Oubliez la sécession, elle aurait été faite avant
Nous en sommes à la possibilité de faire reconnaître les droits d'un peuple. Le peuple avant un pays. C'est sur cette cause que nos efforts doivent porter. Je défends la thèse que le contexte canadien actuel n'est pas entièrement contre nous si nous savons jouer nos cartes. Il serait mal avisé, imprudent et peu patriotique, j'irai jusque là, de ne pas jouer à fond notre jeu pour se jeter dans les bras des États-Unis.
Voici ma petite analyse du contexte géopolitique.
Le «nationalisme de Trump" est davantage un protectionnisme intérieur. Il joue avec les tarifs, les sanctions, et favorise les oligarques nationaux : Elon Musk, Peter Thiel, et, naturellement, les joyaux de la grande puissance comme l'IA et le complexe militaro-industriel. Voir dans ce "nationalisme" un renoncement des États-Unis à la poursuite de ses ambitions impériales est une thèse assez fragile. Au contraire, les États-Unis veulent maintenir et étendre leur projection dans le monde, comme dans le cas récent de l'Accord sur le Groenland. La continuité des guerres sur d'autres continents en est encore un bon indicateur.
De même, les États-Unis ne manquent pas d'encourager l'affaiblissement du Canada, leur indifférence face à l'unité de leur voisin du Nord en témoigne. La récente déclaration d'Elon Musk en faveur de l'indépendance du Québec est certainement une forme d'ingérence. Il ne faut cependant pas s'attendre à ce que les autorités américaines corrigent le tir de l'oligarque, proche du pouvoir. De là à penser que ce qui se joue est en faveur du Québec... Si certains concluent hâtivement que c'est une évolution qui pourrait servir les intérêts autonomistes, c'est, selon moi, un pas qui ne devrait pas être franchi sans plus ample réflexion.
Le "nationalisme" américain n'a rien de désintéressé. Il ne peut cacher son désir de faire progresser l'impérialité américaine dans le cadre d'une concurrence accrue entre des puissances qui poursuivent leur propre intérêt : la Chine, l'Inde, la Russie, qui en ont les moyens, et d'autres, avec moins de moyens, continuent de progresser économiquement sans s'en laisser imposer comme c'était le cas dans l'Après-guerre. Dans cette catégorie grandissante, on peut mentionner l'Indonésie, le Vietnam, la Corée du Sud, sans oublier l'Iran... Même si des organisations comme les BRICS apparaissent présentement comme au point mort, la réalité de la multipolarité n'en progresse pas moins.
La faiblesse de l'Europe mériterait d'être examinée sous l'angle double de la mise à l'écart du nationalisme des pays qui en sont à l'origine et, quoi qu'on en dise, sur l'adoption par une démocratie européenne défaillante de politiques au service de l'intérêt américain. Même si ce dernier pouvoir fait mine de n'y être pour rien, des ficelles continuent d'être tirées.
Nul ne doute, par exemple, que la politique énergétique est absolument décisive pour toute économie industrielle. Or, l'Europe s'est placée sous la dépendance de sources énergétiques beaucoup plus chères, dont les États-Unis sont les premiers à profiter. Elle a perdu son avantage concurrentiel. Quant à sa politique de défense, qu'elle soit contre une menace réelle ou fabriquée, ce qui serait un autre sujet, elle joue aussi en faveur du complexe militaro-industriel américain.
En terminant, dans le cas de Trump, le terme de "nationalisme" porte à confusion. Dans le contexte québécois il est même trompeur. Au Québec, le nationalisme réfère à tout autre chose. C'est d'abord un nationalisme pauvre en pouvoir, mais populaire et fort en aspirations légitimes. Comparativement à celui de Trump, il porte sur l'affirmation et la promotion des intérêts d'un peuple historiquement diminué, un peuple qui aspire à une plus grande maîtrise de son destin. Le mot nationalisme pour caractériser les politiques trumpistes, notamment chez l'analyste Jian Xuequin et plusieurs autres, est porteur d'un sens fort différent de celui auquel nous sommes habitués. Il ne faut pas confondre.
Pour le Québec, ne pas explorer les incertitudes du Canada, de possibles opportunités créées par la méchante droite américaine, pourrait être un non-sens stratégique. La volonté fédérale de maintenir l’unité canadienne en ces temps troubles pourrait avoir un prix. Un prix qui pourrait être payé plus précisément sous la forme de concessions en faveur des Canadiens-Français. L'approche est nettement plus prudente que celle qui consisterait à se jeter dans les bras des États-Unis où nous serions privés de toute possibilité de statut, à la merci d'un pouvoir qui, contrairement au Canada, ne nous doit rien.
Il y a de ces propos imprudents auxquels je ne peux souscrire.
Aujourd'hui, nous en sommes devant la possibilité de faire reconnaître les droits de notre peuple. Et, nous sommes mieux placés pour le faire que beaucoup peuvent le penser.
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