre devise : Je me souviens.
Il me semble que la signification politique de la Déclaration d'indépendance dépasse largement celle de l'éphémère victoire de Saint-Denis, que l'on célèbre chaque année. Pour l'avenir et plaider sa cause à l'interne comme à l'international, le Québec aurait tout avantage à faire de cet événement politique et symbolique un jalon de sa quête d'indépendance. Ce que St-Denis n'est pas en tant que tel. Qu'en pensez-vous ?
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